CHAPITRE II
Reboisement en agrément et en rapport
La géologie nous fait connaître les qualités de la terre végétale et minérale, ainsi que les cours d'eau; c'est une bien belle science et qui est fort utile pour être guidé en agriculture et en sylviculture.
En reboisement, l'exposition du sol, l'altitude, les courants d'eau, la température, sont d'une grande importance. Si le terrain sur lequel je dois faire un reboisement est identique à celui du voisinage, et que sur celui-ci telle espèce d'arbre y vienne bien, et que telle autre y reste malingre, j'arrive à cette conclusion qu'en pratiquant le même reboisenient que j'ai sous les yeux, j'ai plus de chance de réussir; les erreurs qui suivent les travaux de ce genre, généralement si nombreuses, doivent être fort diminuées.
C'est d'une plantation purement ornementale que
je vais m'occuper. Ce sont des arbres de choix, beaux et vigoureux qu'il faut, et pour obtenir un résultat très satisfaisant d'ensemble, on est obligé de repousser de nombreux arbres d'essence exotique, contraire à l'hygiène des autres végétaux ; de plus ils sont un fléau redoutable, en nos pays, par leur envahissement et l'antagonisme qu'ils livrent à nos arbres indigènes ; ces derniers, cependant, sont si dignes de notre choix et nous méconnaissons leurs qualités. On s'engoue de plantes exotiques misérables et nuisibles» qui n'ont que l'apparence et qui coûtent cher; le prix d'achat, les soins multiples et continus exigés pour leur entretien et les déceptions qui s'en suivent devraient rebuter les plus ardents amateurs.
C'est par des arbres très élevés et d'une longévité plusieurs fois séculaire, pouvant former une belle symétrie, que j'entre en matière en me conformant autant que possible à tous les principes traditionnels de Lenôtre, le célèbre architecte paysagiste du grand siècle de Louis XIV, aujourd'hui inimitable. Les jardins et les allées grandioses, bordées d'arbres magnifiques, qui nous restent du grand maître, sont plus riches et supérieurs en tous points aux jardins anglais, espèce de chinoiserie où l'on dispose des groupes d'arbres chétifs aux teintes criardes; dans les jardins publics de ce genre, les promeneurs sont absolument privés d'ombrage. Une petite propriété près des grandes villes est enlaidie par une telle végétation et rapetissée d'une façon singulière ; même les grandes propriétés, en France, ne peu-
vent se prêter à ce genre de paysage. Ceux qui ont vu l'Angleterre avec ses chênes et ses hêtres gigantesques disséminés par unités ou par groupes dans de vastes prairies sur lesquelles paissent les moutons en compagnie des chevreuils et des cerfs, ne peuvent comparer ces jardins et ces parcs avec ceux que l'on fabrique en France.
Le chêne s'accommode de tous les terrains et de toutes les expositions, pourvu qu'il n'y fasse ni trop chaud ni trop froid ; à des altitudes trop élevées, il cesse de croître, de même que dans une exposition tropicale. Dans quelques départements du Midi il est remplacé par le chêne-yeuse ou chêne-vert. L'acclimatation du chêne s'accomplirait parfaitement dans un terrain marécageux, sur lequel il aurait été fait au préalable des tertres élevés; semé ou planté sur le point culminant de chaque tertre, le chêne pousserait très bien. Il n'est pas rare d'en trouver des isolés à l'intérieur des aulnaies, venus, sans doute, par un gland tombé du bec d'un oiseau dans le tronc carié d'un aulne qui fut brisé par un coup d'orage; ce gland, tenu au-dessus de l'eau, entouré de matières fertiles dès sa germinaison, se transforme rapidement en petit arbre dont les racines prennent peu à peu la place précédemment occupée par l'aulne. Je ne puis m'expliquer autrement la présence des chênes disséminés dans une aulnaie.
