CHAPITRE VIII
Observations diverses
Le délicieux parc de Mon-Repos, situé au bord du lac Léman» possède une avenue de tilleuls taillés à la française que j'élaguais pour la première fois en 1868. Du perron de la maison, la vue pratiquée en ogive sous les arbres, donne du côté du Jura. Les branches de ces tilleuls, devenues assez longues et assez fortes, m'ont permis de faire à l'extérieur des deux côtés, longeant le tronc des arbres sous les branches basses, une ogive élevée de trois mètres aboutissant à une riante pelouse.
Le sol végétal, peu profond sur l'antique grève du lac, composé de gravier et de sable, n'est pas favorable aux arbres qui sont en voie de dépérissement; ces arbres, âgés de deux siècles environ, n'ont plus la terre végétale suffisante à leur entretien. Cette situa-
tion critique attira, il y a quelques années, Tattention de M. Philippe Plantamour, propriétaire de Mon- Repos, mais^ sans doute à cause de son grand âge^ le travail de régénération de Tallée fut différé. Sur l'étendue du sol que couvre l'envergure des branches et même au-delà, il faudrait répandre quinze centimètres de terre végétale mélangée avec de l'engrais d'étable; cinq ans après ce travail, lorsque la terre serait garnie de radicelles, on répandrait une deuxième couche de terre végétale conforme à la première, soit trente centimètres d'épaisseur, il ne serait pas prudent de mettre les trente centimètres de terre en une seule fois, étant donné qu'on pourrait asphyxier les racines.
Quelques années après cette augmentation de nourriture, les arbres atteindraient une végétation magnifique qui serait de longue durée. Les générations qui nous suivront pourraient faire de même et ainsi on conserverait indéfiniment cette allée de tilleuls.
M. Ph. Plantamour, qui a légué sa campagne à la ville de Genève, fut un grand physicien et observateur de la nature et, mieux que personne, il comprenait l'utilité du lierre en vue de la croissance et de la conservation des arbres de haute portée, aussi un grand nombre des arbres de sa propriété sont ornés de lierre ; un tilleul de l'allée, deux fois plus gros que les autres, est porteur d'un vieux lierre énorme; tous ces lierres donnent un cachet antique à Mon-Repos, qui ne ressemble en rien à ces campagnes tondues,
léchées, factices et dépourvues de charme que Ton voit sî souvent à notre époque. Si Ton venait à saccager le lierre, ce parc serait au niveau d'une grande villa banale.
Avant le débrou ssaillement du Jardin Anglais, un lierre des bois est venu se joindre à Tundes bouleaux. Sî Ton supprimait le lierre à ce dernier, il ne tarderait pas à dépérir La poussière dégagée du lierre a des propriétés fertilisantes qui entretiennent une belle végétation aux arbres et aux bouleaux particulièrement.
Au Vallon, habitation de campagne de M. Alphonse de Candolle, j'ai soigné à différentes reprises les arbres forestiers et pratiqué des points de vue sur les Alpes. Au premier plan se trouvent des prairies ornées de grands arbres que M. de Candolle appréciait beau- .coup; quelques grands peupliers pyramidaux d'Italie, situés dans la prairie sur un terrain graveleux, lui inspiraient des craintes, car un petit nombre de ceux-ci avaient été renversés par un orage ; je réduisis la frondaison des survivants et depuis vingt ans pas un seul n'est tombé.
Sur la terrasse ombragée par de grands ormes, je vois encore M. A. de Candolle avec son expression bienveillante et son abord aimable ! Pendant les rares instants de conversation que m'accordait le grand maître, j'ai retenu des choses très utiles. Ceux qui seraient venus lui dire : « Le lierre est un parasite attaché aux arbres », auraient été fort déçus, car il comprenait Tutilité du lierre pour l'ornementation et
la conservation des arbres, ainsi que pour la reproduction des oiseaux qu'il aimait beaucoup.
A mon preftiier voyage à Genève, en 1866, j'élaguais le bois mort aux arbres des Bastions. Cette promenade si ancienne, avec ses marronniers de Tlnde, ses tilleuls à grandes et petites feuilles, ses ormes immenses, est une des beautés de Genève.
