‹ Le fondement de la moraleChapitre 51 sur 81 · UN ÉCLAIRCISSEMENT SUR CET APPENDICE · texte numérisé non relu

UN ÉCLAIRCISSEMENT SUR CET APPENDICE

3t nous offre un problème. Ici aussi, donc, une métaphysique est visiblement nécessaire; une métaphysique, c'est-à-dire une explication des faits primordiaux en ce qu'ils ont de primordial, et, 3es faits s'y trouvant considérés d'ensemble, une explication de l'univers. De là naît pour nous cette question : pourquoi la réalité 5ui s'offre à nos sens et à notre intelligence, est-elle comme elle est ?t non pas autrement ? par quelle conséquence, étant donnée l'essence intime des choses, leur phénomène prend-il le caractère qu'on vient de lui voir? Nulle part plus- qu'en morale, la nécessité d'une explication métaphysique n'est pressante : car il est un point sur lequel s'accordent tous les systèmes, philosophiques ou religieux : c'est que la signification morale des actions enveloppe une signification métaphysique, une signification qui dépasse la région du pur phénomène, qui va plus haut que toute expérience possible, et qui touche de plus près à la question de l'existence de l'univers, à celle de la destinée humaine ; car de degré en degré, quand l'esprit cherche la raison de toute existence, il s'élève à ce sommet suprême : le bien moral. C'est ce dont on peut s'assurer encore à l'aide d'un fait indéniable, la tournure que prennent nos pensées à l'approche de la mort: alors, que l'homme soit attaché aux dogmes de quelque religion, ou non, il n'importe; sa pensée devient toute morale, et s'il veut faire un examen de sa vie entière, c'est au point de vue de la morale qu'il se place. Ici le témoignage des Anciens est d'un poids particulier : eux n'avaient pas subi l'influence du christianisme. Je dirai donc que cette vérité avait été déjà exprimée dans un passage attribué au vieux législateur Zaleukos, mais qui, selon Bentley et Heyne, est de quelque pythagoricien ; c'est Stobée qui nous l'a conservé : • Aeï TtOco'Oat izph ôf^piàruv tov xat^ov t'jvtûv, sv w yifJiTOCi tb t«).oç sxào^Tu ztiç àir(Ma.yYiç toO Wv. IlâTt và^ CfATriTTTti prrafACÀcta Tot^ yLtX'koxjvi rc^turav, fAcp)?/ACvo(q uifn^ixhxoLTtj xat ô/OfAY} ToO |3ou)f90ac TCavra Xc7râp;^ôa( Stxatu; aurotç. » («Il faut nous mettre devant les yeux cet instant qui pour chacun de nous précède le dépari de cette vie. Tous les mourants alors, se souve-

iSO LE FONDEMENT DE LA MORALE.

nant de ce qu'ils ont fait d'injuste, sont pris de regret : ils voudraient que tous leurs actes eussent été justes. » ) De même,ponr rappeler un exemple historique, nous voyons que Périclès, sur son lit de mort, ne voulait plus entendre parler de ses grandes actions, mais seulement de ceci, qu'il n'avait jamais causé d'affliction à aucun citoyen (Plutarque, Vie de Périclès). Il me revienlà l'esprit un autre exemple, bien différent : je l'ai trouvé dans le compte-rendu des dépositions faites devant un jury anglais : nn jeune nègre, de quinze ans, sans éducation, embarqué sur un navire, se trouvait, à la suite de coups reçus dans une rixe, à l'article de la mort : il fit appeler au plus vite tous ses camarades, leur demanda si jamais il avait chagriné ou blessé l'un d'entre eux, et ayant reçu l'assurance qu'il n'en était rien, parut entrer dans une grande paix. On voit cela en toute occasion : un mourant ne manque pas de faire ses eflForts pour obtenir le pardon des torts qu'il a pu avoir. Un autre fait vient encore ici à mon aide: autant, pour nos travaux intellectuels, s'agît-il des plus parfaits chefs-d'œuvre du monde, nous recevons volontiers une réconij pense, si on nous l'offre ; autant, quand nous avons accompl quelque acte d'une haute valeur morale, nous repoussons loin d nous toute espèce de salaire. C'est ce qu'on voit surtout après u trait d'héroïsme : un homme a sauvé au péril de sa vie un oi plusieurs de ses semblables ; il a beau être pauvre, il n'accept jamais une rétribution : il le sent bien, son action a une valed métaphysique, et à être payée, elle la perdrait. Bûrger nous a dit en langage poétique ce qui se passe alors dans l'âme d'un homme, à la fm de son lied du Brave Homme. Mais la réalité parfois nfl diffère pas de la poésie, et j'en ai trouvé plus d'un exemple dani les journaux anglais. — De ces actes, on en rencontre partout, el les différences de religion n'ont rien à y voir. Toute vie aspire J quelque fin morale et métaphysique, et cela est si vrai, que si 1^ religion ne l'expliquait précisément en ce sens, elle n'aurait aucune racine : c'est par ce qu'elle a de moral qu'elle prend piw dans les âmes. Chaque religion fait de son dogme la base môd

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