, Le chêne transplanté selon la grosseur des autres arbres reprend très difficilement; il est piqué paries insectes qui le font mourir ou le paralysent
vr Tiarrr sr ^in soi zits, H est rio^ rzic œcore xa '1 xnrrrre xn résultat iairH;;ff.iaric .îaizs rmrérrâir i* Lire ;:KsrTngr.:ti : ziei zue - mff AÎ Tir ie aioaBcr par lies jnr-s çn "smnircsc 1 resir bas. si kinne de îxanioe. Les znrrcTres s'-ncîiœxt ^ccs k s^L U dtoe ie^'jear Tt^fir ec le aicmE pcinr: il suzt iocic le semer au le r'ifrrrgr riarrc 1 a rrns ans; en a>us cas sâ gros* seur 3e ie^rirc r^ iêsasser ^?g*^ ±i pccce et sa hauteur ,TffiT rcesres à iegr rngyies et Jemi.
Ea illee irTiLte. il îiLir tiîre des tDSsés de deux mètres ie jr^irrrère 5;ir xa rcètrc de pcot ladeur et l*oo est s;lr de reu.'ygr psr li. zLi::ir3tz ca prend cinq à sir brins ^
tre du rossé, de sor^e qu'ca grossissant ils ne forment qu'une cépée , qu^iIs soient bien soudes et ne fassent qu'une seule souche: sur le bord du iossé il faut disposer des noîsetîtfs ou tous autres arbustes capables d'atteindre trois mètres de hauteur, mélao' gés avec des églantiers ou épines blanches des bois. Les jeunes plants, qui seraient à une distance d'un mètre environ des arbustes protecteurs disposés sur le bord du fossé, étant entourés d'un cercle de verdure, pousseraient facilement. Non seulemetit les arbustes protecteurs faciliteront la croissance du chêne, mais encore ils le prot^ront contre tous les accidents que pourraient occasionner les animaux et les maraudeurs.
Si l'administration forestière, d'après ces données, essayait de planter des chênes sur les grandes routes^ la réussite, je le garantis sur des expériences, serait
parfaite; on obtiendrait ainsi des sujets très robustes, ayant un feuillage fourni et d'un beau vert, qui serait d'un effet autrement heureux que celui donné par les ormeaux, les platanes et autres arbres misé» râbles.
Après la cinquième année les racines de ces petits chênes ont pénétré profondément dans la terre et elles s'étalent déjà sur un espace relativement étendu. Il faut choisir entre tous le plus beau sujet pour être conservé à demeure et détruire les quatre autres, à moins qu'on ne les conserve tous en cépée. Celui qui reste seul est entouré et soutenu par les arbustes; sur un tronc sans branches il monte droit, sa flèche tournée vers le ciel. Arrivé à la hauteur déterminée par la profondeur du sol végétal, les branches s'inclinent peu à peu à l'extérieur et finissent par toucher terre.
De chaque côté extérieur d'une allée droite, je suppose une bande de terrain de huit à dix mètres de largeur, sur toute l'étendue de l'allée; de-ci, de-là, d'une manière très irrégulière, en imitation des arbres en forêt, on placera des arbres avec des fossés tantôt rapprochés, tantôt éloignés les uns des autres afin d'imiter le fourré et la clairière. Dans tel fossé on mettra six brins, dans tel autre cinq, etc., jusqu'à un seul ; sur un nombre de quinze chênes on ajoutera un hêtre, un charme, un bouleau, un alisier, un châtaignier ou un autre arbre que l'on disposera dans le même fossé avec les chênes. Ce mélange d'arbres complétera l'illusion et fera un contraste charmant.
Aucun élagage ne sera pratiqué sur ces arbres, sauf à rintérieur afin de former Togive. Les arbres prendront au bout d'un certain temps un aspect très pittoresque, quelques-uns seront ornés de lierre et l'allée ressemblera, à s y méprendre, à un reste de forêt non exploitée. Cette allée incomparable donnerait une plus-value à la propriété dans laquelle elle se trouverait, car il n'en existe plus ou fort peu de semblables. Le paysage serait de toute beauté si elle aboutissait à l'entrée principale d'un château moyen âge ou de quelque belle habitation moderne.
