La seconde idée qu'il faut retenir c'est que
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notre connaissance logique.est la source créatrice de toute réalité (1). La logique humaine, loin d'être ainsi le jouet passif des éléments extérieurs, les soumet au contraire à ses propres lois et, les dirigeant dans les directions que lui suggère sa propre constitution, arrive à les dominer dans toutes leurs manifestations. L'homme n'est donc pas l'esclave des événements du dehors, mais, tout au contraire, la nature extérieure se renferme par son essence même dans les cadres que notre intelligence lui offre. L'ordonnance merveilleuse de tout ce qui nous apparaît comme existant en dehors de nous n'est en réalité que notre ordonnance propre que nous avons, pour ainsi dire, rejetée en dehors de nous en l'objectivant. Nous pouvons donc affirmer, sans nous éloigner de la pure vérité, que tout l'univers extérieur, toute l'organisation magnifique que nous constatons dans la suite régulière de tout ce qui est, le développement toujours plus ample et plus compliqué des organismes, comme la marche régulière des systèmes cosmiques à travers l'espace, n'est que l'œuvre féconde de notre constitution logique. L'étoile qui nous apparaît à des nombres incalculables de kilomètres de distance, de
1. Comp. Cohen, Logik. Grande différence avec Berkeley, Princi~ pes de l'entendement humain et Scliopenhauer, Le monde comme représentation et volonté.
même que l'espace infini lui-même, que nous contemplons avec un sentiment de frayeur humiliée, sont en quelque sorte des parties de nous-mème, étant l'extériorisation logique des produits de notre propre pensée.
42. — Mais si la logique crée le monde, la question que la philosophie se pose en ce qui concerne la contingence partielle ou le déterminisme total des réalités ne peut s'appliquer à la logique elle-même. Le problème porte en effet sur le monde ainsi créé et tel qu'il se présente dans la connaissance concrète ; il ne peut se rapporter à la source logique de cette connaissance même, car cette source, étant créatrice, ne peut être elle-même conçue comme conditionnée (1). On arrive ainsi à l'idée que la raison est en elle-même autonome. Cette autonomie constitue la liberté et, en tant que la raison se reflète dans un esprit individuel, c'est-à-dire en tant que cet esprit est rationnel, on peut par conséquent le considérer comme libre. Remarquons toutefois que cette théorie de la liberté est tout à fait étrangère au débat entre le déterminisme et son contraire. Ce n'est donc pas une liberté conçue comme contraire à une activité qui est déterminée (2). La liberté, dans cette signification, ne se rapporte même pas à proprement par-
1. Comp. E. Boutroux, De la contingence des lois de la nature.