‹ Le fondement de la moraleChapitre 5 sur 81 · DE LA FORME IMPÉRATIVE DE LA MORALE DE KANT · texte numérisé non relu

DE LA FORME IMPÉRATIVE DE LA MORALE DE KANT

tion de Kant, Loeke disait déjà : « Il serait fort inutile d'imaginer nne règle qu'on imposerait aux actions libres de l'homme^ sans y joindre quelque sanction, une peine et une récompense propres à déterminer la volonté : nous devons donc, partout où nous sup^ posons une loi, supposer aussi une récompense ou un châtiment uni h cette loi. » (Essais sur Ventendemeni, II, c. xxxii, § 6) (i). Toute nécessité morale est donc subordonnée à une conditition, à un châtiment ou à une récompense : pour parler comme Kant, elle est essentiellement, inévitablement, hypothétique, et jamais, comme lui l'affirme, catégorique. Supprimez par la pensée ces conditions, l'idée de cette nécessité reste vide de sens : donc la nécessité morale absolue est forcément une contradictio in adjecto . Quand une voix commande, qu'elle parte du dedans de nous ou du dehors, il est simplement impossible qu'elle n'ait pas le ton de la menace, ou bien de la promesse : dès lors le sujet peut, selon les cas, faire preuve ici de sagesse ou de sottise : toujours il restera intéressé ; donc il n'aura pas de valeur morale. Le caractère inintelligible, absurde, de cette notion à'une nécessité morale ahso^ lue, mise ainsi à la base du système de Kant, éclate au milieu du système même, un peu plus tard, dans la Critique de ta raison pratique : comme il arrive d'un poison introduit sous une forme déguisée dans un organisme, qui n'y peut demeurer et finit par sortir violemment et apparaître au jour. Cette nécessité morale si inconditionnelle finit en effet après coup par poser en postulat une condition à elle nécessaire, et même une condition multiple : à savoir une récompense, puis l'immortalité de l'être à récompenseri enfin un distributeur des récompenses. Et il le fallait bien, du moment qu'on faisait de la nécessité morale et du devoir la no* tion fondamentale de l'éthique : car ce sont là des notions relia-

1. « For since it would be utterly in vain, to suppose a rule set to the free actions of inan, wilhout annexing lo it some enforcernent of good and evil lo détermine bis will ; we muât, wbereever we suppose a law, suppose also some reward or punisbment annexed to ibat la^. » (On Underj^tanding, etc.)

tives par essence, et qui tirent toute leur signification de la menace d'un châtiment ou de la promesse d'une récompense. Cette récompense, on finit par la postuler au profit de la vertu, qui se trouve ainsi avoir simplement fait semblant de travailler sans espoir de salaire : mais, par convenance, elle est cachée, comme sous un voile, sous ce nom, du souverain bien, de ce bien qui consiste dans la réunion de la vertu avec le bonheur. Au fond, toute cette morale n'aboutit qu'à la recherche du bonheur : elle se fonde sur l'intérêt ; elle est cet Eudémonisme même, que d'abord Kant, le trouvant hétéronome, a éconduit solennellement, par la grande porte, hors de son système ; maintenant, caché sous le nom du souverain bien, par la petite porte, il s'y glisse de nouveau. C'est la vengeance de la logique contre cette notion qui se contredit elle même, et que l'auteur avait admise, d'une nécessité morale inconditionnelle, absolue. Or, certes, de son côté, la nécessité morale conditionnelle ne saurait être une notion digne qu'on y assoie la morale, car tout ce qui se fait par égard pour une récompense ou pour une peine, est de toute évidence un acte égosïte, et sans nulle valeur morale. — D'où il suit clairement, que l'éthique a besoin d'être comprise avec plus de grandeur et d'indépendance, si l'on veut sérieusement expliquer d'une manière solide la valeur de l'activité humaine, valeur qui dépasse le monde des phénomènes, valeur éternelle.

Ainsi toute nécessité morale est soumise inévitablement à une condition : il en est de même de tout devoir. Les deux notions d'ailleurs sont fort proches parentes, et quasi identiques. L'unique différence viendrait peut-être de ce que la nécessité morale en général pourrait s'appuyer sur la simple force, tandis que le devoir suppose llobligation, c'est-à-dire l'acceptation du devoir : c'est là le rapport qui existe entre le maître et le serviteur, le supérieur et le subordonné, le gouvernement et les sujets. Comme nul n'accepte un devoir sans salaire, tout devoir crée un droit. L'esclave n'a pas de devoir, parce qu'il n'a pas de droit ; mais il y a pour lui une nécessité mprale, qui a pour principe Ift force

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