L'ombrage du chêne est hygiénique et agréable, la teinte du feuillage est resplendissante au lever et au coucher du soleil ; de formation précoce, le feuillage ne tombe que très tard, certains chênes le conservent même d'une saison à l'autre. Le seul inconvénient du chêne, de peu d'importance comparé à ceux des arbres d'espèces différentes, c'est que tous les douze à quinze ans le feuillage est en partie dévoré par les chenilles processionnaires; elles portent leur préférence sur des arbres isolés en un terrain sec et exposé au midi; on en trouve très peu dans l'intérieur des forêts d'une certaine étendue, mais bien sur la bordure du bois et sur les chênes disséminés exposés à Pair et au soleil, ce qui facilite Téclosion. C'est là que les papillons nocturnes sortis de la chrysalide pendant le mois de septembre déposent les oeufs des futures chenilles processionnaires» Du premier mai au quinze ou vingt juin il ne serait pas prudent de rester sous l'ombrage du chêne avant que
les chenilles soient tassées, ce qui s'accomplit du quinze juin au dix juillet; groupées, fort serrées sous une branche ou une saillie quelconque pouvant détourner les eaux de pluie glissant le long de Tarbre, elles s'enveloppent, toutes réunies sous une même toile et se dévorent entre elles ; celles qui survivent forment la chrysalide d'abord et le papillon ensuite, qui sort du paquet par des trous faits comme à l'emporte-pièce. Les propriétés vésicantes que contiennent les dards et le fin duvet qui recouvre les chenilles produisent une poussière si fine et si légère que le déplacement d'une personne suffit pour la soulever en tourbillons invisibles, elle pénètre dans nos organes, cause des affections qui pourraient devenir graves; sur les parties externes on ressent des démangeaisons insupportables suivies d'ampoules pleines d'eau qui s'ouvrent par le frottement réitéré devenu obligatoire.
En la saison de leur évolution, alors qu'elles descendent d'un arbre en procession pour grimper sur un arbre voisin et y chercher leur vie, aucun ouvrier, quoique bien vêtu, la figure enveloppée et les mains gantées, ne pourrait résister plus d'une heure à l'échenillage. Il est curieux de remarquer ces insectes, disposés sur une bande de trois, cinq ou six rangs ; si l'on met obstacle devant les chefs de file, ceux-ci s'arrêtent et toute la bande reste immobile, attendant qu'ils se mettent de nouveau en marche, mais si Ton écrase les chefs de file, on voit alors les chenilles agiter leur tête en signe de détresse pendant quelques
secondes, puis se disperser dans toutes les directions, à la recherche d'autres chefs de file.
Pour revenir sur le sujet concernant le chêne, beaucoup de gens penseront qu'il met bien longtemps à devenir un grand arbre; c'est une erreur I En moins de vingt ans, le chêne, s'il est accompagné d'arbustes indispensables, comme je viens de l'indiquer, atteint en moyenne vingt centimètres de tronc, douze à quatorze mètres de hauteur et une envergure de branches de huit à dix mètres, quand il a assez d'espace.
Le morcellement des propriétés est absolument contraire aux lois de la nature, il est aisé de voir, et cela ne saurait échapper aux esprits perspicaces, que cet état de choses est arrivé à ses dernières limites. Que l'on veuille bien se souvenir des grands parcs et des immenses capitaineries de chasse mis en friches, morcelés et répartis ou vendus aux habitants des communes après la terrible révolution de 1793. En ce temps-là l'agriculture florissait, étant exécutée sur des procédés très conformes aux terres cultivées qui ne les épuisaient nullement comme les procédés violents employés aujourd'hui; la terre vierge de cette culture donnait ses biens à profusion.
A notre époque les bois ne sont plus en équilibre avec les terres forcées par la culture, dans laquelle entre des produits chimiques nuisibles, et toutes les places favorables à l'agriculture sont occupées et surchargées par les habitants.
