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Vandales, venus d'Afrique en Italie : voici comment Johann von Mûller raconte l'histoire (Hist. univers. , XI, 10) : « Il avait déjà, pour le rachat des prisonniers, dépensé tous les trésors de TÉglise, ses ressources, celles de ses amis : à ce moment, il voit une veuve qui' se désespérait, parce qu*on emmenait son fils unique ; il s'offre à sa place pour aller en esclavage. Car alors tout ce qui était d'un âge raisonnable et qui n'avait pas succombé par l'épée, était pris., emmené à Carthage. »
Etant donné ces différences innées, primitives, d'une incroyable variété, entre les caractères, nécessairement il n'y a de prépondérants pour chacun que de certains motifs, ceux auxquels il est le plus sensible ; ainsi parmi les corps, tel ne réagit que sur les acides, tel autre, que sur les bases : et ces dispositions sont également impérieuses d'un et d'autre côté. Les motifs qui se tirent de la charité, et qui ont tant de pouvoir sur un bon cœur, ne peuvent par eux-mêmes rien, sur une âme ouverte aux seuls conseils de l'égoïsme. Si donc on veut amener un égoïste à faire un acte de charité, il n'y a pour cela qu'un moyen : faire briller h. ses yeux tel avantage personnel que lui procurera, par un enchaînement quelconque de conséquences, l'effort qu'il aura fait pour adoucir les maux d'autrui (et d'ailleurs, que font les doctrines morales, pour la plupart, si ce n'est de tâcher à nous séduire ainsi ? les moyens seuls varient). Or, ce faisant, on induit en erreur la volonté de l'égoïste ; on ne l'améliore pas. Ce qu'il faudrait pour l'améliorer, c'est de pouvoir changer l'espèce de motifs à laquelle il est accessible ; ainsi, de faire qu'à celuici la souffrance d'autrui ne fût plus par elle-même quelque chose d'indifférent : que celui-là ne trouvât pas son plaisir à être cause des maux des autres ; qu'auprès de ce dernier, tout ce qui peut ajouter à son bien-être, si peu que ce soit, n'effaçât pas, n'anéantit pas toute autre raison. Malheureusement cela est impossible, beaucoup plus certainement impossible, que de changer le plomb en or. Car il faudrait d'abord prendre à un homme son cœur et le lui changer, transformer en un mot ce qui lui est le
plus intime. Or, tout co qu'on peut, c'est de répandre la lumière dans sa tête, de corriger ses idées, de lui faire comprendre mieux là réalité, les choses de la vie. Et après cela, qu*a-t-on obtenu? que la nature de sa volonté s'exprimât avec plus de logique, de de clarté, de décision. Et en effet, plus d'une bonne action sans doute est inspirée d'idées fausses, d'illusions, imposées à bonne intention, touchant une récompense à obtenir en ce monde ou dans l'autre ; mais bien des fautes aussi ont pour cause une notion fausse des choses humaines. Cette vérité sert de principe an système pénitentiaire des Américains : là, le but n'est pas d'améliorer le cœur du coupable, mais simplement de lui remettre la tète d'aplomb, de l'amener à comprendre, que s'il y a an moyen sûr et aisé d'arriver au bien-être, c'est le travail et l'honnêteté non la friponnerie.
A l'aide de motifs choisis, on peut imposer aux hommes la légalité, mais la moralité, non pas ; on peut changer leur conduite, mais non leur volonté en elle-même : or c'est de la volonté seule que vient toute valeur morale. On ne peut pas changer le but que poursuit la volonté, mais seulement le chemin qu'elle se fraye pour y arriver. Avec l'instruction, vous agissez sur le choix des moyens, non sur celui de la fin dernière de tous les actes : cette fin, c'est la volonté de l'individu qui se la propose^ et en cela, elle suit sa nature primitive. On peut faire voir à un égoïste qu'en renonçant à un petit avantage il en peut réaliser un plus grand ; au méchant que pour causer à autrui de la souffrance, il s'en inflige une plus vive. Mais quant à réfuter l'égoïsme, la méchanceté, en eux-mêmes, c'est ce qui ne se peut pas ; non, pas plus que de prouver au chat qu'il a tort d'aimer les souris. De son côté, la bonté peut, grâce à un perfectionnement des idées, à une connaissance plus profonde des rapports des hommes entre eux, en un mot, à une plus grande lumière répandue dans l'esprit, parvenir à exprimer sa nature d'une façon plus conséquente et plus achevée : ainsi, en apprenant les effets éloignés de nos actions pour les autres, les souffrances que leur cause par exemple, à
travers une longue série d'intermédiaires, et dans la suite du temps, telle ou telle action qu'elle n'eût pas crue si funeste ; ou bien encore, en s'instruisant des conséquences fâcheuses d'une action bien intentionnée, comme serait le pardon accordé à un coupable ; et surtout en s'instruisant du droit qu'a la maxime « Neminein laede » , de passer avant le * Omnes juva » , etc. En ce sens, oui, il y a une éducation morale, il y a une éihique propre à améliorer les hommes : mais elle ne peut rien de plus. La limite ici est facile à voir : la tête s'éclaire, mais le cœur demeure ce qu'il était. Ainsi l'essentiel, l'élément décisif, dans les choses morales, comme dans les choses intellectuelles et physiques, c'est l'inné ; L'art ne peut venir qu'en sous-ordre. Chacun est ce qu'il est, « par la grâce de Dieu, » jure divino, 0«'a fxoûa.
« Du biitt am Ënde — was du bist.
Setz'dir Perrùcken auf von millionpn Lockcn, SetzMeinen Fuss auf ellenbohe Socken :
Du bleibsi doch immer was du bisl > (i).
Mais j'entends le lecteur qui depuis un moment déjà me demande : à qui attribuer la faute et le mérite ? — A qui ? veuillez regarder le § 10. Ce que j'aurais à répondre, j'ai déjà trouvé là l'occasion de le placer : ma pensée sur ce sujet tient par un lien étroit à la doctrine de Kant sur la coexistence de la liberté et de la nécessité. Je prie donc le lecteur de relire ce passage. Selon ce qui y est exposé, Voperari, l'action, étant donnés les motifs, se produit nécessairement : dès lors la liber lé^ qui a pour signe unique la responsabilité, ne peut appartenir qu'à Vesse, à l'être en soi. Sans doute, au premier coup d'oeil, ostensiblement, c'est sur notre acte que portent les reproches de notre conscience ; mais en