Le fondement du phénomène juridique
1. — Les considérations contenues dans ces pages, ne s'adressent pas à ceux qui se sont donné pour tâche d'étudier les problèmes de la philosophie. Nous désirons avant tout, faire appel à la réflexion des jurisconsultes. Les solutions que nous donnerons, importent peu ; c'est sur un problème, que nous voudrions attirer l'attention. La science du droit est une des plus vastes et des plus vivantes. Elle a dû exister, sous une forme ou sous une autre, dès que les hommes ont commencé à vivre en société. Il n'y a pas de membre d'une collectivité, en tant qu'il est capable de raisonnement, qui ne soit soumis au droit à chaque moment de son activité consciente, donc à
chaque moment de sa vie ; il n'y a pas d'homme qui échappe à la nécessité de se poser des problèmes de droit (1). Le mouvement du progrès a fait qu'aujourd'hui plus que jamais les rapports sociaux sont multiples et complexes. C'est pourquoi, par une nécessité naturelle, la science du droit a pris de nos jours un essor qu'elle n'a peut-être jamais connu aussi intense et étendu. Il est cependant assez curieux de constater que, malgré ce développement des notions juridiques, et alors que dans toutes les autres sciences on est arrivé à reconnaître l'utilité profonde d'une liaison continue entre les faits constatés et quelques principes philosophiques, on se soucie assez peu aujourd'hui dans le droit de remonter des généralisations scientifiques, auxquelles on aboutit, à des connaissances plus hautes, qui les expliqueraient.
Il est vrai que depuis quelque temps, on voit apparaître des essais de Théorie générale du Droit, quoique trop rares si l'on songe à l'immense utilité que le monde juridique pourrait en retirer. Mais ces travaux sont plutôt présentés comme des recueils d'observations faites par voie empirique par des spécialistes exclusifs du droit et souvent par des praticiens seulement. Or ceci ne peut suffire ; pour n'en dire qu'un seul mot en ce moment, ces théories, ainsi constituées, sont incapables d'expliquer la possibilité même