‹ Le fondement de la moraleChapitre 48 sur 81 · Tu es en fin de compte... ce que lu es · texte numérisé non relu

Tu es en fin de compte... ce que lu es

Mets-loi sur la (été uno perruque à un million de marteaux,

Ctiausse un coihurne baul d'une aune :

Tu n'en demeures pas moins ce que lu es. >

{FausUV* partie. Un cabinet d'éludé.) (TR.)

réalité, an fond, ils portent contre ce que nous sommes ; nos actes ne sont qu'un indice, d'ailleurs irrécusable, car ils sont à notre caractère ce que les symptômes sont à la maladie. C'est donc à cet esse, h ce que nous sommes, qus doivent s'attacher aussi la faute et le mérite. Ce que nous respectons et aimons, ce que nous méprisons et haïssons en un homme, ce n'est pas une apparence changeante et variable^ mais un fond solide, à jamais immuable : ce fond, c'est son être. Et quand nous revenons sur notre premier sentiment, nous ne disons pas : il a changé ; mais bien : je m'étais trompé sur son compte. S'agit-il de nous, de la satisfaction ou du mécontentement que nous avons à nous contempler ? c'est encore à nous-mêmes, à l'être que nous sommes, et que nous serons à jamais et irrévocablement, que ces sentiments-là s'adressent : et la môme vérité s'applique aussi aux qualités de l'intelligence, bien plus, aux traits de la physionomie. Comment dès lors ne serait-ce pas à notre être que doivent être rapportés la faute et le mérite ? — Nous faisons donc une connaissance de jour en jour plus ample avec nous-mêmes ; le registre de nos actes va se remplissant : ce registre, c'est la conscience. Le thème sur lequel s'exerce notre conscience, c'est avant tout nos actes, ceux de nos actes où, la pitié nous ordonnant au moins de ne pas nuire aux autres, et même de leur prêter aide et secours, nous sommes restés sourds à sa voix, pour écouter l'égoïsme, la méchanceté peut-être, ou bien, méprisant ces deux sortes de tentations, nous lui avons obéi. On peut par celle de ces deux alternatives où nous nous sommes arrêtés, mesurer la distance que nous mettons entre nous et les antres. C'est par cette distance qu'il faut juger du degré de notre valeur morale ou de notre immoralité, de ce qu'il y a en nous de justice et de charité, ou bien de dispositions contraires. Peu à peu s'accroît la liste de celles de nos actions dont le témoignage sur ce point est significatif : l'image de notre caractère s'achève ainsi trait par trait, et nous arrivons à nous connaître nousmêmes. Alors aussi se forment des sentiments de satisfaction ou de mécontentement, au sujet de ce que nous sommes, et ici tout

dépend d'un point : est-ce Tégoïsme, la méchanceté, ou la pitié qui Ta emporté en nous ? la diflFérence que nous maintenons entre notre personne et les autres, est-elle grande ou faible? Et c'est d'après la même règle, que nous jugeons les autres : car leurs caractères aussi, comme les nôtres, nous sont connus par la seule expérience, avec moins de profondeur, il est vrai : alors nos sentiments se nomment approbation, estime, respect, ou bien blâme, dédain, mépris, au lieu que tout à l'heure, quand il s'agissait de nous, c'était le contentement ou le mécontentement, un mécontentement qui pouvait aller jusqu'au remords. Veut-on une preuve de plus, que nos reproches, quand ils s'adressent aux autres, portent sur leurs actes en premier lieu, mais au fond visent leur caractère en ce qu'il a d'immuable ? que nous considérons en ces moments la vertu et le vice comme propriétés essentielles à l'être, tenant à son fond ? Eh bien ! que l'on examine tant d'expressions, si ordinaires ; « Maintenant je vois ce que tu es I » — • Je me suis trompé sur ton compte. » — « ^ow I see what you are î » — « Voilà donc, comme tu es ! » (1) — « Je ne suis pas de ceux-là ! » — * Je ne suis pas homme à vous en imposer » , et autres analogues. Et celle-ci : • les âmes bien nées (2) >• ; de môme en espagnol, « bien nacido » ; luycv^ç, «vyivcea, signifiant vertueux, vertu ; « generosioris animi amicus (3) », etc.

Si la raison est nécessaire à la conscience, c'est simplement parce que sans elle il n'est pas de récapitulation claire et suivie de nos actes. Il est dans la nature des choses, que la conscience parle seulement après coup : aussi dit-on en ce sens qu'elle est un juge. Si on dit qu'elle se prononce d'avance, c'est dans un sens impropre : elle ne le peut qu'indirectement, grâce à ce que, raisonnant d'après des cas analogues qui nous reviennent en mémoire, nous prévoyons le mécontentement que nous causerait une

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