TABOU, TOTEM, FAS ET NEFAS
Tous les tabous n’étaient pas aussi sensés. Dans l’Inde, à Rome, le mariage était défendu à certaines époques de l’année, sans qu’on puisse en découvrir la raison (pas même par de profitables dispenses). Les instincts populaires, l’analogie, ont souvent élargi les préceptes ou les ont multipliés inutilement. Les caprices et les passions des chefs et prêtres les ont dénaturés ou déformés. Il fut parfois enjoint de rester à la maison, défendu d’allumer du feu ou de manger avant le lever ou après le coucher du soleil. Les obligations envers le gouvernement et le sacerduce, les corvées pour bâtir les temples et ies demeures de l'aristocratie, étaient réglées par le tabou. Les femmes surtout, dit Letourneau, en étaient victimes : défense leur était adressée de toucher aux mets des hommes et à certains aliments, Ici un district, à une marmite, ailleurs la tête ou la colonne vertébrale des chefs, étaient consacrés. Toujours, la sanction était singulièrement exagérée : au moindre soupçon, c’était la mort.
Il semble étrange qu’on ait fait, du nuisible, quelque chose de sacré et, à l'inverse, qu’en sanctifiant un objet utile, parfois de première nécessité, on se soit interdit d’en user. Ces deux ‘tendances, non exclusives et bien constatées, s’expliquent pourtant. Que l’on consacre ce dont on voulait écarter l'emploi ou éviter la profanation, c’est assez naturel. Quant à rendre intangibles des choses dont le caractère respectable ou désirable tient à leur emploi (par exemple, de la catégorie des comestibles, retirer des substances dont l’utilité est d’être mangées), il est probable qu’on a commencé à les vénérer comme moyens, sans en exclure l’usage, à la façon dont on divinisa le feu (Prométhée), conservé par des prêtresses (Vestales, femmes inoïtes) : « Les Inoïts, rapporte Elie Reclus !, chassent, dévorent la baleine, mais la révèrent, » Puis on transforma, comme cela arrive souvent, le moyen en une fin exclusive du but premier : « Les Veddas refusaient de manger la chair de certains animaux, — ours, éléphants, buffles, — tout en dévorant, au besoin, toute espèce de charogne. » Au seuil de cette question des {otems, étrangère à notre sujet, nous nous arrêterons, — Dans le précédent exemple, la nocuité est évidente : la condition favorable à la vie s’est retournée contre la vie. D’autres fois, ajustement utilitaire est plus réel : les gros oiseaux, qui offrent un butin avantageux, ne sont pas épargnés,
tinction entre le pur et l’impur. Moïse régla jusqu'aux moindres circonstances de la vie sociale et individuelle : assainissement de l'habitation et de la rue, alimentation et vêture. Le Talmud ira jusqu’à des prescriptions concernant l’abatage et l’inspection des viandes. — L’exclusion de certains mets, le jeûne, le repos, sont impératifs, car religieux,