Malheureusement Técorce des ormes est enlevée et un certain nombre des grands arbres sont morts et ont été remplacés par des espèces différentes : tilleuls argentés, marronniers roses, micocouliers, érables pourpres, acacias pyramidaux, frênes et platanes; cette façon de comprendre Tefifet du paysage, quoique très distinguée et fort gentille, est contraire à l'entretien des promenades et des parcs dans le style noble des siècles passés. Les quatre essences d'arbres qui existaient aux Bastions étaient suffisantes pour ce genre de promenade, qui doit rester grandiose.
Le marronnier à fleurs roses est un bien joli sujet, mais il ne dépasse guère soixante ans et il est de moitié plus petit que le marronnier de l'Inde, donc n'étant pas en proportion avec ce dernier, il ne peut former la parallèle dans un alignement.
Il serait bien simple de suivre les indications de nos ancêtres! Tel arbre mort, un orme, je suppose, serait remplacé par un tilleul, et un tilleul mort remplacé par un orme; à la place d'un grand marronnier on planterait un tilleul à petites feuilles et un autre tilleul ferait place à un marronnier.
Après avoir ameubli neuf mètres carrés de terrain à une proiondeur de soixante-dix centimètres, la terre appauvrie, desséchée, devra être mélangée avec du fumier; on disposera au centre un arbre sain, vigoureux, tel qu'il est, sans rien lui retrancher la première année de plantation; cet arbre ne devra pas dépasser cinq à six centimètres de diamètre et trois à quatre mètres de hauteur; les racines seront mises quinze centimètres plus bas que le niveau du sol, afin qu'elles puissent s'approprier les eaux de pluie, on étendra à la surface une légère couche de fumier frais qui maintiendra la fraîcheur, puis on Tentourera d*un treillage en bois pendant trois ou quatre ans pour le garantir des accidents et du piétinement des passants sur les radicelles à l'état de formation..
Cest ainsi que j'ai planté les jeunes ormeaux du Pré-FEvêque, il y a une douzaine d'années. M. Muller, maire de la commune des Eaux-Vives, portait un vit intérêt au Pré-FEvéque et aux ormeaux, pour lesquels il avait beaucoup de soins, car ils étaient toujours bien fumés et copieusement arrosés, aussi la reprise de ces jeunes arbres fut rapide.
Sur la plaine de Plainpalais, à proximité des grands ormes, une rangée de marronniers de Tlnde mélangés à des marronniers à fleurs roses, a été plantée ; ces arbres auraient été dans de bonnes conditions pour former un alignement, s'ils n'avaient été mélangés avec des arbres relativement nains. Ils viennent de subir le sort malheureux de Télagage en tronçons avec les branches coupées en forme de chicots. La
végétation sera retardée pour dix ans au moins et la plupart ne pourront jamais reprendre leur forme primitive, qui doit être élancée.
A l'avenue de la gare des VoUandes, des érables taux-platanes ont été transplantés ; la reprisé en est fort heureuse et la végétation vigoureuse, mais ces arbres ont été également coupés en tronçons comme des fruitiers nains; maintenant les branches latérales poussent dans tous les sens et il est impossible de leur donner la forme des branches élevées d'un arbre droit à tronc élancé.
La mode est venue de transplanter des sujets coupés net comme des piquets enveloppés de paille. Les suites du paillage sont assez défectueuses et empêchent la reprise des arbres; le tronc est étouflé, privé d'air, l'écorce attendrie est brûlée par le soleil après la chute du paillage.
De toute part on pratique la chasse aux insectes ; un abri assuré leur est ofïert sur les arbres empaillés.
La taille pyramidale des chênes en forêt a existé pendant plus de quarante ans ; de nos jours elle est complètement délaissée, le résultat funeste ayant été constaté.
Les malheureux petits arbustes à fleurs,destinés à Tornementation des habitations de campagne, sont atrocement taillés. Combien ils sont plus charmants dans leur état naturel! Les viornes, boules-de-neige, les seringas, les altéas, les genêts et les .spyrées forment de magnifiques gerbes de fleurs; je ne mentionne pas quelques-uns des plus jolis.
