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BON FONCTIONNEMENT GÉNÉRAL. INTÉRÊT INCONSCIENT

l’opportunité et imposer de lourdes charges en faveur d’êtres imaginaires : ces sacrifices sont en corrélation étroite avec le respect et l’obéissance, et, par là, des fantômes ont rendu aux hommes l’inappréciable service de les diriger malgré eux dans la voie du bien. Ils . unissent les membres de la cité dans les charges comme dans les profits, ils leur donnent le sentiment de la responsabilité et les menacent de peines expiatoires. En même temps que les dieux, l'Etat et les individus jouissent de la protection de la religion. A Rome, « celui qui dégrade les murs, qui déplace les bornes, qui vole nuitamment les fruits, etc., pèche contre les dieux et encourt leur colère. Les principes religieux et les formes ne sont-ils pas parfaitement conformes aux buts temporels des Romains ? La religion, il est vrai, protège les institutions politiques romaines, mais elle est assez complaisante pour revêtir, au gré de l’Etat et sur un signe, toutes les transformations qu’il réclame d’elle. L’inauguratio peut être retirée si les auspices sont favorables, le mariage conclu avec confarreatio peut se dissoudre par diffareatio !. »

Le besoin d’une idée-force encourageante (de même nature que : je suis dans mon droit) demandait d’obtenir le consentement des dieux à toute action de quelque importance, mais ( la doctrine des présages était disposée de telle façon, que ce n’était pas l’homme qui dépendait des signes, mais les signes qui dépendaient de l’homme. On enseignait que l'interprétation des signes était entièrement entre les mains de celui qui les avait observés. IL pouvait les accepter, les refuser, ou même changer leur signification : la menace apparente se changeait en promesse, » On seservait des augures pour empêcher les assemblées du peuple, pour inspirer confiance, respect ou obéissance au gouvernement ou pour invalider les mesures politiques. « Le principe religieux fut un moyen pour atteindre un but. » Ainsi devient objet de calcul mainte donnée primitive de l'intuition, De l’une ou de l’autre manière, les divinités sanctifièrent les idées pratiques et ce fut un des secrets du prestige de leurs représentants. Ce que la philosophie appelle développement des facultés humaines, dit K. Laurent, la théologie le nommait salut. « Dieu le veut » était une formule simple, plus accessible, d’un effet plus sûr, que des justifica-

grand-laitier élevé au rang de dieu, les baleiniers jouissent d’un prestige surnaturel; au Bengale, liturgie du fer ; les Romains avaient réuni en collège sacerdotal leurs constructeurs de ponts ; les Chewsores du Caucase ont leurs prêtres brasseurs et les Todas leurs divins fromagers. Presque partout on accorda le privilège de royauté ou de prêtrise aux guérisseurs et sorciers.

4, Jhering, Esprit du droit romain, t. 1, p. 269, 345 s.

tions abstraites. L'ordre qui donne son motif et que l’on raisonne, — donc qu’on peut discuter, dont on perçoit le terre-à-terre, — perd, auprès des enfants et des esprits simplistes, son caractère transcendant et, par suite, une part de son pouvoir de suggestion.

Moins définie que les prescriptions religieuses, mainte exigence de l’opinion, qui ne donne pas (ou plus) lieu à réglementation, possède un effet utile plus ou moins préconçu. La première condition pour être sujet de droits et de devoirs étant la personnalité et la dignité, le public exige de chacun la stabilité et le sentiment de l’honneur, comme garantie des rapports sociaux. La réprobation ou la considération s’attachent aux manifestations les plus variées, mais presque toujours utilement. Sans la honte, d’ailleurs parfois conseillère de crime, qui s’attache à la maternité hors mariage, éviterait-on avec autant de soin de procréer sans que fût assuré à la mère et à l’enfant leur soutien naturel, au grand préjudice de tous deux et de la société ? De même que la circoncision, les exigences concernant le vétement sont corrélatives de raisons d'hygiène et de sexualité, qui contribuent à les expliquer. Si les sanctions indéterminées du jugement collectif existent presque seules à l'égard des actes de la vie personnelle, elles se cumulent, en ce qui concerne la vie sociale, avec des sanctions plus précises et plus rigoureuses : ainsi la lâcheté et Pinsubordination, l’assassinat et les coups, le vol, la violation des contrats, — tous actes hautement préjudiciables à la société, — sont-ils sévèrement blâmés et punis.

Dans le domaine juridique, la famille, la propriété et les grandes institutions, sans qu’on les aient créées par ce motif, ont été jusqu'ici des rouages essentiels de la société et de la coopération, des moyens de l'éducation, des encouragements au travail producteur. Avant que le droit fût établi — sous une forme non barbare —, il arrivait dans certaines peuplades, inférieures en cela aux bêtes, que la mère laissât tomber à terre l’enfant, sans le ramasser (Reclus), ou que les parents tuassent leur progéniture et, en particulier, les filles pour avoir un plus grand nombre de guerriers. La prohibition de l’infanticide fut un des premiers pas vers le droil à l'intégrité physique.

Le respect de la personne s’est peu à peu étendu dans des cercles plus vastes : aux vieillards, aux femmes, aux infirmes. On agit désormais à peu près comme si l’on croyait avoir affaire à des égaux. Et tout ceci est en parfaite conformité avec l’intérêt individuel et collectif : le préjudice causé à la victime atteignait la société et retombait sur son auteur, exposé en outre au danger de contre-agression, Le droit à la vie n’emporte pas seulement interdiction du meur-

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