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ORIGINE DES HYPERTROPHIES JURIDIQUES

de personnes...), nous ne distinguons pas des dangereux les inoffensifs. Normalement, l’acte instinctif ou même simplement habituel se reproduit tel quel, parfois là où il n’y a pas ou plus lieu. Tout instinct est rigide. Le sentiment de peur, appliqué par sélection à ce qui est redoutable, est évidemment favorable ; mais l’homme est craintif ou ne l’est pas, et s’il l’est, c’est aussi à l’égard de choses peu terribles. Il en est de même de la religiosité, des superstitions. Le « fas » est destiné à provoquer ou empêcher des actions propices ou non, mais il a pris une extension monstrueuse. Comme la crédulité et une foule de sentiments anormalement développés, les idées et sentiments juridiques et moraux existent ou n'existent pas, en bloc, et s’ils existent, ils se portent d’abord un peu sur tout; leur portée comporte peu de distinctions selon les conjonctures, elle est générale et parfois excessive.

“Ils sont donc loin de toujours correspondre à un intérêt réel. Mais n’est-ce pas là une objection contre l’exactitude de la règle, contraire, de la conformité nécessaire aux conditions de vie? Elle ne serait probante que si l’on prouvait que la tendance critiquée est formée spécialement en vue du cas envisagé et n’est pas une manifestation d’une disposition générale utile dans les circonstances plus fréquentes ou plus importantes !. Or le contraire est presque évident : les droits et les devoirs forment un bloc, qui, malgré ce passif, est au total, plus utile que nuisible. En tout cas, si cette tendance n’a pas été originairement heureuse par elle-même, elle fut inévitable, indispensable à d’ultérieurs résultats plus favorables : c’est la poussée exubérante de ce qui nécessite une force puissante pour naître. Plus tard, étant propice, il arrive que la tendance se développe comme si elle était cultivée pour elle-même. Enfin, si l’idéal n’a pas été, dès l'origine, hypertrophique, il Le devient, avec son bon et son mauvais côté, par l’habitude générale de se limiter.

. Bien qu’on ne légifère ou réglemente pas par plaisir, il existe une végétalion excessivement luxuriante de prescriptions et de formalités qui compliquent la vie. Cet état provient, en partie, de ce qu’on n’efface pas les institutions vétustes et qu’on y superpose de nouvelles stratifications, dont les dessins entremélés forment un fouillis inextricable. Une tendance impulsive pousse, en outre, à se limiter en dehors de toute nécessité particulière, de même qu’on éprouve le

1. Romanes, Evol. mentale chez les anim., p. 283 : Le suicide du scorpion peut s’expliquer comme acte de défense contre un ennemi imaginaire (AE Quant aux insectes qui se précipitent dans la flamme, il n’y à aucune raison de croire que cet instinct soit spécial à cette forme de la lumière,

besoin d’être conseillé, contredit, ou de se dévouer et de se dépenser. Les théoriciens présentent comme bon qu’on s'impose spontanément des restrictions, à raison de la nécessité et de l’excellence générales de la discipline interne. La poursuite d’un idéal différent de la réalité devient un but en soi, dont l’homme semble ne plus pouvoir se passer. La vie sans idéal, sans la ( flamme » intérieure, sans létoile qui nous guide! On plaint ce matérialisme terre à terre qui poursuit seulement la satisfaction des besoins. Du possible et du réel, le désir de beauté et d’idéalité retranche un certain nombre de choses «laides », afin qu’on jouisse mieux des autrès.

Avant de poursuivre l’examen des anomalies de l’idéal, nous donnerons deux exemples, où on les rencontre presque toutes — car elles ne sont pas exclusives — et mêlées à des éléments normaux.

Le tabou est une sorte d’interdiction religieuse, de défense, d’embargo, mis sur une chose, une personne, un acte. « Cet interdit était jeté et proclamé par le grand-prêtre, inspiré tantôt de utilité publique, tantôt et souvent de ses passions ou intérêts. » « Le trait commun de tous les êtres, de tous les objets et de tous les actes que les Polynésiens regardent comme taboués, c’est d’être des objets, des êtres ou des actes dangereux, dont il ne faut approcher ou qu'il ne faut accomplir qu'avec d’extrêmes précautions. » « Des tabous protecteurs interdisaient d'approcher des champs de patates avant leur maturité, d’allumer du feu dans les cabanes où il y avait des provisions, de cueillir les fruits à pain, bananes et ignames, alors qu’on appréhendaitune mauvaise récolte. Les cochons et les poulesétaient taboués dès qu’ils devenaient rares. Des tabous politiques rendaient les chefs de famille sacrés, défendaient aux enfants de les maltraiter, même d’en médire. D’autres tabous s’opposaient au mariage entre les parents trop proches... » Le sauvage ne voit probablement que le caractère religieux et non le caractère prophylactique du tabou prononcé sur les nouvelles accouchées, les jeunes filles au moment de leurs premières époques et les ensevelisseurs après l'enterrement; il n’en est pas moins vrai qu’il s’y conforme et c’est là le bienfait de la prohibition ou de la prescription rituelles t.

4. Nous laissons la parole à : Letourneau, Evol. jur., p. 59; Marillier, Tabou, coutume el oblig. morale, ou dans Entre Camar., 1901, p. 391, et Gr. Encycl.; À. Mary, Pourquoi les rois de Fr. louchaient les écrouelles, Excell. et antiq. de la médec., Rev. mod. de médec., 1907, p. 6 : Tous les peuples (Australie, Asie centrale, Inde, Amérique) ont eu leurs tabous, parce que tous sont passés par ce stade de la civilisation où la médecine se confond avec la religion et où le médecin s’appelle le Roi. La Bible établit une dis-

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