‹ Le fondement de la moraleChapitre 49 sur 81 · Ami à l'âme généreuse. > (TR · texte numérisé non relu

Ami à l'âme généreuse. > (TR

récidive. -~ Telle est donc la conscience, du moins considérée comme fait moral : en elle-même, elle demeure un problème de métaphysique ; ce problème ne touche pas directement à la présente question, toutefois il sera abordé dans notre dernier chapitre. — La conscience est ainsi purement la connaissance que nous prenons de notre caractère immuable, grâce à nos actes ; et ce qui nous le démontre bien encore, le voici : on sait combien varie d'homme à homme la sensibilité à tel ou tel genre de motifs, intérêt, méchanceté^ pitié; c'est même de là que dépend toute la valeur morale de Thomme : eh bien ! ce trait distinctif de l'individu ne s'explique en aucune autre manière ; rinstruction ne le produit pas; il ne naît pas dans le temps, ne se modiOe pas : il est inné, immuable, soustrait à tout changement. Ainsi une vie tout entière, avec tous ces travaux qui l'emplissent, est comme un cadran d'horloge, qui a pour ressort caché le caractère; c'est un miroir dans lequel seul chacun peut voir, par les yeux de l'intelligence, la nature de sa volonté en elle-même, son essence propre.

Si le lecteur prend la peine d'embrasser d'un coup d'oeil toute la présente théorie, avec ce qui est dit au § iO, déjà cité, il découvrira dans ma façon d'établir l'éthique, une logique, dans mes idées un ensemble, qui manquent à toutes les autres doctrines; sans parler d'une harmonie de ma pensée avec les faits de l'expérience, qui manque plus encore ailleurs. Car il n'y a que la vérité pour demeurer d'accord avec elle-même et avec la nature : lous les principes faux sont en lutte, chacun contre lui-même, et contre l'expérience : car l'expérience, silencieusement, à chaqu pas que font ces doctrines, dépose une protestation.

Certes ces vérités, surtout celles par où je conclus ici, n'iront pas moins se heurter de front à des préjugés et des erreurs, et nommément à certaine morale d'école primaire, aujourd'hui à la mode : je le sais bien, et je n'en ai ni souci ni remords. Car d'abord, ici je ne parle pas à des enfants, ni au peuple, mais à une Académie d'hommes éclairés, qui me pose une question

théorique, et relative aux vérités les plus fondamentales de .'ét.liique ; et qui, à une question si profondément sérieuse, attend a ne réponse sérieuse aussi; ensuite, je tiens qu'il n*est pas i* erreur privilégiée, pas d'erreur utile, pas d'erreur même qui ne %oit nuisible : toute erreur produit infiniment plus de mal que de bien. — Que si toutefois on veut prendre les préjugés pour mesure du vrai, ou pour la borne que nul ne doit passer dans l'eixposition de ses idées, alors qu'on laisse tomber tout à fait les facultés de philosophie et les Académies : ce sera plus loyal : car Ik où la réalité n'est pas, ne doit pas être l'apparence.

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