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CLASSIFICATIONS GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

Il ressort de ceci que le facteur a été souvent confondu avec l’o6jectif et non toujours sans raison; il est naturel, il est humain que le créateur ou le formulateur du droit le façonne dans son intérêt ou selon son désir et son idéal ou seulement suivant son type : Glorifiez Dieu, soyez parfaits comme votre Père est parfait, ou bien soyez hommes, tel est le précepte, suivant que Dieu ou l’homme est auteur de la loi. Un phénomène analogue à cette transfusion des rôles se rencontre même dans les principes : la base influe sur le contenu. Ainsi les systèmes qui fondent le droit sur la nature humaine ou ses particularités les plus élevées, donnent comme maxime d’«agir selon notre nature » ou d’ («accomplir ce qui doit nous rendre plus parfaits ».

Il arrive aussi que les critiques et auteurs mettent en ligne des théories qui peuvent être exactes à la fois ou que, élaborant la leur, ils se contentent de l’un des deux points de vue, du but ou de la cause, du fondement ou de la genèse. Il est clair, par exemple, que la théorie de la conscience et l’école historique ne répondent pas à la même interrogation.

Ces remarques montrent, — en même temps que le caractère conciliable des diverses doctrines, — la nécessité théorique et l’impossibilité pratique de les distinguer. Aussi serons-nous réduits, après une classification logique, à un exposé présenté dans un ordre artificiel de commodité.

Toute tendance de l'esprit, a-t-on dit, devient méthode, toute méthode engendre un système. Nous procéderons à des classements successifs d’après ces trois bases de distinction, en allant de la plus précise à la plus vague, qui est aussi la plus exacte.

L'énumération des systèmes « déontologiques » présente la même difficulté que celle des explications de l’univers, des théories générales concernant l’homme ei la société : à chacune de ces dernières correspond une conception de l’éthique !, sans compter celles des auteurs qui, jugeant prudent de n’associer son sort à aucune hypothèse, lui donnent un fondement « indépendant », ni les mixtures éclectiques 2. À la condition de ne pas oublier que l’osmose est fréquente entre les théories, il est permis de les grouper, d’après leur

1, G. Richard, Origine de l’idée de droit, p. v: ex.

2. Krause : le droit est relativement indépendant, bien qu’en rapport intime avec la religion et la morale; il est issu d’un ordre divin inhérent aux rapports de la vie, ordre qui doit être connu par la raison et réalisé par la liberté; c’est une idée éternelle, mais qui doit se rattacher aux conditions de cette vie universelle, telles qu’elles résultent de l’histoire, (Ahrens, Encycl. jur., t. 1, p. 84.)

contenu et leurs caractères intrinsèques, en deux grandes catégories. Le droit qui, de l’aveu de tous, sort de notre esprit, s’y trouve, suivant les uns, « comme au fond d’une impasse », tandis que, selon d’autres, il provient du monde extérieur, où il possède une réalité objective. Les écoles de la volonté ou arbitraires, sans affirmer qu’il soit une pure convention ni une créalion ex nihilo, soutiennent que son objet ne possède fas une nécessité absolue, parce que la nature ne le connaît pas et qu'il ne préexiste pas au commandement soit divin, soit humain, unilatéral (autocratie) ou bilatéral (contrat social). Les théories du droit cosmique ou ontologiques le douent d’une existence réelle dans le monde extérieur, où elles prétendent seulement le découvrir par observation, soit interne (à la façon du spiritualisme), soit externe (suivant les écoles historique et positiviste) !.

Cette répartition n'est pas complète, parce que sa base n’est pas assez vaste: on n’est pas certain que l’école rationaliste entre dans la première série ; et la tendance esthétique, qui est concevable dans le droit, ne rentrerait ni dans l’une ni dans l’autre ou bien elle rentrerait dans toutes deux. — Si on s’attache à classifier les systèmes d’après leur méthode, on réserve le nom d’école positive ou expérimentale (y compris l’utilitarisme) à celle qui donne la préférence à l’observation, — historique à celle qui compare les divers peuples dans le temps et l’espace, — idéaliste ou rationnelle à celle qui a surtout recours à la réflexion, au raisonnement ?.

Il s’en faut que des cloisons étanches séparent ces groupes; leur influence réciproque établit des types intermédiaires, des métis, à côté des purs. Qu’on se garde de croire que tout dépende de la méthode: Aristote, Machiavel, Montesquieu, ont « observé »; Rousseau et Hobbes sont parvenus par la déduction à des conclusions diamétralement opposées.

Les simples tendances, qui fournissent les indications les plus vagues, offrent par là même la base la plus large de distribution : la vision gagne en ampleur ce qu’elle perd en précision ; du moins donnet-elle une vue d’ensemble. Le merveilleux fournissait aux primitifs un critérium simple et commode de la justice ; il ne perd jamais ses droits : aujourd’hui il essaie d’accommoder à sa fantaisie les conclusions les moins hypothétiques de la science. Si l'humain n’a pas tué,

1. Picard, 4b., p. 361, 363 s; p. 380: grands noms qui illustrent chacune de ces théories. — Jellinek, System der subj. üff. Rechte, 2% 6d., p. 42: 10in dem Willen, 2° in der dem Willén gegenüberstehenden Güterwelt.

2. Gius. Carle, Vifa del diritto, p. 338, 342-446 (exposé), — Critique dans: Aguiléra, 4b., p, xv.

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