‹ Le forestier: expériences et consils pratiquesChapitre 2 sur 12 · MARCH · texte numérisé non relu

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emplacement privilégié un peu éloigné de ses adyersaires ; les racines pénètrent profondément dans le sol, la souche atteint un diamètre considérable qui tient à distance les végétaux adverses parvenus à l'âge de maturité. Les ramifications du châtaignier ne pouvant plus absorber toute la sève que fournissent ks racines, plusieurs brins surgissent au bord du périmètre de la souche mère, les dépouilles du premier châtaignier contribuent à nourrir les brins nouveaux qu'il ne faudrait pas supprimer afin de laisser monter la sève sur le vieux châtaignier malade; autrement les suites en seraient fort défectueuses, ce ne serait plus qu'une végétation tourmentée à laquelle les chances de lutte pour l'existence seraient fort diminuées, sans que ce dernier reprît plus de vigueur; la souche grossit en diamètre par le rapprochement des maîtresses racines qui se soudent et forment un amas de bois sur une étendue considérable. La communication des racines avec les branches se démontre si bien que les brins, en grossissant, se rapprochent et se soudent pour ne faire ensuite qu'un tronc colossal surmonté de puissantes et nombreuses ramifications ; c'est ce qui explique la grosseur fabuleuse du célèbre châtaignier du Mont Etna, en Italie, que les naturalistes supposent âgé de plus de mille ans et dont la masse du tronc ne serait formée que par des brins soudés.

Dans la forêt, les dépouilles du bois mort et des herbacés facilitent l'introduction de l'eau de pluie dans le sol, goutte à goutte, retenue comme dans une

éponge, qui abreuve les racines des végétaux; la fraîcheur étant ainsi maintenue, Tévaporation ne peut s'échapper que sous l'action absorbante des brins en végétation.

Les galeries des insectes sont autant d'artères distribuant les eaux de pluie en tous sens, en parties égales, comme les veines distribuent le sang dans le corps des êtres animés. Les eaux tombantes par des orages torrentiels ne peuvent descendre et ravager la plaine cultivée, elles sont arrêtées par le tissus inextricable des racines du bois et prennent lentement le chemin du souterrain, conduites et fort bien irriguées par les galeries des insectes, taupes, rongeurs, etc. Ce sont ainsi des réservoirs naturels, des fontaines qui sont alimentées sans intermittence. Ces eaux d'orage en quelques heures auraient raviné la montagne non boisée; par contre elles mettront plusieurs semaines à s'écouler dans la source qui abreuve les habitants de la plaine après avoir abreuvé la forêt protectrice. Les galeries d'insectes et de rongeurs sont sans cesse éboulées ou obstruées par l'humus que les chevelus des racines absorbent pour leur nourriture dans l'intérêt de leur conservation, tous ces petits animaux travaillent et creusent de nouvelles galeries sur les mêmes proportions que celles qui sont disparues, de telle sorte que la terre est continuellement améliorée sous la couche de débris de feuilles et de bois mort. Aucune graine ne pourrait germer et prendre racine, les glands, les châtaignes, faînes, etc., qui ne peuvent être transportés par le vent en raison

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de leur grosseur et de leur poids, si les oiseaux et les rongeurs, perchés sur des arbres, possesseurs de ces fruits, ne les laissaient parfois tomber sur le sol et donner ainsi naissance à un brin nouveau. La plupart des fruits, les gros du moins, que je viens de nommer, mûrissent et se détachent avant les feuilles mories qui les couvrent après leur chute d'une couche épaisse, de cette manière, abrités de la gelée, cachés aux yeux des rongeurs, maintenus dans une température tiède, ils peuvent facilement germer au printemps suivant.

Rien de semblable ne pourrait s'accomplir sur un terrain auquel les matières fécondantes feraient défaut. Le geai, très friand de gros fruits, surpris ou poursuivi par un oiseau de proie, est obligé de pousser un cri d'alarme qui le force à ouvrir le bec, le truit qu'il tient tombe dans une haie vive, buisson d'épines ou hautes herbes. Souvent à une grande distance de la forêt, les oiseaux sèment les graines de frênes, d'alisiers, d'érables, de sorbiers : telle est la provenance des arbres disséminés sous lesquels nous nous mettons à l'abri. C'est aux oiseaux, les amis du forestier, que nous devons cet ombrage délicieux, indispensable au repos du voyageur fatigué par la marche sur les routes poussiéreuses.

Afin de maintenir la fraîcheur dans le sol, les jardiniers font une litière de feuilles, le plus souvent avec du fumier, au pied de chaque arbre nouvellement planté. Ce paillage artificiel, en imitation de la couche de feuilles mortes de la forêt, assure la reprise des arbres.