Le tamaris, avec ses fleurs d'un rose vif, qui croissait le long des rivières gauloises en compagnie des aulnes et des saules blancs, donnait des tons fort attrayants aux paysages primitifs. Dans la plupart des ^
campagnes, le tamaris est tronqué, il est mélangé à des arbustes tenus aussi en servitude et qui ne donnent que très peu de fleurs. Je connais cependant un petit nombre de propriétaires qui ne tolèrent point la |
taille des arbustes et la floraison devient si belle que leurs campagnes prennent un aspect féerique.
Généralement on tasse arbustes sur arbustes, chacun d'eux a une place bien limitée et cela les dispose à Tairophie, puis le terrain est retourné profondément, les racines sont blessées et les sujets meurent. ^ On n'ignore pas combien le résultat est déplorable quand la terre est retournée, brassée et non fumée autour des massifs d'arbres et d'arbustes, l'humus disparaît sous l'action de l'air. J'ai constaté à plusieurs reprises que des massifs pioches ainsi pendant plusieurs années avaient une végétation chétive, cependant ils seraient devenus superbes si on avait biné le terrain, mis du fumier et qu'ensuite on les J eût laissés croître en liberté pendant les deux premières années.
A rentrée des établissements d'arboriculture, on peut voir de beaux tamaris non taillés avec des arbustes de tous genres aux fleurs variées qui croissent librement; les arbres forestiers bien formés, élancés, nullement tronqués, sont transplantés tels quels, d'autre part, des arbres fruitiers à grand vent n'ayant
jamais été taillés sont chargés de beaux fruits. Certains arbres en espaliers et en pyramides qui ont été très bien taillés produisent également des fruits savoureux.
Le maître arboriculteur qui nous fait visiter son établissement nous donne quelques spécimens de ses fruits avec la nomenclature des arbres sur lesquels ils ont été cueillis. Cet établissement (semblable à beaucoup d'autres) est une école pratique, raisonnée, d'arboriculture simple et à la portée de tout le monde. Il n'est pas nécessaire de demander à ce chef d'établissement un ouvrier spécialiste pour tailler des arbres de verger ou des arbustes ; une telle demande lui paraîtrait choquante et contraire à ses convictions, car on le contraindrait de faire faire une opération qu'il sait déplorable, aussi il met à la besogne un apprenti, car un bon ouvrier connaissant à fond son métier serait profondément blessé dans son amour propre s'il était obligé de faire un travail opposé à ses habitudes; Tapprenti ignorant plonge inconsciemment la serpe ou le sécateur dans les malheureux végétaux qui sortent de ses mains dans un état lamentable et le propriétaire croit assister à la résurrection de ses arbres !
Depuis trois ou quatre ans des idées opposées à la taille des rosiers ont pris place dans l'esprit de quelques propriétaires et leurs rosiers laissés à l'état naturel ont une floraison resplendissante.
La méthode de ne pas tailler les rosiers nous vient, paraît-il, des Américains et des Anglais.
En France, dans nos campagnes reculées, nous avons la rose royale, dit « rose-chou » ; ces rosiers magnifiques qui atteignent parfois la hauteur de i mètre 5o, forment des buissons de toute beauté et jamais il ne viendrait aux paysans l'idée de les tailler.
On a tout à craindre des suites de la taille et du racJage des arbres. Dans mon Guide de Télagueur, publié en 1878, des dessins reproduisent une raclette de mon invention ; depuis ce temps-là Texpérience m'a démontré les suites funestes de cet instrument après son passage sur les arbres.
Il y a deux ans je travaillais au château de B. appartenante M. G., près du Pont-de-Beauvoisin, et M™* G. me montra une haie de mirobolans récemment plantée dont elle était enchantée. « Mirobolan T^ est le nom donné par le fournisseur à cet arbrisseau qui vaut à lui seul plus que toutes les haies de France et de Navarre. Cette haie était composée de petits pruniers sauvages qui viennent dans les terrains secs et pierreux, et qui produisent des prunelles grosses comme des noisettes. Ces mirobolans ont fait leur apparition à Satigny, sur la ligne du P. L. M.; Tafïaire étant lancée, cette essence aura du succès, ce n'est que dans quelques années que Ton reconnaîtra que son feuillage est grêle et qu'il n'a rien de beau ni de durable.