La maladie de la vigne, des céréales, et la perte
de nombreux arbres à fruits, tenus en servitude, doivent être attribués à la disparition fréquente des forêts et à l'anéantissement presque complet des animaux qu'elles contenaient, en particulier aux oiseaux insectivores desquels dépendent toutes bonnes cultures et l'existence entière de l'homme. Qu'il survienne une nouvelle révolution sociale, le moindre trouble dans la régularité des saisons, quelques années de disette, et les choses anciennes, que je puis dire normales, reprendront leurs droits, si l'on n'y porte remède par de vastes reboisements absolument exigés par les lois impérieuses de la nature. Les terres du petit propriétaire ne lui fournissant plus de quoi subsister, malgré tous ses labeurs, abandonnées forcément par ceux qui les cultivent, briseront d'ellesmêmes les bornes et les clôtures qui les séparent et se rejoindront, de manière à refaire la grande propriété, qui est la seule vraiment belle et productive. Le tilleul du pays ou tilleul de Hollande est l'arbre formant les plus belles allées droites; il croît dans tous les terrains, secs ou humides, n'importe lesquels, pourvu qu'ils ne soient pas trop marécageux; sa conformation, comme grosseur, est régulièrement proportionnée à l'épaisseur de terre végétale dans laquelle il se trouve; même dans les climats les plus froids et à toutes les expositions, il pousse fort bien, parce qu'il est doué d'une constitution très robuste. La reprise en est toujours assurée, quoiqu'il soit transplanté un peu gros. Cet arbre magnifique nous offre tous les avantages possibles en tant qu'agré-
^ mr fs Triants -r:.— " -r^ 2T miaiiini Ls âsfet. îiès
p^^u^tiidii^^d, Z-s: irrr^ --rrir - n:?-rrt» -X ALée droite ^^ î^^TL^i li^ fiirjïsii': ji irriiL Frsaçi^ mainte-
l^ ^i :rt ±sr ^n 5±$ p.^ *:l-S irrres de nos tbféts,
»<^- ^s: r-- xin rlr-, iniïTaîii. respecté des
iflv: .:^ ccjÇoc Lssc- pisc et moachetée, sa
1 font ua des surets les plus utiles pour
^ation et l'agrénient d*une propriété. Les
ftftufc* composées de hêtres sont les plus belles après
celles du chêne, Tombrage fournit un air pur et vivifiant; le hêtre prospère dans tous les terrains pro* fonds, substantiels et légers ; l'exposition du Sud et celle du Sud-Ouest lui sont parfois funestes, à moins qu'il vienne spontanément de lui-même ; la reprise est assez difficile et sa grosseur ne doit pas dépasser quatre centimètres de diamètre. Tous les terrains en pente, dont le sous-sol est humide, schisteux, ainsi que les terres d'alluvion, lui sont favorables, tandis que les terrains caillouteux et secs ne lui valent rien. En Angleterre, en Hollande et dans l'Allemagne du Nord, le sol étant formé par la mer qui s'est retirée est très léger, riche en humus et mélangé de phosphate de chaux, produits des coquillages; le sous-sol constamment humide, de même que le climat, sont autant de bonnes conditions pour la prospérité du hêtre, aussi il atteint des proportions gigantesques et les allées qui en sont composées sont tout ce que Ton peut trouver de plus" beau.
Le châtaignier, en général, s'accommode des mêmes terrains et expositions que le hêtre : tous deux croissent côte à côte. C'est dans les terrains schisteux, tels que dans les Cévennes, qu'il vient le mieux ; la pierre pourrie, fissurée, mélangée aux racines, ne forme qu'un assemblage avec des crevasses par places, pleines de terre végétale, où les racines pénètrent profondément et se cramponnent solidement. Dans un sol si bien disposé, le châtaignier devient indéracinable et brave tous les ouragans qui ne peuvent que lui casser quelques branches.
Pendant la floraison, qui a lieu les premiers jours de juillet et qui dure quinze jours environ, sa teinte d'un blanc doré produit le plus charmant effet dans le paysage. Si Ton tient peu compte de la qualité du fruit, il est urgent de choisir des sujets venus à l'état sauvage, la greffe dénature le châtaignier qui s'atrophie, reprend très difficilement et reste pleureur avec des branches cassantes, attaquées par des chancres formant des points de rupture. Non greffé, pour peu qu'il soit bien déraciné et transplanté dans des conditions normales, la reprise est assurée et en peu d*années il atteint un développement prodigieux. Il n'existe aucune plantation donnant une plus-value à un domaine comme une châtaigneraie disposée à proximité d'une ferme ou dans l'intérieur d'un parc; rien ne peut mieux donner un cachet de richesse et s'harmoniser avec le paysage, à la condition que les branches basses de la châtaigneraie ne soient jamais éloignées les unes des autres et qu'on les laisse s'incliner en gracieux festons fleuris ou chargés de fruits. Si le hêtre a plus d'avantages et ressort mieux par son tronc, le châtaignier peut rivaliser avec ses branches et son tronc ressort bien aussi quand il se découvre de loin en loin. Une allée droite taillée dans la châtaigneraie formant l'ogive, avec de beaux points de vue à chaque extrémité, augmente sensiblement sa valeur.
