‹ Le Fondement du DroitChapitre 161 sur 166 · CRITIQUES ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

CRITIQUES ET CONCLUSION

De tous les systèmes que, pris à part, nous avons critiqués comme incomplets, nous ne croyons pas qu’un seul ne contienne quelque vérité, au moins dans ce qu’il affirme, sinon dans ce qu’il nie. Le plus parfait serait le moins exclusif, celui qui, conciliant le plus grand nombre d'idées et de bonnes volontés, résulterait de la plus large coopération et y retournerait. Aussi, sans parti pris, le nôtre est-il devenu éclectique. A part les incompatibilités, comme celle de l’amor fati et de l’idéalisme, nous ne répudions pas plus le subjectif que l'objectif, l’égoïsme que l'altruisme. Le droit, le devoir, ce n’est ni la force ni l'intérêt, mais plutôt leur organisation idéale, par l’égalité de liberté. Leur source se trouve dans la conscience, mais celle-ci n’a point la portée traditionnelle : l'intuition est conditionnée et contrôlée par l’expérience, et ses données, sur lesquelles opère le raisonnement, se développent selon l’histoire. La grande loi, qui n’est point « naturelle » ni réaliste, c’est celle de l’évolution de la vie aussi bien sociale qu’individuelle : elle est harmonie et coopération dans la solidarité. Et ainsi, partis du moi, notre conception s’achève dans le tout.

Deux reproches inverses pourraient lui être adressés : soit de faire du relatif un absolu, soit de transformer l’absolu en relatif.

Ces deux caractères sont utiles à mettre en relief selon les personnes auxquelles on s’adresse. Le premier d’ailleurs n’est qu’une pure apparence. Il ne s’agit point de droit naturel : nous donnons le sentiment juridique, avec son caractère absolu, non comme fondement théorique, mais comme base de fait, nécessitée par la vie individuelle et collective.

Quant au droit, on sera peut-être tenté de lui trouver, par rapport au devoir, une prééminence trop grande, surtout dans un système qui le rapproche de l'intérêt. Mais, plus plastique, cette conception est supérieure à celle des fanatiques qui, armés de leurs droits impérissables et de leur conscience, que chacun entend aussi bien à sa convenance, prétendent ne rien céder à autrui. Ne tombet-elle même pas dans l’excès contraire? Si l’on appuie le droit et le devoir sur ce que l'individu et la collectivité en ont besoin (ce qui, loin d’être révolutionnaire, se ramène à peu près à l’état actuel), n'affaiblit-on pas le devoir, tout en reconnaissant son caractère bien-

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