Les essais de haies en gleditzia, acacia féroce à longues épines, n'ont pu réussir, cette espèce qui produit de grands arbres, ne peut supporter la taille en haie, elle est bien vite réduite à l'état de chicots des-
séchés; si elles avaient prospéré, ces haies hérissées d'horribles épines seraient devenues reffroi des maraudeurs et auraient pu remplacer des chiens de garde.
Un autre genre d'épine redoutable dit Ergot de coq, bonne pour faire des haies défensives, fat employée il y a vingt-cinq ou trente ans, aujourd'hui il n'en existe plus. Actuellement on est forcé d'utiliser Tépine du pays qui peut durer un siècle, au bout d'une centaine d'années, toutes les essences forestières de la région viennent prendre place dans la haie, alors il est facile d'élever les plus beaux sujets qui deviennent des arbres robustes, préférables à ceux qui sont transplantés.
La haie de charmilles dépasse deux siècles, en atteint souvent trois, et supporte très bien la taille ; à sa disparition qui s'opère peu à peu, les essences forestières viennent aussi la remplacer.
La haie de buis peut vivre pendant plusieurs siècles si Ton a soin de la dégager des arbres et en particulier de l'acacia qui est son plus redoutable ennemi.
Dans les Alpes et dans le Jura, à des régions tempérées, les haies de hêtres et de sapins taillées sont bien en rapport avec le paysage mais elles ne réussiraient nullement dans la plaine.
Pour la création d'une haie on doit ameublir le terrain sur un mètre cinquante de largeur dans toute sa longueur; sitôt que la haie est plantée, il faut étendre sur le terrain ameubli 8 à lo centimètres de fumier, afin d'éviter le hâle et la sécheresse, aucun binage ne sera pratiqué, les hautes herbes devront
être arrachées à la main et déposées sur place car elles couvrent le terrain, servent de litière et font de rhumus. On ne plongera pas le sécateur dans cette haie naissante, en vue de la faire épaissir, autrement ii ne serait rien obtenu de bon. Pendant les trois ou quatre premières années on n'a pas à s'occuper de la haie, il faut simplement réduire les brins dépassant la hauteur fixée; la sève refoulée dans le bas fait élargir la haie sur les deux faces.
C'est une erreur de tailler les haies à angles vifs en équerre, le bas de la haie couverte *sur les deux angles se dégarnit, n'ayant pas l'air et la lumière nécessaires ; les angles étant réduits, la haie prend une forme arrondie, la partie basse dégagée s'épaissit et la végétation est équilibrée de tous côtés
Pendant le gros de l'été la taille des haies n'est pas heureuse, les nichées de petits oiseaux qu'elles abritent sont dérangées ou perdues, les fortes chaleurs dessèchent les porteurs du milieu mis à découvert.
La fin de septembre est la seule époque favorable à la taille des rideaux de grands arbres taillés à la Française*
Chacun de nous aime les arbres, ils n'ont pas d'ennemis mais peu de personnes savent les comprendre; avant de leur passer le carcan ou le câble étrangleur, avec des soins extrêmes on les enveloppe de vieux cuir, de chiffons, de plaques de tôle, dans la crainte qu'ils ne soient blessés sous l'action du fer. Les jours de ces malheureux arbres sont comptés ; en peu d'années, sous la pression du câble ou du collier, la circu-
— igo —
lation de la sève est interceptée, des brindilles bien garnies de feuillage poussent sous la ligature et cachent les engins oubliés depuis quelques années^ alors \ l'arbre meurt sans connaissance de cause. De nom- ' i breuses victimes périssentainsi étranglées sous la pression des câbles et des gros fils de fer qu'on leur attache.
J'avais adressé il y a quatre ou cinq ans un article à un journal de Genève qui fut inséré et dans lequel j'émettais l'idée de fixer aux arbres un crochet anneau où serait passé le câble des poteaux. Un petit nombre d'intéressés suivirent mes conseils mais depuis cette époque, mes indications sont tombées dans l'oubli. Sauf de rares exceptions le collier est toujours fixé aux arbres ; les personnes qui désirent conserver leurs arbres, devront suivre la direction des câbles introduits dans leurs propriétés pour maintenir les poteaux télégraphiques et s'il y a des arbres ainsi liés, elles feront procéder à la délivrance des sujets.