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Souvent, sous prétexte de propreté, le propriétaire laisse faire ses gens ou donne l'autorisation d'enlever de ses bois d'agrément les feuilles et les débris de bois mort. Des hommes invalides et pauvres, autre fléau de la forêt, ratissent, cassent, broyent et coupent les plus beaux brins et les plus flexibles; leur choix est de préférence porté sur le chêne, le châtaignier, à cause de la flexibilité du bois qui est le plus propice pour des liens. Ces brins, venus de semis, auraient produit de grands arbres, mais peu importe à ces gens inconscients de leur œuvre, ils serviront à lier le fagot de bois dépouillé à la forêt, qui sera rendu à domicile péniblement porté sur l'échiné. Sa valeur ne pourrait guère dépasser huit à dix sous quand, toutefois, le fagot atteint cette somme pour laquelle on a dépensé une journée entière; employée à faire un travail de meilleur aloi, cette journée aurait sûrement rapporté le triple, mais qu'importe, le pillage est une œuvre si douce et si attrayante chez les gens qui en ont contracté l'habitude.

Si l'on ne supprimait pas les sous-bois et le bois mort qui leur servent de retraite, les feuilles détachées desi arbres, chassées par le vent, ne viendraient pas se réfugier sur les pelouses et dans les massifs de fleurs, elles ne sortiraient jamais de la forêt.

Peigné de ses détritus, le bois devient languissant,les arbres un peu âgés dépérissent dans un petit nombre d'années, de grosses branches meurent sur les arbres précédemment très vigoureux. La poussée de l'année est irrégulièrement répartie

aux ramifications, le feuillage devient grêle, la teinte équivoque ; ce sont autant de signes irrécusables démontrant le dépérissement du bois. En temps de pluie, Teau fuit sur le sol qui se durcit, elle y pénètre difficilement et en quantité insuffisante, puis s'évapore dès les premiers jours de chaleur; de larges et profondes crevasses ouvrent la terre et mettent les racines à nu; dans ces conditions elles ne peuvent alimenter les branches avec lesquelles elles sont mises en corrélation. Point de brins pour remplacer les arbres morts de vieillesse : les plus vigoureux ne peuvent prendre racine, écrasés ou arrachés par le râteau, les pieds ou les voitures de vidange. Les oiseaux disparaissent, ainsi que le gibier, ne trouvant plus de buissons fourrés pour abriter leurs nichées; en même temps tout charme et toute poésie partent avec eux... la forêt ne représente plus que la mort, la désolation et le maraudage déguisé.

En été, de suite après la pluie, si l'on coupe une brassée de brindilles feuillées et qu'on l'étende de manière à couvrir le sol pendant quatre ou cinq jours si on enlève cette litière, la fraîcheur au-dessous y sera maintenue tandis que toute l'étendue du sol dépouillé des débris de feuilles et de bois sec, reste dans une extrême sécheresse. Le lecteur peut constater ce fait par lui-même, il sera convaincu, je n'en doute nullement que l'on ne dépouille pas impunément les bois de leurs substances nutritives. Outre les débris, les sous^bois de n'importe quelle espèce sont indispensables pour prot^cr les semis de l'ar-

deur des rayons du soleil, de plus ils les empêchent d'être piétines ou broutés par les animaux. Sans les sous-bois protecteurs et les hautes herbes mélangées aux feuilles qui les cachent, aucun semis ne prendrait racine; les meilleurs auxiliaires sont les ronces, églantiers, troènes, chèvrefeuilles, viornes, boulesde-neige et les hautes épines de tous genres.

On ne voit jamais un semis quelconque isolé pousser sur un sol net, dépourvu de hautes herbes et de débris; c'est au milieu de ceux-ci que le semis montre sa flèche garnie d'un opulent feuillage, et aussi dans les clairières de forêt, dans les terrains vagues, sur les glacis d'un fort. Aucun repeuplement n'aurait lieu sans les sous-bois. Quand les brins sont devenus assez vigoureux pour se protéger eux-mêmes, qu'ils couvrent le sol de leurs branches, les sous-bois disparaissent et reviennent le protéger dans sa vieillesse comme ils l'ont protégé dans sa jeunesse. Les feuilles du voisinage, chassées par le vent, viennent se réfugier dans les sous-bois dont le mélange avec les herbes contribue à former la substance nutritive première aux semis et aux sous-bois, absolument indispensable lorsqu'ils sont embryonnaires. Soit par drageons, soit par graines, les sous-bois se reportent en plein air où les semis les suivent. Les végétaux qui ouvrent la marche en étendue de forêt sont les hautes herbes d'abord, puis les ronces, armées (^'épines en crocs très aigus. La poussée de l'année, en bordure de buisson haute de un ou deux mètres, est impénétrable aux animaux. Sitôt le printemps

venu. la poussée suÎTante commence à se faire; les extrémités de la première s'Inclinent à terre, prennent racine et forment des arcs-boatants inextricables iiir le haut desquels il pousse des rejets très serrés où Ion ne s*a<renture pas impunément; les animaux le saTent fort bien et ce ne sont que de jeunes imprudents auxv^uels Texpérience fait défaut qui s'y hasardent et en sortent ensanglantés. La génisse laisse aux ronces les crins de sa queue et des poils de sa robe : le crin devient la charpente du nid des petits oiseaux, le poil fait aussi le duvet et cela forme la plus mœlleuse couchette destinée à la nouvelle couvée. Les chardonnerets et les loriots tapissent leur nid avec la laine douce et frisée des agneaux. C'est derrière ce rempart de verdure hérissé d*épines que sont abritées les couvées des rossignols, fauvettes, linottes, etc., contre les carnassiers et les dénicheurs.

