‹ Le fondement du droit et de la moraleChapitre 10 sur 135 · Tanon, p. 151; Thon, Rechtsnormen u. subj . Recht, p · texte numérisé non relu

Tanon, p. 151; Thon, Rechtsnormen u. subj . Recht, p

2. On objecte au serment laïque que, pour ajouter une valeur à une simple affirmation, le serment a besoin d'être prêté sur quelque chose qui

La conlrainte n'est pas attachée à tous les préceptes, et c'est le sentiment du droit qui la leur accorde ou la leur retire. Les idées de respectabilité et de sacrilège ont ainsi coopéré à la formation du droit. Elles se sont étendues à la procédure, parfois par l'exigence de formes dépourvues d'autres raisons. Leur existence est manifeste dans chacune des grandes sources du droit: la coutume s'en inspire, le législateur, les jurisconsultes en tiennent compte. Elles agissent par l'introduction de réformes: telle situation paraît, à une époque, plus digne de protection qu'une autre, telles catégories de biens ou de personnes sont vues d'un œil plus favorable. Si cette appréciation ne constitue pas tout le droit, son absence a du moins empêché certains actes d'entrer dans la sphère juridique et en a écarté d'autres (socialisme) ; sa présence suffit à éviter la prohibition, et elle se rencontre seule dans les actions que la loi encourage, permet ou laisse en dehors de son domaine, sans avoir à les sanctionner. La déprécialion, à la longue, écarte les usages, prescriptions et institutions dont se détache le respect. Combien de fois les dramaturges, les romanciers, les caricaturistes n'ont-ils pas agi sur l'élaboration des lois ?

Si le sentiment juridique déborde le droit et s'il ne s'attache pas avec la même intensité à toutes ses parties, l'obligation d'obéir à la loi, à toute loi, n'en a pas moins fini par revêtir, au moins en pratique, un caractère moral ^ : la plupart des traités de morale conseillent de s'incliner devant les prescriptions de l'autorité légitime.

En résumé, le droit se décompose en un sentiment et une puissance. Débarrassé de l'idée de désirabilité, ce n'est que le désir garanti par la force (actuelle, virtuelle ou putative, du sujet ou du groupe). A l'inverse, enlevez la force, la sanction, il ne reste que l'idée de bien. La morale et le droit ne se différencient pas nettement au début, mais seulement à partir de la naissance de l'Etat. Tou-

implique la foi: Croix, Coran, parents menacés de malédiction. Ce n'est pa^ jurer sur rien et sans foi que de jurer sur l'honneur et la conscience, comme le demande le plaideur qui se remet à la bonne fol de son adversaire, c'est-à-dire à sa loyauté, à la puissance de son idée du devoir, ici doublé. Il serait édifiant d'analyser ce qui se passe dans l'esprit du déféré: il est arrêté par la « terreur de la chose sacrée », tellement plus forte que lui qu'elle l'amène à dire le contraire de son affirmation antérieure ou de son intérêt. Si on demande la prestation, c'est qu'on craint que certains mobiles poussent à déguiser la réalité et qu'on compte sur l'efficacité du serment. Charles-Quint permit à François !<=■' de sortir de prison « pour l'enfermer d'autant plus sûrement dans la geôle de sa conscience, et il le renvoya en France, chargé de chaînes invisibles ».

1. Spencer, ih., p. 45: ex. — Dans Justire, p. 2, il néglige l'approbation ou le blâme pour envisager la conduite objectivement, car il y cherche une règle d'action.

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