Dans des cas assez rares un arbre fourchu et fissuré, partagé en deux parties, risque d'être fendu à 3 ou 4 mètres au-dessus de la bifurcation, dans ce cas on peut passer un cercle ovale prenant les deux branches à l'extérieur, serré de côté par une vis, le cercle ne porte que sur la face extérieure des branches et ne gêne que peu la circulation de la sève, mais cependant dans la partie du bois serré sous le fer, la couche concentrique annuelle d'aubier ne peut suivre son cours et il s'ensuit une profonde incision ; pour éviter cet inconvénient il faut relâcher la vis chaque année.
Mon procédé est très simple et peu coûteux ; deux forts crochets à tiges carrées de i5 à 20 centimètres avec des crans dentelés sur le vif du carré, la tige en fer doit avoir 25 millimètres dans toute sa longueur et doit être enîoncée à grands coups de marteau dans un trou préparé aux deux branches, à 3 ou 4 mètres au-dessus de la fourche, les crans pris en sens inverse dans le bois ne peuvent être arrachés ; la partie non angulaire de la tige est encore consolidée avec dts lames de fer forgé, on passe ensuite du fîl de fer galvanisé n** 16 ou 17 d'un crochet à Tautre, les fils réunis représentent une corde de 20 ou 3o millimètres d'épaisseur, avec une tringle passée dans les fils au milieu de la corde ; les fils tordus exempts de rouille et d*une solidité à toute épreuve, rapprochent les branches fissurées sans qu'on ait à craindre des surprises désagréables.
On m'a demandé bien souvent des renseignements au sujet de l'origine des nombreuses petites branches mortes au sommet des chênes. Ces peiîtes branches ne dépassent guère la grosseur du pouce ; une larve blanchâtre, longue de 25 millimètres qui a une tête assez grosse, armée de deux crocs, des articulations profondes dans le genre d'un accordéon en mouvement, le corps terminé par gradations avec une pointe à larrière, pénètre sous Técorce, pratique une galerie circulaire de 5 millimètres, s'attache à Taubier et refoule les déjections du bois trituré à Tarrière de ses articulations. La galerie terminée sans différence de niveau, la larve disparaît, et la sève est
arrêtée net à l'entrée de la galerie, puis il y pousse un assemblage de petites .brindilles au feuillage épais. Dès que les brindilles sont desséchées, le bois s'effrite et un insecte d'une autre espèce creuse dans le centre du bois, une galerie verticale de 10 à i5 centimètres de hauteur sur 10 millimètres de largeur ; un petit bourdon d'un noir bleuâtre prend possession de cette galerie mais ce n'est pas lui qui aurait pu la creuser ^ car il n'est pas constitué pour faire ce travail ; dans
^ sa demeure il est aussi habile qu'un architecte, il pra-
f- tique des chambres régulières à étages superposés,
fi. dans chacune de ces chambres il dépose un couvain
^\ auquel il donne des soins assidus, qui se transforme
y bientôt en larve et passe à l'état de chrysalide. Les
déjections des nouveaux bourdons glissent dans un ; couloir laissé libre et passent dehors par l'orifice d'en-
trée. Ces petites brindilles desséchées n'affectent nul- |! lement la vitalité des chênes ; chaque année la larve
];^ en fait mourir de nouvelles qui remplacent les an-
k. ciennes. Il n'y a donc pas lieu de s'en inquiéter.
On fixe ordinairement des nichoirs aux arbres ^; mais la plupart demeurent inhabités, parce que les
il; oiseaux ne s'y sentent pas en sécurité et que ces ni-
%-^\ choirs ne répondent pas à leurs besoins. Le meilleur
i^\ système c'est de fendre en deux une bûche de bois
p de 25 centimètres de longueur sur une largeur de
€ i5 centimètres, puis de creuser les deux morceaux
Ë. de bois fendu qui doivent être juxtaposés; le vide
pv intérieur doit représenter 8 centimètres de diamètre et
i5 centimètres de profondeur avec une entrée de
— igS
3 centimètres. Ces nichoirs seront habités par les trois espèces de mésanges ; elles affectionnent les vergers et détruisent une grande quantité de chenilles sur les arbres fruitiers.
