‹ Le fondement de la moraleChapitre 28 sur 81 · A chacun ce qui lui revient. * (TR · texte numérisé non relu

A chacun ce qui lui revient. * (TR

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mêmes qu'elles soient en honneur : il est donc bon de les conserver, même au prix de quelques sacrifices : quand on a une bonne terre, on n'hésite pas à y faire quelques dépenses. Mais ce produit-là, cette loyauté spéciale, ne peut guère se rencontrer que chez les gens à leur aise, ou qui du moins ont un bon métier ; surtout chez les marchands, car ils voient le plus clairement du monde qu'il n'y a pas de sûreté pour les échanges, sans une confiance, un crédit mutuels : de là l'honneur du commerçant, chose si à part. — De son côté, le pauvre, qui ne peut joindre les deux bouts, et qui se voit, grâce à l'inégale distribution des biens, condamné à la gène et à un dur travail, tandis que d'autres, sous ses yeux, vivent dans l'abondance et Toisiveté, aura bien de la peine à reconnaître qu'une telle inégalité ait pour cause une inégalité correspondante dans les mérites, et dans les gains loyalement acquis. Or, s*il n'accorde pas ce point, où irait-il prendre les raisons purement morales, les raisons d'honnêteté, qui Je détourneraient de mettre la main sur le superflu des autres? Le plus souvent, ce qui le retient, c'est la loi. Si donc un jour se présente une occasion, l'occasion si rare, où il pourra, sans craindre l'atteinte des lois, d'un seul coup, secouer le poids écrasant de la misère, plus écrasant encore pour qui a sous les yeux la richesse d' autrui, et se mettre en possession de jouissances si souvent enviées, où est alors la puissance qui lui retiendra la main ? Une religion avec ses dogmes ? Il est bien rare que la foi ait tant de force. Une raison purement morale, une raison d'honnêteté ? Peut-être, en quelques cas : mais d'ordinaire, ce sera le soin, si naturel à l'homme, même d'un petit esprit, le soin de sa réputation, de son honneur mondain; le danger si visible, d'aller, pour une seule faute de ce genre, se faire rejeter à jamais de la grande loge maçonnique des honnêtes gens, de ceux qui suivent la loi de l'honneur, qui pour prix se sont, sur toute la face de la terre, partagé les biens, et qui les possèdent ; le danger de se voir, pour une seule action malhonnête, traité sa vie durant, par la bonne société, comme un paria, à qui nul désormais ne se fie,

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dé LE fONOfiMËNT DE LA MOlULfi.

dont chacan fuit la compagnie, de qnî, pour lui couper Iliei sous le pied , on n'a qu'à dire : < Un chenapan qui a volé t > , qu'à répéter le proverbe : • Qui a volé, volera l »

Tels sont les gardiens qui veillent sur notre équité extëriem et quiconque a vécu, et n'a pas fermé les yeux, avouera qu'à ei seuls nous devons presque tout ce que les hommes moiitre d'honnêteté dans leurs relations ; que même, il ne' manque p de gens, pour entretenir l'espoir d'échapper même à cette $u veillance, et pour considérer l'honnêteté, la loyauté, comme m enseigne, un pavillon, à l'abri duquel la piraterie n'est que pi sûre. Il ne faut donc pas trop nous enflammer d'un saint zôl monter sur nos grands chevaux, si par hasard un moraliste po le problême, et dit : est-ce que la loyauté, l'honnêteté, au foi ne seraient pas toujours pure affaire de convention ? si, poui suivant son idée, il entreprend de ramener pareillement le res de la morale à des causes éloignées, détournées, mais en fin c compte égoïstes,comme ont fait avec tant de force d'esprit d'Ho bach, Helvétius, d'Alembert et d'autres du même temps. Pour plupart des actes de justice cette explication est la vraie, elle e juste, et je Tài fait voir précédemment. Quant aux actes < charité, ici encore, en bien des cas, elle est applicable, à n'en p douter : ces actes souvent ont pour principe l'ostentation, foi en une récompense future, et qui même équivaudra au carr plutôt au cube du sacrifice, sans parier d'autres mot! fs aussi égoïste Toutefois, il n'est pas moins certain qu'il s'accomplit des actioi inspirées par une charité désintéressée, par une équité spontané Faut-il des exemples de ces dernières ? je ne les prendrai p; dans le domaine de la conscience, mais de la seule expérience tels sont ces cas, singuliers, et pouilant incontestables, où toi danger d'être atteint par les lois, même d'être découvert, ou sei lement soupçonné, se trouvant écarté, toutefois on a vu lé pauv: donner au riche ce qui revenait à ce dernier : ainsi, un objet été perdu^ ^ trouvé ; un dépôt a été remis à un individu par i: tiers qui depuis est mort : le dépôt, l'objet est réstititë au pr

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priétaird ; un étranger de pastôge confie en secret un dépôt à un pauvre bomme : le dép6t est fidèlement gardé, puis rendu. Des laits pareils se voient, on n'en peut douter: mais notre surprise, notre émotion, ilotre respect, à la révélation de semblables faits» prouvent assez clairement qu'il faut les ranger parmi les exceptions, les raretés. Oui, il y a d'honnêtes gens : il y a aussi des trèfles à quatre feuilles; mais Hamlet parle sans hyperbole, quand il dit : < To be bonest, as this world goes, istobeone - man piok'd out of ten thousand (i) » —On objectera que les actions dont il s'agit sont inspirées en fin de compte par certains dogmes religieux, c'est-à-dire par la pensée du châtiment et de la ré* . compense à recevoir dans un autre monde : mais il y a aussi des I cas, on pourrait le prouver, où l'acte n'a tenu en rien à aucune croyance et religieuse. Lé fait n'est pas trèsrare en soi ; ce qui I est rare, c'est que l'opinion publique reconnaisse le fait.

Pour échapper à cet état d'êsprit sceptique, on se réfugie dans la eon$eience d'abord. Mais la conscience elle-même a-t- elle son origine dans la nature ? Déjà le doute s'élève. Ce qui est sûr, à tout le moins, c'est qu'il y a aussi une c conscientia spuria (2) > , et que souvent on la prend pour la vraie. Le regret, le chagrin d'ui^ acte passé, n'est au fond, chez bien des gens, que la crainte des conséquences. Plus d'un,^^our avoir transgressé des commandements étranges, arbitraires, dignes en somme de mépris, sent en lui je ne sais quoi qui le fait souffrir, qui lui adresse des reproches, qui enfin joue tout à fait la conscience. Exemple : le juif bigot (l'espèce n'est pas rare), qui se sent un poids sur le cœur, parce qu'au mépris du second livre de Moïse, od il est dit: chap. XXXV, 3 : < Vous ne devez point allumer de feu, au jour du sabbat, dans aucune de vos maisons » « il a le samedi so.'r, chez lui, fumé une pipe. Plus d'une fois un gentilhomme, un

1. < A la façon dont va le monde, être honnête, c'est être qn homme marqué entre dix mille. »

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