L'orme à petites feuilles dit « tortillard », n'est tortillard que dans les terrains abrupts, ingrats et exposés à des vents violents et continuels ; dans les
terres calcaires profondes, il atteint une grosseur et une hauteur prodigieuses; quelques sujets sont ornés de lierre, leurs branches tortueuses sont grises au dessous avec le dessus et le tronc mousseux ; c'est un assemblage qui ne manque pas de pittoresque.
L'orme se contente de toutes les expositions, mais s'il a été transplanté un peu gros, bien que les deux premières années feraient croire à sa reprise, la végétation n'est ique factice, il meurt ensuite ou reste atrophié pendant quelques années encore. Sa grosseur ne devrait pas dépasser quatre à cinq centimètres de diamètre au moment où on le transplante.
L'orme à grandes feuilles ressemble au premier, sa croissance est un peu plus rapide, mais il est moins susceptible d'atteindre une grande longévité; arrivé à un âge un peu avancé, quoique plein de vie encore, il est rongé par les chancres sur ses principales branches, souvent sur le tronc, et cela cause des points de rupture qui lui sont très tunestes ; il n'est pas rare de constater, après un orage, que des ormes à grandes feuilles sont brisés sur le tronc même, uniquement par l'affaiblissement du bois qui n'était plus en rapport avec le volume des branches, et dont la rupture a été déterminée par le chancre.
Le marronnier des Indes, connu depuis un temps immémorial à Constantinople, à Vienne vers la fin du XVI°e siècle, à Paris dans le Jardin Royal, au XVII™« siècle, et répandu au XVIII™« siècle dans toute l'Europe, a un ombrage froid, humide et très malsain pendant les mois de mai, juin et mi-juillet;
après ce temps-Li le» èrnacat: 3ns ôëleièrcs du sol ctaoi CTaporëes s'il survient des grandes chaleurs non interrompues par des pl-ies ponrant faire renaiire les miasmes, l'ombra^ évaporé du marronnier est le plus salubre de tous les ombrages; c'est le seul qui onre un asiie supportable et bienfaisant pendant les chaleurs torrides.
Au printemps, après quelque exercice violent, alors qu'on est fatigué et en moiteur, on doit éviter 1 ombrage du marronnier et ne point s'installer dessous; si Ton commet l'imprudence de s'y reposer, avec l'air glacé du dehors, et le centre de gravité refroidi par le siège de fer sur lequel on est probablement assis (siège dont l'invention est très défectueuse), on est sur d'en sortir en emportant un germe de refroidissement suivi peut-être d'une grave maladie. De plus, les marrons pesants et durs comme la pierre peuvent blesser les personnes et surtout les enfants qui ont la tête nue, s'ils tombent de toute la hauteur de Tarbre.
Dans les logements à couvert sous des marronniers ou autres arbres groupés et donnant un ombrage très compaa, la température est régulièrement la même en toutes saisons, l'air devient nitreux, épais^ lourd et extrêmement humide; les habitants ont le sommeil difficile, hanté de cauchemars, souvent interrompu et sont réveillés dans une sueur singulière produisant des vapeurs glacées, leurs membres parais^ sent ankylosés, Testomac oppressé, la bouche pâteuse, les gencives atteintes comme si les dents devaient
sortir de leurs alvéoles. Même les personnes ayant une bonne santé sont alors atteintes par des fièvres intermittentes, des indispositions diverses, les chairs deviennent molles et aqueuses, le teint se décolore. Les enfants surtout, qui sont nés dans de telles conditions, s'atrophient sous Tombrage des grands arbres, deviennent souvent difformes, restent toujours souffreteux et grandissent peu.