Voîci un second modèle de nichoir: ouverture
4 centimètres de diamètre, intérieur lo centimètres, profondeur 20 centimètres, qui sera habité par les citelles et les torcols. Un troisième modèle qui doit avoir une ouverture de 5 centimètres, une profondeur de 25 centimètres et une largeur de i5 centimètres, sera la demeure des huppes et étourneaux. Toutes les autres espèces d'oiseaux nichent sur le sol, dans les buissons ou sur les arbres et ne font pas leur nid dans les creux d'arbres. Le moineau niche partout, il tait son nid avec du foin, de la paille, des plumes et du crin, parfois aussi il loge dans le lierre, ce n'est pas nécessaire de lui préparer des nichoirs.
Les bûches de bois doivent être proportionnées à la profondeur et à la largeur de chaque nichoir; lorsqu'il est creusé avec un ciseau à bois, on fait des aspérités rugueuses afin que les oiseaux puissent s'accrocher à la montée et ne glissent pas sur leur nichée ; aux deux bouts du nichoir, il doit rester une épaisseur de bois de 5 centimètres.
Les deux parties fendues, juxtaposées ne peuvent laisser aucune fissure si elles sont bien retenues par de longues pointes en fer ; le trou arrondi de l'entrée est pratiqué sous les 5 centimètres de bois ; au sommet du nichoir une planchette en mélèze est clouée pour abriter l'entrée et éviter le glissement des eaux de pluie.
Avec une entrée de 3 centimètres, les mésanges sont en sécurité chez elles, les loires ou autres ennemis ne peuvent s'y introduire. La citelle mastique à Textérieur l'entrée de son habitation avec de la terre ; et ne laisse que le passage nécessaire pour elle ; aucun
autre animal n'oserait détériorer ce mastic. Le torcol dans son nid siffle comme une vipère et chasse j l'ennemi effrayé. La huppe, si jolie, n'a pas son habi-
; tation parfumée à la rose ni au jasmin et l'entrée en
est inabordable. Chez l'étourneau également l'odeur n'est point agréable et des mouches veillent à l'entrée du trou noir et profond. f* 11 faut au moins 12 nichoirs dans une petite pro-
^ priété; 6 pour les mésanges, 3 pour les citelles et
torcols, 3 pour les huppes et étourneaux; les 6 pre- ':i miers doivent être posés sur les arbres du jardin frui-
^r tier ou sur ceux du verger, à 2 ou 3 mètres de hau-
y teur; les mésanges n'aiment pas monter car elles se
;. fatiguent sur un long parcours, pour porter toute la
/ journée la becquée. Les autres oiseaux aiment les
régions élevées, ils se sentent mieux en sécurité et ^ leurs nichoirs doivent être posés à la hauteur de 8 à
ï^: 10 mètres. On fixe aux troncs des arbres des tringles
^? de fer dépassant 5o centimètres; deux pointes dans
f: ' le bas du nichoir, une autre pointe dans le haut,
&; . recourbées en anneaux servent à l'attacher aux deux
^\ tringles.
1'; La couche concentrique d'aubier pousse le nichoir
^- qui glisse sur les tringles; la durée des nichoirs ne
È.. dépasse guère 10 à 12 ans, au bout de ce temps, il faut
— igS —
les remplacer, car le bois s'use et s'eftrite ; on les place sur les tringles dans les mêmes conditions que les premiers et ainsi ils peuvent être remplacés plusieurs fois sans changer les tringles qui ne sont englobées dans le bois qu'après de nombreuses années, 11 (aut prendre si c'est possible du bois qui puisse résister longtemps, tels que le mélèze, le châtaignier, Tacacia, le sapin, le cerisier, Forme et le chêne.
