‹ Le Fondement du DroitChapitre 132 sur 166 · EXCEPTIONS AUX CONDITIONS DE VIE · texte numérisé non relu

EXCEPTIONS AUX CONDITIONS DE VIE

ordinaire à se généraliser par analogie, imitation ou habitude : la société vivrait quand même. Cela seul explique (sans le « justifier ») que tant de régimes aient duré malgré ou par les crimes officiels. — Il convient enfin de remarquer que la société est moins menacée si elle n’encourage pas une condition de vie en la considérant comme telle, que si elle poursuit comme utile une cause de nuisances : dans le premier cas, il y a faute contre l’économie, dans le second, il y a danger direct. Ainsi se comprend que l'idéal comporte moins de mal véritable qu’il n’omet de bien.

La formule des « conditions de vie » est — on le voit — largement compréhensive. Elle l’est trop toutefois lorsqu'on prétend suffisant qu’une chose soit {enue pour utile. Le bien subjectif ne saurait durablement se détacher de l'objectif. En particulier, toute fraction de la nation, qui prétendrait agencer le corps social à sa fantaisie et en vue de son profit exclusif, en sentirait bientôt l’impossibilité, la nocuité : l'Etat, Les gouvernants, ne créent pas les lois, même relatives aux choix des moyens, selon leur caprice. Le droit, la morale, sont l’expression, dans notre âme, du bien objectif, mais imparfaite comme toute expression par rapport à l’idée COrrespondante. La valeur, est relative aux désirs, et par adaptation directe et par sélection, le désir tend à se conformer à l'intérêt.

IT. — Les institutions et mœurs actuellement existantes sont, en conséquence, présumées concordantes avec les besoins et la volonté collectifs, donc bonnes et même les meilleures relativement. Ce sont des faits, pourtant, et tout fait ne saurait être supposé absolument bon. En progrès sur ce qui était hier, il est probable qu’elles sont inférieures à ce qui sera demain, et, même dans un pays libre d’accomplir des réformes, mainte cause les tient éloignées de ce qui devrait être et qu’il faut réaliser. Nous devons confirmer par des « preuves contraires » d’erreurs spéciales cette contre-présomption générale d’imperfection.

Ici, plus qu’à raison de la subjectivité, l'opposition véritable aux conditions de vie sera prépondérante, D’avance, nous pouvons annoncer cette conclusion, qu’aucun principe unique ne saurait expliquer des solutions opposées en des circonstances extérieures analogues. L’utilité n’est pas le seul facteur de la genèse des idéaux, ni la sélection son seul processus. L'intelligence entre en Jeu, avec ses fantaisies, parfois protégées contre l’épuration de la concurrence. Même sous un régime d’élimination des formes les moins adaptées,

il y a place pour les exagérations, les survivances, les innovations déréglées. Avec toute la réserve nécessaire en une matière requérant un examen approfondi (puisque, par hypothèse, l'intérêt est difficile à saisir, inapproprié à attirer adhésion), nous rangerons sous les rubriques suivantes les particularités qui ne résistent pas à la critique : 1° imperfections dans la portée (excessive ou tronquée), 2° anachronismes (« préjugés » et « superstitions »), 3° incohérences.

A) L’excès généralisateur dans l'idéal où la réglementation, leur développement hypertrophique, comme s'ils se suffisaient à eux-mémes, l’absence de distinctions ou au contraire la subordination des préceptes à des conditions sans raison restrictives, tout cela constitue des péchés par excès ou par défaut.

Les êtres qui se contentent de vivre sans penser, l'animal, l’enfant en bas âge, l’homme tout à fait primitif, ne s’inquiètent pas de Pidéal (Stirner). Le sauvage s’en occupe beaucoup et certains modernes en éprouvent le tourment. Ces deux traits inverses ne constituent pourtant pas par eux-mêmes l’exagération telle que nous l’entendons, c’est-à-dire eu égard aux circonstances. Elle se présente au contraire, en des sens différents, chez le non-civilisé pour qui tout est (fas » ou «nefas », sans compter les bons et mauvais présages, ce qui porte bonheur ou malheur, ou chez le contemporain qui éprouverait une parfaite indifférence pour tout ce dont il n’a pas le désir : on prétend voir là la base de la & distinction » entre hommes incultes et cultivés et, à raison de son ignorance des nobles sentiments et de ses infractions au savoir-vivre, on voue au mépris celui qui « pense bassement ».

Pourvoyant à remplacer la notion d’avantages incompris, à en augmenter l'influence ou à contrebalancer l’impulsivité, les idées de bien et de mal ont eu naturellement un développement considérable dans l’enfance de l'homme et de l'humanité, dont l’organisation imparfaite ne permettait pas de saisir, d’avoir présents à l’esprit ou d'apprécier les motifs convenables. Autre chose est la floraison exubérante qu’elles présentent parfois chez eux. S’il est improbable qu’elles aient pris d’un seul coup un tel développement et inconcevable que le primitif, sans acquis, sans longues et multiples traditions, ait eu l’esprit embarrassé d’usages minutieux, — il n’est pas moins d'observation courante que les peuples mineurs actuels portent l’idée de respectabihité ou de sacrilège sur toutes sortes de choses indifférentes ou du moins auxquelles elle nous paraît étrangère.

« Ceux qui ont peu étudié ce sujet imaginent volontiers que le

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