La Société des Amis des animaux. (TR
2. L'amour des animaux, considérations morales sur la condition présente des bêtes, et les moyeus de raméiiorer. (TH.)
3. L'expression est dans le texte : « Menschliche Bebaodlung der Tbiere. . (TR.)
'y réassit nulle part; il finit par se rattacher à cet argument, ue Jésus-Christ étant né dans une étable entre le bœuf et Tâne, ous devons par ce symbole comprendre notre devoir, de conidérer les animaux comme des frères et de les traiter en conséiience. — Par tous ces faits, on voit que les idées morales dont l s'agit commencent à se faire entendre aussi dans le monde occiental. Maintenant, pourquoi la pitié envers les bêtes doit-elle ne tas aller parmi nous au point où la poussent les brahmanes, asqn'à s'abstenir de toute chair ? c'est que dans ce monde, la ensibilîté au mal est en raison de l'intelligence : ainsi l'homme, m se privant de toute chair, dans le nord surtout, souffrirait )lus que l'animal ne souffre d'une mort brusque et imprévue : m core devrait- on l'adoucir davant?ïge à l'aide du chloroforme. Sans a chair des animaux, l'espèce humaine dans le nord ne pourrait iongtemps subsister. C'est encore par cette même raison, que l'homme fait travailler les bêtes pour lui ; et c'est seulement quand on les surcharge d'une tâche excessive, que la cruauté commence. 8. — Laissons de côté pour le moment la métaphysique, ne cherchons pas (la recherche ne serait pourtant peut-être pas impossible) la cause dernière de la pitié, de ce principe, le seul qui puisse produire des actes purs d'égoïsme : regardons-la du côté de l'expérience, n'y voyons qu'un arrangement de la nature. Eh bien I ce gui frappe alors, le voici : si la nature voulait adoucir
le plus possible 4es innombrables douleurs, si diverses, dont notre ^ vie est faite, auxquelles nul n'échappe, et faire contre-poids L cet égoïsme dont chaque être est plein, qui le dévore, et souvent tourne à la méchanceté, elle ne pouvait rien faire de plus efficace : implanterdanslecœur humain cet instinct merveilleux, qui faitque l'on ressent la douleur de l'autre, cet instinct qui nous parle, qui à l'occasion dit à celui-ci : « sois miséricordieux !» et à celui-là : * sois secourablel » et dont la voix est puissante et impérieuse. Certes, il y avait plus de fond à faire pour le bien de tous, sur cet instinct de s'enlr'aider, que sur un devoir impératif, de forme générale et abstraite, auquel on parvient après des considérations
d'ordre rationne], après des combinaisons de notioiis : que peuton espérer d'une pareille invention, quand pour les esprits grossiers les propositions générales et les vérités abstraites sont parfaitement inintelligibles, vu que pour eux le concret seul est quelque chose ; quand l'humanité entière, déduction faite d'une fractioo imperceptible, a été et sera toujours grossière, le travail physique excessif qui, à la prendre en masse, lui est indispensable pour vivre, ne lui permettant pas de s'élever à la culture intellectueile! Au contraire, s'agit-il d'éveiller la pitié, d'ouvrir cette soum, Vunique d*oû jaillissent les actions désintéressées, de nous faire toucher cette base vraie de la moralité f il n'est pas besoin ici de notions abstraites : l'intuition suffît , la connaissance pure et simple d'un fait concret où la pitié se révèle spontanément, sans que l'esprit ait à faire tant de démarches.
9. — Rien n'est plus propre à confirmer ces dernières idées que le fait suivant. En fondant l'éthique comme je l'ai fait, je me suis mis dans la situation de n'avoir pas , parmi tous l^à philosophes de l'École, un seul prédécesseur; mon opinion, comparée à leurs théories, est même paradoxale : car plus d'un, ainsi les Stoïciens (Sénèque, De clementia, 11^ 5), Spinoza {Éthiquti IV, prop. 50), Kant (Crit. de la R. pratique, p. 213, R. 257), ont justement pris la pitié à partie, l'ont blâmée. Mais en revanche ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistgL
t4st jjnr modem s : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rous-
yjj^^l^^au, à celui qui a connu si à fond le cœur humain, à celui qui
m jrJ puisa sa sagesse, non dans les livres, mais dans la vie; qui pro-
- • . duisit sa doctrine non pour la chaire, mais pour l'humanité; à
cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient
de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède
la vérité, et qu'il émeut les cœurs. Pour appuyer mon idée, je
vais donc prendre la liberté de citer de lui quelques passages;
d'ailleurs jusqu'à présent, j'ai été autant que possible avare de
citations.
