‹ Le fondement de la moraleChapitre 32 sur 81 · Droit du premier oocuprint. (TR · texte numérisé non relu

Droit du premier oocuprint. (TR

encore faut-il que l'expérience ait précédé : elles arrivent donc i nous indirectement. Aussi Sénèque dit-il : < Ad neminem antc bona mens venit, quam mala (1). » (Ep. 50.) Tel est donck mode d'action de la pitié , en son premier degré : elle paralyse ces puissances ennemies du bien moral, qui habitent en moi, et ainsi épargne aux autres les douleurs que je leur causerais ; elle me crie : Halte t elle couvre mes semblables comme d'un bouclier, les protège contre les aggressions que, sans elle, tenterait mon égolsme ou ma méchanceté. C'est ainsi que nait de la pitié. au premier degré, la maxime < neminem laede » , c'est-à-dire lt> principe de la justice : ici seulement, et nulle part ailleurs, se trouve la source pure do cette vertu, source vraiment morale, franche de tout mélange ; tirée d'ailleurs, la justice serait toate faite d'égoïsme. Que mon âme s'ouvre, dans cette mesure seulement, à la pitié : et la pitié sera mon frein, en toute occasion où je pourrais, pour atteindre mon but, employer comme moyeu là souffrance d'autrui ; et il n'importe que cette souffrance doive résulter de mon acte sur-le-champ ou bien plus tard, directement ou k travers des moyens termes. Dès lors je serai aussi incapable de porter atteinte à la propriété qu'à la personne de mon semblable, de le faire souffrir dans son âme que dans son corps : je m'abstiendrai donc de lui faire aucun tort matériel, même de lui apprêter aucune souffrance morale, en le chagrinant, en l'in* quiétant, le dépitant, le calomniant. La même pitié me retiendra de sacrifier à mon plaisir le bonheur de toute la vie d'une personne du sexe féminin, de séduire la femme d'autrui, de perdre au moral et au physique des jeunes gens, en les dégradant jusqu'à la pédérastie. Toutefois, il n'est pas du tout nécessaire que daœ chaque occasion particulière la pitié elle-même soit éveillée d'autant que plus d'une fois elle arriverait trop tard ; seulement à une âme bien née, il suffit qu'une fois pour toutes ait apparc l'idée claire des souffrances qu'inflige à autrui toute action in

1*« 11 n'est personne à qai les bonnes intentions s'offrent a?aa( les mauvaises. » (TR.)

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juste, sans parler de ce sentiment de l'injastice endurée, de la violence soufferte, qui accroît encore la douleur : aussitôt naît en elle cette maxime : < neminem laede », et ce commandement de la raison s'élève jusqu'à devenir une résolution ferme, durable, de respecter le droit de chacun, de ne se permettre aucune aggression contre le droit, de se garder pour n'avoir jamais à se reprocher la souffrance d'autrui, enfin de ne pas rejeter sur autrui, par ruse ou par force, le fardeau et les maux de la vie, quelque lot que nous imposent les circonstances ; de poi*ter notre part, pour ne pas doubler celle des autres. Sans doute, les principes, les idées abstraites, ne sont en général point la source vraie de la moralité ; ils n'en sont pas la vraie base ; pourtant ils sont indispensables à qui veut vivre selon la morale : ils sont le barrage, le réservoir (i), où quand s'ouvre la source de la moralité, source qui ne coule pas sans cesse, viennent s'amasser les bons sentiments, et d'où, l'occasion venue, ils vont se distribuer où il faut par des canaux de dérivation. Il en est des choses morales comme du corps, sujet de la physiologie, en qui l'on voit, par exemple, les vésicules du fiel, réservoir de la sécrétion du foie, jouer un rôle indispensable, pour ne pas citer bien d'autres cas semblables. Sans des principes solidement établis, dès que nos instincts contraires à la morale seraient excités par des impres* sions extérieures jusqu'à devenir des passions, nous en deviendrions la proie. Savoir se tenir ferme dans ses principes, y rester fidèle, en dépit de tous les motifs contraires, c'est se commander soi-même. C'est ici la cause pourquoi les femmes, dont la raison plus faible est moins propre à comprendre les principes, à les maintenir^ à les ériger en règles, sont communément bien audessous des hommes pour ce qui est de cette vertu, la justice, et par suite aussi, de la loyauté et de la délicatesse de conscience ; pourquoi l'injustice et la fausseté sont leurs péchés ordinaires, et le mensonge leur élément propre ; pourquoi, au contraire, elles

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