‹ Le For-L'évêque, vaudeville anecdotique en deux actesChapitre 16 sur 33 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, BIBERLOT, U est en costume de marquis,

BIBERLOT, après le chœur, saluant. Messieurs, je suis le vôtre, (/i part.) Je crois que j'ai une petite manière de saluer qui sent un peu son homme comme il faut.

SAÎNT-PREUX, offrant à Biherlot un verre de punch. A vous, cher marquis ! un verre de punch.

BIBERLOT, le prenant. Ce n'est pas méprisable... et je vous remercie nombre do ibis. [Il boit, et à part.) Ce diable d'habit me gêne horriblement des entournures.

SAINT-PREUX. C'est le douzième bol que nous vidons depuis votre arrivée.

BIBERLOT. Douze bols... Il faut alors, messieurs les prisonniers pour dettes, que vous ayez bien de la fortune.

SAINT-PREUX. C'était pour vous faire honneur, marquis.

BIBERLOT. Tant de dépense à mon sujet! vous me confusionnez complètement, et je ne puis reconnaître votre générosité qu'en vous priant de m'en donner encore un verre. [Tous s'éloignent pour aller le servir et ento'frent la table. Biherlot à part, sur le devant de la scène.) Ah ! ça, n'oublions pas mes mots de noblesse! corblcu ! morloleu! par la ventrebleu ! palsambleu î tête bleui ca finit toujours en bleu ! je ne peux pas me tromper.

SAINT-PREUX, lui donnant un verre plein, et tous, buvant avec lui. Allons, amis, une dernière libation à nos maîtresses!

BIBERLOT, d part. Oh! c'est ça, Ama-

rantlie m'entendra peut-être! [EJ^rant son

•-ptsTr^.)' t^ui , buvons à nos belles, tsur raîr

de cette chanson de M. Panard, qu'on

chante dans tous les carrefours.

Air : Cent le plaisir des rois.

Avoir des valets en livrées Pour remplir vos coupes dorées ; Dans des soupers tristes et froids C'est le plaisir, c'est le plaisir des rois.

TOUS

C'est le plaisir, c'est le plaisir des rois. BIBERLOT.

Mais boire du punch 5 plein verre A son Iris, à sa Glicère Pour qu'elle entende vos soupirs...

C'est le roi, le roi des plaisirs.

TOrs.

C'est le roi, c'est le roi des plaisirs.

BIBERLOT.

Faire grand bruit de sa tendresse, Soumettre une fière duchesse, Aux Pompadours dicter des lois C'est le plaisir, c'est le plaisir des rois.

TOUS

C'est le plaisir, c'est le plaisir des rois. BIBERLOT.

Sous les verroux, avec mystère, Instruire en secret sa bergère De ses feux et de ses désirs C'est le roi, le roi des plaisirs.

TOUS

C'est le roi, le roi des plaisirs.

BIBERLOT. Ma foi, messieurs, je me "sens tout autre avec vous ! je me sens plein de joie et de gaîté; votre punch était ravissant.

UN GARÇON, entrant par le fond et s'adressant d Saint-Preux. Messieurs, pourriez-vous me dire qui paye ?

SAINT-PREUX, lui indiquant Blberlot. Ce monsieur qui est là-bas.

LE GARÇON, s* approchant de Biberlot, Monsieur, c'est soixante-douze livres.

BIBERLOT, chantant.

€ C'est le roi, le roi des plaisirs.»

LE GARÇON. Est-ce que vous ne m'avez pas entendu, monsieur le marquis?

BIBERLOT. Quoi! qu'est-ce?., que me veux-tu, malotru?

LE GARÇON. Je veux soixante-douze livres pour ce qui a été consommé ici.

BIBERLOT. Comment, dites donc, mes camarades les marquis, voilà un faquin de maroufle qui s'adresse à moi; mais imbécile ! je suis invité par ces messieurs.

SA1NT-PREU\. Du tout, mon cher Folbellc, c'est nous qui avons bu à tos frais pour fétcr votre bicu-vcnuc, et d'après vos ordres.

BIBERLOT, à pari. Ah! diantre! il paraît que l'autre payait sa bien-venue; j'allais

me fourer dedans. {Haut.) Mais ventrebleu! pourquoi ne pas me dire cela tout de suite?

LE GARÇON. V'ià Une heure que je vous le répète.

BIBERLOT, à part. Je n'ai sur moi que cinq pièces de douze sous. [Haut.) Ça se retrouvera avec autre chose.

LE GARÇON. Mon m'\ître ne fait jamais de crédit, monsieur le marquis.

BIBERLOT. Je me soucie bien de ton maître, palsembleu; ah! ça, qui m'a bâti Un drôle de ce physique-là? d'ailleurs ce n'est pas à toi que j'ai commandé le punch c'est à la fdle de la prison, à mademoiselle Amaranthe, je ne veux payer qu'à elle, fais-la venir, je solderai. {A part,) Comme c'est subtil, hein?

LE GARÇON. Elle ne peut pas, clic a ben autre chose à faire, aujourd'hui

BIBERLOT. En ce cas, va-t-en ! maraud ! ou tu vas t'attirer des coups de pied. . . quelque part.

SAINT-PREUX, aux chevaliers. Quel original.

LE GARÇON. Je ne m'en irai pas.

BIBERLOT, dpo.rt. Diable de marquis de Folbelle va ! il me met dans un embarras atroce... ajoutez que son habit me gêne horriblement des entournures.

LE GARÇON. Qu'cst-ce que ça vous fait de payer tout de suite ?

SAINT-PREUX. Il a raison! délivreznous des criailleries de cet impertinent.

BIBERLOT. C'est que voyez-vous , j'ai en exécration les gens qui me demandent de l'argent; c'est un tic de famille, ça me vient de père en fils. ( // se fouille partout, A part.) Ah! qu'est-ce que je sens là? une bourse!., elle est habitée... 0 Folbelle!.. je t'accusais à tort. {Haut au garçon.) Ah ça, faquin, tu as donc la rage d être payé?

LE GARÇON. Dame, oui, j'ai cette rage là , c'est un tic de famille , ça me vient de père en fds.

BIBERLOT, fouillant dans sa bourse. Tu railles, je crois... tiens, misérable, voilà tes trois louis.

LE GARÇON, Us prenant. Y a rien pour le garçon ?

BIBERLOT. Si fait, liens...

11 lui donue un coup de pied dans le derrièreî tout le monde rit; le garçon se sauve.

SAINT-PREUX , re'j^ardant dans le fond. Ah! je crois que j'aperçois le Margrave. BIBERLOT. Le Mardegravc ,, {A part.)

l6 LE MAGASIN

Ah diable ! s'il allait me reconnaître... oh ! non, je suis emmarquisé de la tête aux pieds.

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