‹ Le fondement de la moraleChapitre 52 sur 81 · UN ÉCLAIRCI88EMBNT SUR CET APPENDICE · texte numérisé non relu

UN ÉCLAIRCI88EMBNT SUR CET APPENDICE

e ce besoin moral, que tout homme sent et pourtant ne s'exliqae pas : entre les deux, elle met un lien si étroit, qu'on les roirait inséparables ; et c'est même tout le souci des prêtres, de înfondre à nos yeux en une seule chose l'immoralité et Tincréulité. Et de là précisément vient, que pour le croyant, Tincréalene fait qu'un avec le méchant; et de même nous voyons ces lots, sans-Dieu, mécréant, païen, hérétique, servir de synonymes our dire méchant. Et ce qui rend la tâche facile aux religions, est qu'elles regardent la foi comme leur étant acquise : alors ette foi elles exigent qu'on l'applique à leur dogme ; le tout à aide de menaces. Mais les systèmes de philosophie n'ont pas la artie aussi belle : en les examinant tous, on voit qu'ils sont ussi mal à leur aise pour ratlacher leur éthique à une mélahysique, que pour lui assigner un fondement. Et pourtant c'est ^ une nécessité inéluctable : il faut que l'éthique repose sur la nétaphysique ; je l'ai fait voir dans mon introduction, en m'apuyant sur l'autorité de Wolff et de Kant.

Or de tous les problèmes dont peut s'occuper l'esprit humain, e problème métaphysique est le plus embarrassant : à tel point [ue nombre de philosophes l'ont cru insoluble. Pour moi, dans ^ circonstance présente, une difficulté vient s'ajouter à toutes les utres, qui m'est tout à fait particulière : je dois faire ici une tude qui se suffise à elle-même, et je ne peux partir d'aucun ystème de métaphysique, me réclamer d'aucun : en effet, il me udrait alors, ou bien l'exposer, ce qui prendrait trop d'espace , >u bien le supposer, ce qui serait fort déplacé. Je ne puis donc tci; pas plus que précédemment, user de la méthode synthétique: ^ me faut procéder par analyse, aller non pas du principe aux conséquences, mais des conséquences au principe. Or c'est une obligation pénible, de ne pouvoir rien supposer d'admis de n'avoir ^ur base que ce qui est communément reçu ; j'y ai déjà trouvé aiit de difficultés, quand j'établissais le fondement de l'éthique, i^e maintenant en jetant un coup d'œil en arrière il me semble voir accompli un tour de force; c'est comme si j'avais fait à

SGUOPENHAUER. MORALE. li

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luaiii levée un dessin qu'on ne fait d'ordinaire qu'en posant le bras sur un appui solide. Ici, quand il s'agit de jeter la lumière de la métaphysique sur cette base morale, cette nécessité, de se passer de toute supposition, devient bien autrement gênante : je ne vois qu'un moyen d'en sortir, c'est de m'en tenir à une esquisse générale, d'indiquer les idées au lieu de les développer, de montrer la route qui conduirait au but, au 'lieu de la suivre jusqu'à la fin, enfin dédire seulement une petite partie de ce que j'aurais eu à dire en toute autre circonstance sur un tel sujet. Mais d'àborJ, outre les raisons que je viens d'alléguer, je dois encore ni'excuser sur ceci, que dans les chapitres précédents j'ai résolu le véritable problème qui m'était proposé : ce qui suit n'est donc qu'un opus supererogationis (1), un appendice ajouté de mon pleia gré, et qu'il faut prendre comme je le donne .

§ 22. Fondement Métaphysique,

Jusqu'ici nous n'avons cessé de marcher sur ce solide terrain ii l'expérience : il nous faut l'abandonner, pour nous élever là oii nulle expérience ne peut, ne pourra jamais parvenir, et où nons pourrons obtenir une dernière satisfaction dans l'ordre théorique. Heureux si quelque indice, si quelque échappée de lumière, vient nous permettre de nous déclarer contents. Mais ce à quoi non^ ne devons pas renoncer, c'est la loyauté dans nos procédés : nous n'irons pas, à l'exemple de ces philosophes, qui se disent successeurs de Kant, nous lancer dans des rêves, débiter des contes, chercher à en imposer au lecteur avec des mots, à lui jeter de la poudre aux yeux ; quelques idées exposées en toute franchise, voilà ce que nous promettons.

Ce qui jusque-là nous avait servi de principe pour tout éclairer, devient maintenant l'objet de notre étude : je veux dire ce sentiment inné à l'homme, ineffaçable en lui, la pitié, seul principe,

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