La fauvette, le rossignol et autres petits oiseaux sont magnétisés par la vipère; lorsque Tun d'eux va être englouti, il pousse des cris désespérés; si à ce moment-là passe une buse, elle emporte dans son aire le reptile et Toiseau est délivré. Pour cette bonne action la buse a été surnommée le ^ bon oiseau. »
Un jour je me rendis à Tappel désespéré d'un couple de rouges-gorges ; à mon approche ils voltigeaient autour de moi et me conduisirent vers leur nichée. Une grosse vipère rouge se tenait immobile la tête sur le bord du nid à ras du sol ; je la détruisis et dans son estomac je trouvai trois petits roogesgorges ; les deux autres qui étaient encore dans le nid allaient subir le même sort.
Je vis une autre fois dans la prairie clairière d'une foret, la blanche et élégante belette faire des bonds comme un clown, elle était entourée d'un cercle de petits oiseaux qui suivaient le mouvement des bonds et avaient Tair d'applaudir, ils poussaient des cris joyeux qui ressemblaient à des éclats de rire ininterrompus et retentissants. Tout d'un coup, la perfide
belette dans ses tours d'adresse, saisit un petit oiseau qu'elle alla croquer dans son repaire.
De midi à 2 heures la nature semble se reposer, les végétaux paraissent endormis sous l'intensité de la chaleur, les oiseaux somnolents cessent de porter la becquée, mais quelques-uns cependant font bonne garde; la buse, pendant ce temps de repos, s'introduit furtivement dans la futaie, alors une sentinelle donne le cri d'alarme, les corbeaux croassent au-dessus des arbres, le pic-vert, la tête hors de son trou, pousse des cris perçants et les tout petits oiseaux en sécurité dans les buissons, se tiennent coi. La buse ne peut résister plus de quelques minutes à un tel charivari ; les ailes déployées elle quitte la place à toute vitesse, très déconcertée, accompagnée par une troupe de corbeaux.
Le hibou est perché dans la journée sur une grosse branche et appuyé contre le tronc de l'arbre ; s'il est aperçu par un oiselet, celui-ci pousse des cris de frayeur et ses parents viennent voir ce dont il s'agit ; il reçoit alors une leçon opportune pour avoir réveillé le hibou qui dormait et épouvanté tous les oiseaux du voisinage.
En hiver la fente d'un peuplier brisé aux deux tiers de sa hauteur, forme un auvent couvert de lierre qui sert de gîte au hibou ; des merles habitent aussi dans le lierre et le soir avant le crépuscule, ils crient devant le trou du hibou pendant quelques minutes ; quand ce dernier a quitté la place pour aller à la chasse aux souris, on n'entend plus aucun bruit, les merles rentrent dans leur demeure.
- Je montais sur un immense peuplier pyramidal pourri au pied pour réduire la frondaison ; à vingt mètres de hauteur un hibou avait son nid, il en sortit en me frôlant la tête et je pus voir ses deux œufs d'une teinte bleuâtre. Plusieurs autres espèces d'oiseaux avaient aussi leur nid sur le même arbre et ne s'inquiétaient nullement du hibou, leur voisin ; les pics-verts leur avaient préparé les nichoirs nécessaires avec une entrée de grandeur conforme à la grosseur de chaque habitant.
Ayant constaté Futilité du hibou, je ne puis passer sous silence les services qu'il rend à l'agriculture ; c'est une victime innocente de rignorance et de la superstition. Le hibou et les chouettes de tons genres nous débarrassent des rongeurs qui, en ^rand nombre, deviendraient des ennemis redoutables pour l'homme, Us les réduisent à des proportions nullement inquiétantes et nous devons leur en être reconnaissants.
On traite souvent le hibou d'oiseau sinistre et de mauvais augure, cela est une superstition ridicule I
Le coucou ne peut couver lui-même; son œuf est posé dans le nid du rouge-gorge qui le couve et nourrit le coucou ; sitôt éclos cet oiseau reçoit la becquée du rouge-gorge.
Les animaux et les végétaux sont dépendants et solidaires les uns des autres et n'attaquent point Tes* pèce différente autrement que pour vivre ou pour se défendre, mais Thomme commet une inconséquence en faisant souffrir et en tuant sans nécessité des bêtes inofïensives nées pour vivre et faire vivre.
Le métier d'élagueur forestier a ses charmes et sa poésie; il met sans cesse l'homme en présence des merveilles de la nature et celui qui est observateur peut remarquer des faits extrêmement intéressants.