Dans le Discours sur Voriginede V inégalité jip. 91 (éd. des Deux-
nU), il dit : < Il y a un autre principe, que Hobbes n'a point 5rçu, et qui ayant été donné à rhomme pour adoucir, en cernes circonstances, la férocité de son amour-propre, tempère '(leur qu'il a pour son bien-être par une répugnance innée de r souffrir son semblable. Je ne crois pas avoir aucune contration à craindre en accordant à l'homme la seule vertu naturelle ait été forcé de reconnaître lo détracteur le plus outré des rtus humaines. Je parle d« la pitié, etc. > — P. 92 : < Mandeville bien senti qu'avec toute leur morale les hommes n'eussent ûais été que des monstres, si la nature ne leur eût donné la ié à l'appui de la raison : mais il n'a pas vu, que de cette seule %liié découlent toutes les vertus sociales, qu'il veut disputer aux m mes. En effet , qu'est-ce que la générosité, la clémence, nmanité, sinon la pitié, appliquée aux faibles, aux coupables,
à l'espèce humaine en général ? La bienveillance et l'amitié ^me sont, à le bien prendre, des productions d'une pitié consinte, fixée sur un objet particulier ; car désirer que quelqu'un
souffre point, qu'est-ce autre chose, que désirer qu'il soit ureux?... La commisération sera d'autant plus énergique, que nimal spectateur s'identifiera plus complètement avec l'animai offrant. » — P. 9'i : «Il est donc bien certain, que la pitié est 1 sentiment naturel, qui modérant dans chaque individu l'amour soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce, est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de mœurs de vertus, avec cet avantage, que nui ne sera tenté de désobéir 5a douce voix : c'est elle qui détournera tout sauvage robuste snlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsisnee acquise avec peine, si lui-môme espère pouvoir trouver la 3nne ailleurs : c'est elle qui, au lieu de cette maxime sublime î justice raisonnée : fais à autrui comme tu veux qu'on te fasse, spire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle, en moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : is Ion bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible. C'est, i un mot, dans ce sentiment naturel plutôt que dans les arguments
16V LE FOXDr.MRNT DE LA MORALE.
subtils, qu'il faut chercher la cause de la répugnance quéprowm\ tout homme d mal faire, même indépendamment des maxim;; de l'éducation. » — Comparez ce qu'il dit dans Emile, liv. IV. pp. Ii5-120 (éd. des Deux-Ponts), et entre autres, ce passade « En effet, comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié, sic: n'est en nous transportant hors de nous et en nous identi^n^' avec V animal souffrant ; en quittant, pour ainsi dire, noire Ht* pour prendre le sien f Nous ne soufifrons qu'autant que nuS jegeons qu'il souffre ; ce n'est pas dans nous, c'est dans (ut, 'jn nous souffrons.... Offrir au jeune homme des objets, sur lesquen puisse agir la force expansive de son cœur, qui le dilatent, t)i retendent sur les autres êtres, qui le fassent partout se reiro\ff9 hors de lui ; écarter avec soin ceux qui le resserrent, le concentrerai et tendent le ressort du moi humain, etc. »
Faute de philosophes de l'École, dont je puisse invoquer l'ât' torité, j'ajouterai encore ceci : que les Chinois admettent ci» vertus cardinales (Tschang), parmi lesquelles ils placent, an pif mier rang, la pitié (Sin). Les quatre autres sont : la justice,! politesse, la sagesse'et la sincérité (1). De même chez les Hindoii sur les tables commémoralives élevées en souvenir des souverart morts, nous voyons, parmi les vertus dont on les loue, en f mière ligne, la pitié envers les hommes et les animaux. Athènes, la Pitié avait un autel en pleine Agora : 'a03jv«îs
Se ev T^ àyopâ: s9Tt '£)cou ^ùàytô^^ u y.i'XtiXa 66Ûv, iç àvO^ro piov xat |utST9e6o>àç Tr^say^xarcov ort e^^^i^cpo;, fioirùt ri/jtà; E^^' v«fxou(rev À6>?tf«toe. Eav(f, I, 17. («A Athènes, sur l'Agora, s'él^i un autel à la Pitié : entre toutes les divinités, les Athénier considérant de quel secours elle est aux hommes dans cette v si sujette aux changements, lui ont, seuls de tous les Grecs, c^! sacré un culte. » ) Lucien aussi parle de cet autel dans le Timi i
1. Journal Asiatique, vol. IX, p. 62. Cf. Meng-Tseu, édition Slani^ las Julien, 1824 L. I, g 45 ; et ie Meng-Tseu des Livres sacrés dti'^ rient, par PaulUier, p 281.
