Comp. Korkounov, op. cit., p
2. Gharmont, La renaissance du droit naturel (Montpellier, 1 9 1 0 > .
et la matière avec celle entre un contenant hypothétique (1) et un contenu de la connaissance. Il est impossible de concevoir une connaissance sans contenu ; mais ce contenu lui-même comprend un élément actif de notre esprit logique, la forme, et un élément donné, la matière. La forme est donc ce qui, dans un contenu de connaissance, le conditionne logiquement et y met ainsi un ordre rationnel. De cette manière une forme doit toujours être présente (« da sein ») dans toute connaissance juridique, de même qu'il ne peut y avoir d'objet matériel sans attributs spatiaux ou sans un rapport de causalité avec un autre. Cette forme, c'est l'activité logique de notre esprit , qui la met dans la connaissance d'un phénomène juridique : elle ne peut donc être un produit de l'expérience empirique, elle est a priori. En ce sens il n'y a pas d'affirmation juridique possible sans cet élément a priori. Nous pouvons concevoir l'idée d'obligation en elle-même, avec tout ce qu'elle contient dans sa signification, mais il est impossible de concevoir une donnée du droit sans elle : nous nous représentons l'espace tout court, mais nous ne pouvons nous représenter un objet matériel qui ne soit dans l'espace infini. C'est cet activité logique a priori
1. C'est c;tt.: erreur que les interprètes de Kant commettent le plus souvent et Kant lui-même est loin d'en être exempt : il laisse souvent entendre que, dans le monde théorique par exemple, l'espace serait comme un contenant de la matière de la connaissance empirique.
qui nous permet de faire une appréciation juridique sur un acte de volonté.
73. — Il est facile de remarquer que l'idée d'obligation avec tout ce qu'elle contient d'original, ne peut pas être tirée empiriquement de l'expérience, comme nous apprenons par exemple par l'expérience que pour atteindre tel but matériel et précis dans la vie il faut employer certains moyens et non pas d'autres. Par l'expérience nous ne pouvons arriver qu'à des constatations, à des connaissances de faits, nous pouvons savoir ainsi qu'une chose existe d'une certaine manière, nous pouvons comprendre que, pour atteindre un but donné, nous devons nous soumettre à certaines conditions ; il est cependant impossible de comprendre comment serait sortie de l'expérience l'idée même d'obligation, c'est-à-dire celle de l'ordre du devoir moral. Il serait du reste tout à fait impossible de saisir comment la notion de liberté pratique, impliquée par celle d'obligation, serait sortie d'une connaissance expérimentale. La preuve en est aussi dans l'observation que ceux qui la cherchent par cette voie, arrivent à la nier tout simplement : il est bien difficile, pour un pur empiriste, de trouver une réa^ lité qui ressemble à ce que le droit et la morale appellent la liberté et dont ces spéculations ne pourraient se passer sans se détruire elles-mêmes ; il suffit que le droit et la morale existent pour que la liberté existe aussi. Il faut donc la rechercher par un moyen tout
autre que l'expérience empirique, si on veut la découvrir. Ce moyen, c'est le raisonnement pur qui nous conduit à l'existence des principes a priori de la connaissance pratique. C'est en ce sens qu'un des plus profonds penseurs que l'humanité ait produits, a pu écrire qu'il serait difficile de rendre à la moralité en général, le droit inclus, « un plus mauvais service qu'on voulant la tirer d'exemples [ce qui revient à dire la tirer de l'expérience] ; car quel que soit l'exemple, il faut le juger d'abord d'après les principes de la moralité pour savoir s'il est digne de servir d'exemple original, c'est-à-dire de modèle, il est donc bien impossible d'en tirer, comme d'un principe suprême, le concept de la moralité (1) ».
74. — Le caractère strictement nécessaire de l'idée d'obligation prouve aussi qu'elle est a priori. Ce qui est purement expérimental, n'est jamais que relatif et jusqu'à un certain degré, sujet à caution pour notre esprit. Une classification qui est basée sur la simple observation, comme sont les classifications de la biologie par exemple, n'est jamais que provisoire, ainsi que nous l'avons déjà indiqué : elle attend toujours des faits nouveaux à découvrir, qui souvent la transforment de fond en comble. Une vérité qui se présente à l'esprit dès le début avec un caractère de nécessité absolue (pourvu bien entendu qu'on soit