Les exemples sont nombreux et très visibles ; tout observateur peut aisément les vérifier.
Les appartements ombragés par de grands arbres, quoique élevés et bien aérés, donnent naissance à des moisissures et à des champignons qui se collent sous les parquets, aux planches, et qui donnent au bois une couleur équivoque ; les murs deviennent nitreux et se couvrent de grandes taches qui ressemblent à celles de l'huile; la toiture, quelle que soit sa consistance, est bientôt envahie par la mousse, les lichens, et les tuiles sont rapidement désagrégées par l'action mordante de ces parasites.
Le marronnier est le plus dangereux, sous ce rapport, de tous les végétaux.
La prudence exige que tout grand arbre pouvant projeter son ombrage à une grande distance, soit éloigné de cinquante mètres au Sud de l'habitation, et à trente mètres seulement au Nord et Nord- Ouest, l'ombrage, de ce côté, étant peu projeté, selon la disposition des lieux ; il devient alors bienfaisant, et évite la réverbération du soleil couchant qui surchauffe les appartements. Si le soleil levant est utile
aujc végétaux, il ne Test pas moins au genre humain.
Les Romains nous ont transmis un dicton fort juste : « Où le soleil ne va pas, le médecin y va ».
Le peuplier blanc de Hollande grossit très rapidement, le déclin est non moins rapide que la croissance, sa reprise est des plus sûres; dans les terres d'ai lu viens profondes et légèrement humides dessous, en moins de vingt ans il atteint une hauteur prodigieuse, mais sur les coteaux et les pentes abruptes dont le sol est sec, pierreux et peu riche en substances nutritives de son goût, il arrive à Tétat de broussailles misérables, faites de ses rejeton s sortis des racines, qui ont l'inconvénient d'envahir les prairies. Cet arbre gracieux, orné de son feuillage argenté, fait un contraste avec l'uniformité des bois de chêne et des arbres résineux, il ne dépasse guère soixante à soixante-dix ans d'existence; les végétaux poussent assez bien sous son ombrage élevé et peu fourni. On pourrait disposer des plançons de chêne dans le même fossé que les peupliers blancs de Hollande, au moment de la transplantation, et les petits chênes deviendraient tortueux, difformes, l'ensemble n'en serait pas moins joli et ils remplaceraient les peupliers blancs*
En i863, au château de L. . ., près de Villefranche (Rhône), existait une longue allée droite sur des terres en culture, qui était composée de peupliers blancs de Hollande; ces arbres étaient devenus énormes, l'ombrage qu'ils projetaient au loin ainsi que
les rejetons sortant des racines, devenaient nuisibles aux récoltes de M. le comte de L. Le propriétaire les fit abattre et en retira des masses de planches; lors de la transplantation, on avait mis ensemble des blancs de Hollande et des petits chênes en plançons ; en i863, les plus forts mesuraient vingt-cinq centimètres, ceux qui avaient pu librement monter étaient hauts de douze mètres, tous les autres étaient petits et tordus. Les racines des peupliers font des galeries très étendues, spacieuses, et leurs dépouilles sont très substantielles; les chênes, qui avaient souffert du couvert, ont été largement rétribués par leurs racines, qui ont pris la place toute tracée de celles des peupliers.
Aujourd'hui, cette allée de chênes est magnifique, elle paraît avoir été taillée sur un reste de forêt.
Le frêne, ainsi que le châtaignier, devraient être surnommés « les indéracinables », en raison de leurs racines profondes, inextricables, très ramifiées et garnies de touffes d'innombrables chevelus dont ils sont porteurs; le frêne en particulier, quoique la reprise soit certaine, doit être garanti de l'atrophie, il faut, pour cela, qu'il soit transplanté tout petit; l'ombrage du frêne est fort clair et souvent des interstices au travers des branches permettent à quelques rayons de soleil d'y pénétrer. Le plein développement de cette essence, précieuse en industrie, dont la croissance est très rapide, ne s'accomplit que dans les vallées basses et humides.
