‹ Le fondement du phénomène juridiqueChapitre 34 sur 74 · Cf. Spinosa, L'Ethique · texte numérisé non relu

Cf. Spinosa, L'Ethique

2 Cf. V. Delbos, La philosophie pratique de Kant (Paris, Alcan, dernière partir |.

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ne peut être vraie parce qu'elle est féconde ou s'applique dans un grand nombre de cas, mais elle est féconde et s'applique dans tous les cas parce qu'elle est vraie. La raison apparaît ainsi comme une donnée dernière au delà de laquelle on ne peut plus remonter. Et ceci prouve que, si l'on veut chercher encore, en philosophie, la réalité dernière, c'est dans la raison seule qu'on peut la trouver. Le vrai s'impose, en d'autres termes, à notre intelligence avec une autorité inconditionnée, étant le fait dernier de la logique.

Quant à la recherche des conditions premières de la raison, telles qu'elles ont été exposées ici, c'est-àdire à celle de la raison en elle-même, en ce qu'elle a de propre et d'essentiel, il est évident qu'on ne peut la faire que sur la connaissance matérielle des cas concrets. C'est ainsi que l'on peut constater les vérités de la critique de la connaissance dans la réalité, mais ce ne peut être celle-ci qui nous les donne; on les trouve, au contraire, par déduction. La dernière raison ne peut être cherchée que dans la nature de la raison elle-même. Voilà pourquoi l'esprit ne peut remonter plus haut encore ; il ne saurait trouver la raison suffisante de la dernière raison. Le pourquoi, c'est qu'il n'y a plus de pourquoi. C'est là la connaissance absolue. Nous verrons que l'étude du monde pratique conduit à des conclusions exactement pareilles. Il est en effet impossible de comprendre

la nécessité pratique inconditionnée de l'idée de devoir ou obligation; on arrive cependant à comprendre qu'elle ne peut pas être expliquée sinon par ellemême et l'on ne peut pas demander autre chose à une philosophie qui croit être remontée aux toutes dernières limites de la raison humaine (1).

44. — Essayons maintenant, pour conclure, de résumer cette esquisse de philosophie théorique, afin de mieux pouvoir l'utiliser par la suite dans Fétude du fondement de la connaissance juridique et morale.

Dans la confusion chaotique de la connaissance qui nous vient par les sens, notre logique introduit un ordre immuable par le moyen de l'activité a priori de l'esprit. Cette activité se manifeste sous forme d'espace et de temps, de causalité (au sens large du mot) et d'idées, synthèses suprêmes, qui lui servent de source première et de direction dans le mouvement. C'est ainsi que les objets extérieurs nous apparaissent dans la perception comme faisant partie d'un tout logique et unitaire en même temps qu'ils se distinguent les uns des autres au point de vue de leur coexistence et de leur succession. Sans espace et sans temps, les objets ne seraient pas individualisés; ils n'auraient pas une surface par laquelle ils se distinguent de ce qu'ils ne sont pas; ils se confondraient avec ceux qui les précèdent ou ceux qui les suivent.

1« Cf. Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs, in fine.

Unité et multiplicité seraient inconcevables ; ces deux catégories ne s'appliquent par conséquent qu'exclusivement aux objets sensibles de la connaissance théorique. Aucune science ne pourrait se constituer et nous n'aurions ainsi jamais pu avoir une action sur le monde matériel. L'activité de notre esprit logique, sous sa forme spatiale et temporelle, introduit la distinction que nous concevons entre un objet et un autre, de même qu'entre ce qui est en nous et ce qui est en dehors de nous. Les principes logiques de la connaissance, qui forment la source logique de toute distinction en général, sont des principes créateurs et libres d'unification a priori ; ils ne constituent cependant que des limites idéales de connaissance, qu'on ne peut jamais atteindre etfectivemenl. Leur constitution ne peut donc se faire que grâce à une déduction. Mais ceci ne veut dire en aucune manière qu'ils sont dénués de toute liaison avec les connaissances empiriques. Dans notre conscience psychologique nous ne pouvons, au contraire, nous les représenter, sans nous représenter en même temps une matière de connaissance, donnée empiriquement. Nous ne saurions nous imaginer par exemple un volume géométrique sans voir en même temps une couleur quelconque, quel que soit notre effort pour en faire complètement abstraction. C'est ainsi qu'on peut expliquer, du reste, comment le progrès des mathématiques a pu dépendre parfois du progrès

de nos connaissances empiriques ; ces dernières n'ont été que l'occasion nécessaire pour que les premières puissent se manifester.

Nous n'aurons, dans ce qui va suivre, qu'à essayer d'appliquer au monde pratique les solutions qui se présentent ainsi dans le monde théorique, afin de l'aire aboutir la recherche que nous nous sommes proposée sur la nature de la connaissance juridique. Nous n'aurons qu'à procéder à une étude similaire, en prenant ces solutions comme fil méthodologique conducteur.

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