Max Seydel, Grundz. einer allg. Slautslehre
4. « La force prime le droit. » Bismarck a protesté contre l’attribution de ce mot : ce n’était que sa pensée! (Fouillée, 4b., p. 46.)
5. Ib., p. 269, 123, 317, 234 : Celui qui perd la possession (posse ?) perd la propriété. On va plus loin avec une main pleine de force qu'avec un Sac plein de droit... J'ai autant de liberté que, par mon être particulier, je puis m’en procurer... L’homme à qui l’on donne la liberté n’est qu’un affranchi. Ceux qui la lui confèrent sont des coquins qui lui donnent plus qu’ils n’ont : sa propre liberté. » Les Chinois ont-ils la liberté ? Non, car ils ne la prennent pas. Toutes les questions qu’on se pose au sujet du droit méritent cette raillerie de Schiller : Voilà de longues années que je me sers de mon nez; — Puis-je démontrer que j’y ai un réel droit?
nous le sens légal et juridique. « Je n’ai pas droit, avoue-t-il, aux choses auxquelles je ne me donne pas droit. Je ne suis pas autorisé au meurtre, quand je me le défends à moi-même, quand jele redoute comme un non-droit. » [l ne fait donc plus tout ce qu’il peut, mais seulement ce qu’il veut, ce qu’il se permet comme juste : or, si ce sentiment limite effectivement mon activité, n’en profiterai-je pas dans une mesure infiniment plus large s’il limite de même tous les autres hommes à mon égard? Lui-même se promet de défendre son droit (il conserve le mot et sa puissance), au besoin en invoquant l'impératif catégorique. Seulement, il le défend non parce que c’est le droit de tous, mais parce que c’est « son droit », de même qu’il réclame l’estime non comme homme ou comme Berlinois — ce qui
le laisserait bien indifférent, car ce n’est qu’une de ses qualités, —
mais comme Moi, avec ses attributs concrets (p. 233, 216).
Notre droit, ou ce que nous disons tel, n’est-ce pas en effet une de nos puissances? Et, pour ne pas émaner uniquement de nous, estelle moins réelle? L’idée que possède autrui de notre droit le pousse à agir comme si nous avions la puissance correspondante !. Car il faut se garder de confondre le pouvoir exprimé en chiffres absolus et le pouvoir relatif, à l’égard d'autrui. Si tant est que l’idée-force, le sentiment du droit, n’accroît pas le premier, il est du moins certain que je ( pourrai » accomplir certains actes si autrui, — parce qu’il croit que jy ai droit, que c’est son devoir, — s’abstient de s’y opposer ou consent à ne pas résister, à ne pas mettre sa puissance en action. J’acquiers ainsi, par don, par tribut, une véritable liberté. Qu’autrui me la refuse, je perdrai mon pouvoir, il me l’enlèvera, — et tout cela s’effectuera par le jeu de l’idée de son droit.
Quoique ou parce qu’il tient compte de ce processus psychologique, omis par Stirner, Nietzsche aboutit aux mêmes conclusions. C’est que, boursoufflant l’idée de Puissance mentale, rétrécissant le cercle des opérateurs et des bénéficiaires, il en vient à présenter le droit comme une habile suggestion monopolisée par les faibles et à leur profit. Grâce à cette machination, dont leurs descendants ne se doutent guère et qui suppose bien peu dégrossis les « forts » d’autrefois, les faibles ont été jusqu'ici victorieux ; les forts de l'avenir, répudiant les instincts de troupeau, l'esprit grégaire, seront les vrais
1. Le chien qui voit un os dans la gueule d’un autre ne se retient que s’il se sent trop faible. L’homme, reconnaît Stirner (p. 352), respecte le droit de l’autre à son os. — Nous avons des armes que ne possèdent pas les animaux et, parmi elles, l’idée de notre droit, le respect que nous inspirons, sans relation avec notre force ; à l’inverse, nous nous inclinons devant ces mêmes moyens de défense lorsqu’autrui les possède.
mé té