PROGRAMME
jours ils plongent leurs racines dans le même sol. Nous n’éprouverons donc aucun scrupule à les étudier parfois ensemble.
III. — Sous quels aspects envisagerons-nous l’objet de nos recherches, ainsi déterminé ?
Trois mots résument notre programme: nalure, fonction, genèse. Encore les deux derniers expriment-ils des idées si étroitement con: nexes qu’ils ne sauraient être entièrement séparés: la fin vers laquelle est dirigé le système agit comme une cause efficiente et tend à se réaliser, la vision du but est une cause et la téléologie est aussi ætiologie. En d’autres termes, il s’agit d’anaiyser l’idée de droit fibre à fibre, d’examiner comment elle se comporte dans esprit et par ses manifestations extérieures, où elle prend sa vie et puise sa sève, quel rôle elle remplit: en un mot, comment elle agit, d’où elle vient, à quoi elle sert.
Les anciens auteurs ont cherché un principe qui fournisse une justification théorique de la valeur du droit. Après avoir exposé brièvement leurs explications et les raisons de leur insuccès, nous essaierons de montrer que tout fondement rationnel est surajouté aux réalités par les philosophes. Le problème se réduit à la recherche d’une origine non philosophique mais psychologique (psychogenèse) et à l'observation d’une raison d’être objective. L’origine, suivant l’évolutionnisme, c’est le fondement. En constatant à quelles utilités vitales correspondent les sentiments juridiques, nous montrerons pourquoi ils se rencontrent dans esprit humain et par quels processus ils s’y sont développés 1.
Nous laisserons en dehors de notre conception toute base mélaphysique ou absolue. D’ailleurs le devoir ne se présente-t-il pas à l’esprit comme possédant une valeur en soi? On ne justifie pas le juste, et le droit est l’expression du juste. — Pourtant, loin de nous borner à une « physique des mœurs », nous laissons, à côté de lobservation, une place à l'appréciation. L'histoire ni la raison ne s’excluent : l'intelligence tient compte des leçons du passé, les événements comptent parmi leurs facteurs les volontés humaines, dirigées par la réflexion et par l'idéal. L’aboutissement, pressenti, peut servir de point de mire. La finalité inconsciente n’est pas forcément
1. « La morale, dit M. Lévy-Bruhi (Mor., p.192), n’a pas plus besoin d’être fondée que la nature. » En adversaire de la finalité, il se contente qu’elles aient une existence de fait, — Nous établissons la légitimité du droit en général, et non de telle règle ou prérogative. Ne rentre pas davantage dans notre sujet l'élaboration de tel système, anglais, allemand, etc... Autres questions: Aguiléra, 1b., p. m1, Saleilles, Rev. trim. du dr., t. I. p.106.
étrangère à la genèse ; le mot fonction rend cette pensée sans impliquer, comme le mot mission, la préconscience du but en une volonté extérieure. Il comporte le concept de l’adaptation d’un moyen à une fin et l'examen des questions suivantes : en quoi consiste et doit consister cette fin, comment le moyen remplit-il son office, quels autres procédés peuvent y parvenir avec avantage, dans quelle mesure ils s’y sont substitués ou ils s’y substitueront et lui laisseront une rai-
son d’être ?
PIVEYENT