MAL COMPATIBLE AVEC LES CONDITIONS DE VIE
profanation, l’incrédulité, furent punies comme des délits: cela prouve l'invariabilité de l'essence de l’idéal. La majeure est toujours la même: l'individu doit éviter ce qui nuit aux intérêts vitaux de la communauté ; or, (ici s’introduisent des modifications et des erreurs, selon les croyances) le meurtre du chat attire la colère divine, susceptible de dissoudre La société ; donc il faut le réprimer. Le sentiment reste identique à lui-même ; seules les applications varient, avec le progrès des lumières, qui les rapproche de l'idéal objectif. Si un acte cesse d’être jugé criminel, c’est donc, au fond, en vertu du principe qui le condamnait antérieurement !. — De même, si le meurtre fut puni à l’intérieur et honoré à l'extérieur, ce fut en vertu du même principe, en ce sens que la deuxième disposition elle-même paraissait utile, à défaut de l’être réellement.
Il semblerait, au premier abord, que cette particularité n’influe que sur la partie des idéaux qui est l’œuvre de la réflexion et du calcul. Elle s’accommode pourtant à l’intuition morale : un sentiment, un désir, généraux, fondamentaux ou dominateurs, en commandent, à notre insu, un autre. Si bien qu’il faut élargir la formule traditionnelle des conditions de vie et y compléter, l’un par l’autre, l'intérêt vital et le désir, d’ailleurs étroitement liés par la sélection. Tout ce qui a une valeur Pa par rapport à un désir, à une aspiration, à une tendance ; tout ce qui paraît désirable se rapporte au manquant, au désiré.
Or, le désir, l’idée de désirabilité, ne sont pas, au fond, toujours les mêmes, comme le supposent Jhering et Fouillée. Il n’y a pas que des erreurs de la croyance relative à l’effet, à l'efficacité du moyen, mais aussi des aberrations du désir, des perversions du sens moral et juridique. Ces dernières sont seulement plus rares : l’homme se trompe moins sur les fins indispensables à poursuivre que sur les moyens, car, si, en visant un but par de mauvais procédés, on l’atteint imparfaitement, il serait bien étonnant qu’on l’atteignît sans le viser.
Il semble même que l'intérêt général, même simplement subjectif, n’ait pas toujours été l’objet des idéaux : souvent une classe privilégiée a gouverné à son propre avantage, et on ne saurait démentir la réalité de l’exception en disant que cette classe était la société, ou sa partie essentielle ou son but, ou bien qu’elle se prenait pour telle.
Dira-t-on encore que l’utilité doit se rencontrer en chacune des parties et que toute loi, toute prescription juridique ou morale (timbre, enregistrement, déclarations fiscales, contrôles, dénomina-