LA DIVERSITÉ DES CARACTÈRES. i6o
1 99. — Phocion, dans une phrase que nous a conservée Stobée,
!^ déclare la Pitié ce qu'il y a de plus saint parmi les hommes : I Ourt iÇ itpw iSwpov, ouri fx t^; àvO/ouT^tV/?; çûtcu; ùr^atpiTio'j tov t'io'j, » (« Il ne faut enlever, ni au temple l'autel, ni à la nature humaine la pitié. > ) Dans la Sagesse des Indiens, cette traduction grecque du Pantscha Tantra, nous lisons (Sect. 3, p. 220) : c As/crai yàp, û; TCf,(ûnfi tûv kpMxSi^è ri c).m|xoo'vv>i. » ( < Car, on le dit, /a première des vertus, c'est la pitié. ») On le voit, en tout temps, en tout pays, les hommes ont su où prendre la source des bonnes mœurs; les hommes, excepté les Européens; et i\ qui la faute ? sinon à ce foetor Judaicus, qui pénètre partout : il leur faut an devoir qui s'impose, une loi morale, un impératif, bref Tin ordre et un commandement, pour y obéir : ils ne sortent pas de là, ils ne veulent pas voir qu'au fond de tout cela, ce qui se trouve, c'est l'égoïsme seul. Sans doute, plus d'un, parmi les hommes supérieurs, a senti la vérité, lui a rendu témoignage : tel est Rousseau, tel Lessing, qui, dans une lettre écrite en 1756, dit : « L'homme le plus compatissant est le meilleur des hommes, le mieux né pour toutes les vertus sociales, pour toutes les grandeurs de l'àme. »
§ 20. — La diversité des caractères au point de vue moral.
Pour achever de découvrir le fondement sur lequel nous voulons asseoir la morale, il nous reste à satisfaire à une question : d'où viennent les différences si considérables qu'on remarque entre la conduite des différents hommes? Si la pitié est le ressort de toute justice et de toute charité véritables, c'est-à-dire désintéressées, pourquoi agit-elle sur tel homme et non sur tel autre? — La morale, qui met au jour les ressorts de toute vie morale, ne pourra-t-elle pas aussi les faire jouer? Ne peut-elle d'un homme au cœur dur, faire un homme miséricordieux, et du môme coup juste et charitable? Certes non : les différences de
caractères • sont innées et immuables. Le méchant tient sa méchanceté de naissance, comme le serpent ses crochets et s». poches à venin : ils peuvent aussi peu Tun que l'autre se débar^ rasser. < Velle non discitur (1), » a dit le précepteur de NéroD. Platon, dans le Ménon, examine longuement ce point : si la Tértc peut s'enseigner, oui ou non : il rappelle un mot de Théognis :
àïkà SiSxo'xttv OuTTorf TCQivivtt^ rov xaxov SvdjO àyaOôv.
( < Jamais par tes leçons du méchant tu ne feras un homme de bien. > ) Puis il conclut ainsi : « a/»ir«} av etij ovri fwruj m
'^iyyYiTai. » (< La vertu, sans doute, n'est ni un fruit naturel,» un effet de l'éducation : mais quand un homme a ce bonhei». de la posséder, c'est sans réflexion, par une faveur divine. Par ces mots de ^uvce et de Octa fxo(/>â, il faut entendre ici quelque chose de correspondant au physique et au métaphysique. Déjà 1 père de l'éthique, Socrate, avait dit, selon Aristote : « oûx» vi/iêv ytvsffOai To ffTrouSatovc slvae, *J ^auXou;. )) (< Qu'il n'est pas £f notre pouvoir d'être vertueux ou méprisables. » ) (Grande mora\ I, 9). Aristote lui-même exprime la même pensée : ^nâ9i)îi Soxct cxoco^ra tûv i^Oûv \tnà.p^tlv ^ùffci Xgjs* xoci yàp ^ixetioi. » aoA^/oovcxot) xaÎT 3à).a expyiMit tv6ù; ix ynrrriç, » ( « Les caractère semblent être ce qu'ils sont par nature : car, si nous somm^ justes, prudents, etc., c'est dès notre naissance. ») (Éthiqu Nicomaque, VI, 13.) Nous retrouvons la même pensée dans ilJ fragments bien anciens, sinon authentiques, ceux du pythagoii cien Archylas, conservés par Stobée {Florilegium, tit. I, § I" Même idée dans les Opuscula Grœcorum sententiosa et moralii éd. Orelli, vol. II, p. 240.) Voici le passage en dialecte dork qu'on y trouve : « Ta; •^àp ^ôyocç xal dxoSfc^fO'cv 7roTt;^,uDt