Le noyer, originaire de l'Orient, cultivé en Europe
depuis des siècles, acquiert son entier développement dans les terres mises en culture. Planté, isolé disséminé, mieux encore par groupes, il orne les champs.
Dans les prairies calcaires, profondes, irriguées avec des eaux fécales, il atteint une grosseur étonnante.
Quelques-uns des noyers de Bois-de-Vaud-Delessert, près de Lausanne (Suisse), qui sont de la sorte irrigués, mesurent, en branches, quarante mètres d'envergure.
L'ombrage glacé, sec, du noyer n'est point tempéré par une humidité vaporeuse comme celle du marronnier; il fournit un excellent abri aux ouvriers et aux bestiaux occupés à la culture des champs, mais il est prudent d'y rester le moins possible et de ne point s'y endormir après avoir mangé. La reprise est facile, si la grosseur ne dépasse pas quatre centimètres de diamètre, la croissance rapide, l'abondance des noix, le bois de plus en plus recherché pour l'industrie, sont des avantages qui doivent obliger à le mettre en culture, lorsque le sol et le climat le permettent. La plantation de noyers, bien disposée comme richesse et beauté, ne le cède en rien à la châtaigneraie.
Les peupliers suisses, les pyramidaux d'Italie, ainsi que les saules blancs, composent de belles avenues quand le paysage l'admet; par exemple à proximité d'un moulin, au fond d'une vallée, avec cascades* rivières, lacs, etc.
Tout autre arbre que ceux que je viens d'énumérer
ne peut les remplacer; la nombreuse famille des érables, bouleaux, charmes, aulnes, alisiers, n'ont pas la hauteur et le pittoresque nécessaires pour cet usage; ce sont des sujets secondaires que l'on peut grouper à titre simple d'auxiliaires.
La largeur d'une allée et la distance des arbres doivent être proportionnées à la profondeur substantielle du sol ; si la terre végétale mesure un mètre de profondeur, les arbres seront disposés à huit mètres de distance, et la largeur de l'allée devra avoir dix mètres ; si la terre substantielle a soixante centimètres, la distance des arbres devra avoir six mètres et la largeur de l'allée huit mètres ; la troisième et dernière qualité de terrain ayant trente à quarante centimètres de terre végétale, la distance des arbres aura alors quatre mètres de largeur, l'allée six mètres.
En disposant sur ce dernier emplacement les arbres à la même distance que sur le premier, en raison du peu de profondeur de terre végétale, les arbres resteraient pour ainsi dire isolés, il serait impossible aux branches de pouvoir se rejoindre, ni de former l'ogive, l'allée serait seulement ombragée par places, les arbres ne pouvant atteindre la hauteur et la largeur nécessaires pour couvrir toute l'étendue que Ton aurait voulu ;de même sur le premier emplacement, avec un mètre de terre végétale, si l'on disposait les arbres à quatre mètres de distance et la largeur de l'allée à six mètres seulement, les arbres ne pourraient atteindre tout leur développement, k plupart auraient leurs branches étiolées,
le tronc mince et élancé, les plus vigoureux tueraient les faibles et il en résulterait des brèches irréparables.
L'allée n'ayant qu'une largeur insuffisante de six mètres, les branches^ sur une étendue aussi restreinte, ne pourraient librement s'étaler, et seraient torcées de chercher l'air et l'espace à Textérieur, les arbres perdraient l'équilibre sous le poids des branches qui les feraient pencher du même côté ; ces résultats défectueux peuvent être constatés sur de nombreuses allées symétriques et méritent l'attention des personnes chargées de les transformer en plantations nouvelles.
Les arbres destinés à être disposés en groupes disséminés sont greffés, pour Ja plupart, sur pied, la reprise est généralement facile, maïs un grand nombre sont de peu de durée, bien que le sol et le climat soient à leur convenance. Quant aux essences exotiques, un hiver rigoureux, précoce et humide, en tait disparaître les neuf dixièmes, malgré toutes les apparences de vigueur que les fournisseurs savent leur donner pour la circonstance, Tacquéreur court les risques d'amères déceptions, qui peuvent être un peu diminuées en se conformant à la liste suivante de feuillus conifères indigènes mélangés aux essences étrangères.