‹ Le fondement de la moraleChapitre 22 sur 81 · De rêire suit l'action. » (TR · texte numérisé non relu

De rêire suit l'action. » (TR

THéORIfi DK LA LIBERTÉ DANS KANT. 83

chose agit selon ce qu'elle est, selon sa constitution ; dans cette constitution se trouvent contenues en puissance toutes ses manifestations, mais elles ne se produisent en acte qu'au moment où des causes extérieures les évoquent ; et c'est par Ih même que cotte constitution se révèle. Voilà le caractère empirique, par opposition à un autre plus intime, inaccessible à l'expérience, et qui sert de principe dernier au précédent, le caractère intelligible, c'est-à-dire, Vessence même de la chose. En cela l'homme ne fait pas exception dans la nature : lui aussi il a son caractère immuable, d'ailleurs propre M'individu, et qui n'est pas le môme chez deux. Ce caractère est empirique en ce que nous en connaissons, mais comme tel, il n'est que phénomène : quant h ce qu'il est en lui-môme et dans son essence, c'est lîi ce qu'on appelle le caractère intelligible. Toutes ses actions sont, dans leur arrangement extérieur, déterminées par des motifs, et ne sauraient en aucun cas arriver autrement que ne l'exige le caractère immuable de l'individu : tel tu es, tels seront tes actes. Aussi, étant donné un individu^ et un cas déterminé, il n'y a qu'une seule action de possible pour lui : « Operari sequitur esse. • La liberté n'appartient pas au caractère empirique, mais uniquement au caractère intelligible. L' * operari » d'un homme donné est déterminé, extérieurement par les motifs, intérieurement par son caractère, et cela d'une façon nécessaire : chacun desesactes est un événement nécessaire. Mais c'est dans son * Esse ■ que se retrouve la liberté. Il pouvait eire autre ; et tout ce en quoi il est coupable ou méritant, c'est d'être ce qu'il est. Car quant à ce qu'il fait, cela en résulte, jusque dans le détail, comme un corollaire. — La théorie de Kant nous délivre vraiment d'une erreur capitale, qui était de faire résider la nécessité dans Vesse et la liberté dans Voperari ; elle nous fait comprendre que c'est le contraire qui est vrai. Ainsi, la responsabilité morale de l'homme porte à vrai dire d'abord et ostensiblement sur ce qu'il fait, mais au fond, sur ce qu'il est; car ce dernier point une fois posé, et les motifs étant donnés, son acte ne pouvait être autre qu'il n'a été.

Mais si rigonrense que soit la nécessite, avec laquelle, dansoi caractère donné, les actes résultent des motifs, jamais personne non pas même les partisans convaincus de cette théorie de la nécessité, ne se sont mis en tète de tirer de là une excuse, et de fréter la faute sur leurs motifs: car, chacun le sait bien, au pointdt vue des faits mêmes et des causes occasionnelles, c'est-à-dire dan' la réalité des choses, l'acte contraire était possible, elle anni: eu lieu^ si seule^nmt lui, il avait été autre qu'il n'est. Mais ces! d'être tel qu'il se révèle par son acte, et de n'être pas un aatre. c'est là ce dont il se sent responsable : le point sensible à l'aignil^ Ion de la conscience, c'est dans Vesie qu'il se trouve. Qu'est-ce en somme que la conscience ? C'est la connaissance que nous prenons de notre moi lui-même à force d'en considérer la conduite propre, et qui devient de plus en plus profonde. Aussi c'est ^ y esse que la conscience s'en prend lYoperari n'est que FoccâsioD de ses reproches. Or^ comme la liberté ne nous est révélée qni par la responsabilité, là ou se trouve celle-ci, doit être aussi li première : elle réside dans Yesse, Quant à Voperari, il tombe sov le coup de la nécessité. Maintenant, nous n'apprenons à nom connaître, nous-mêmes et les autres, que par expérience, nom n'avons pas de notre caractère une notion a priori. Au contraire, nous commençons par nous en faire une très-haute idée : car l'axiome « quisque praesumitur bonus, donec probetur contnrium (1) » , vaut aussi dans notre prétoire intérieur.

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