Dégarnir» éclaircir les taillis et les futaies, est une opération défectueuse lors même qu'elle serait exécutée par le plus habile forestier; dans les conditions ordinaires où ces éclaircies sont pratiquées, le mal empire à tel point qu'il s'ensuit la ruine prochaine de la forêt. Cette délicate opération est confiée à des manœuvres généralement payés à tant le cent de fagots, leur intérêt est de couper du bois autant qu'ils peuvent. Le bûcheron n'est qu'un instrument inconscient de ces sortes de travaux; s'il empire le mal dans la forêt qui lui est confiée, j'estime qu'il n« saurait en rien être responsable.

Telle souche porte deux brins ayant la même gros-

seur en apparence, la vigueur parait exactement la même, cependant le feuillage du premier est légèrement chlorose, or tout sujet atteint de la chlorose ne saurait longtemps exister et disparaîtrait; l'autre brin a la tendance de tout absorber la sève des racines et devenir arbre. Tout sujet frappé de maladie ne peut être guéri si le bon brin est coupé; celui qui est laissé seul absorbera un peu plus de substance nutritive qui lui donnera une fausse apparence de vigueur, ses pores et tout son être morbifiés corrompent la sève en circulation; de gros insectes, et en plus. grand nombre que précédemment, opèrent une vive réaction par les trous multiples qu'ils pratiquent sur l'arbre malade dont la mort pourrait avoir lieu en août ou septembre.

La souche, ainsi privée de son bon brin doit à son tour disparaître; il repoussera bien, il est vrai, des nouveaux rejets mais ils ne pourront jamais atteindre la hauteur du bois dont les branches latérales s'étendent peu à peu et prennent l'espace qui était occupé par les deux brins et sont étouffés sous le couvert. Telle autre souche a trois brins : un des trois doit disparaître; les deux autres, destinés à demeurer, doivent former deux arbres reliés du pied. La main du forestier le plus habile peut frapper un des deux bons brins; celui qui est vigoureux reste en compagnie de celui qui est malade et l'ensemble produit une végétation tourmentée sur la souche qui peut difficilement se défendre par suite de la perte du brin amputé qui lui maintenait l'emplacement néces-

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Bien que ces nouveaux rejets évitent l'évaporation de rhumidité et la dissolution de Thumus, les premières chaleurs ont tellement surchauffé les terres et surpris les arbres restant debout, isolés, habitués qu'ils étaient à la fraîcheur et protégés réciproquement par leurs voisins, que l'on ne doit pas être surpris qu'un certain nombre meurent complètement dans la deuxième ou troisième année qui suit la révolution ; les plus vigoureux ne peuvent être rétablis qu'à la suite de nombreuses années ; on retrouve la flèche morte du chêne réduite en chicot, entourée de plusieurs branches vigoureuses; si l'arbre est jeune encore, la plus belle a tendance de reformer la flèche disparue.

Le bois mort et le bois vert que Ton supprime d'une façon si intempestive ne paye point les frais de main-d'œuvre. Laissé à la forêt, il aurait, dans une mesure très large, contribué à la prospérité des sujets à demeure, choisis par la nature; le bois mort et le bois vert soutiennent les branches et les font monter, les brins sociables et serrés ont besoin d'être réciproquement soutenus ; privés de leur point d'appui, isolés, après une éclaircie, sous le poids du verglas, du givre et de la neige, ou poussés par le vent, la plupart sont inclinés sur le sol comme des arcs-boutants, plusieurs sont brisés et presque tous ont leurs fibres désagrégées ; ils ne se redressent qu'imparfaitement eux-mêmes, un nombre considérable, les plus beaux, sont atteints par des écoulements de sève absolument incurables et deviennent impropres

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à faire des bois de service; ils sont refusés par les industriels.

Dans une pineraie semée à la volée sur un sol sablonneux, net de toute végétation forestière, si toutes les graines de pins réussissent, tous les semis poussent ferme, épais comme des chenevis, aussi une éclaircie plusieurs fois répétée tous les quatre ans est absolument nécessaire ; les pins devenus à peu près tous égaux en vigueur et en hauteur, un bien petit nombre est atteint mortellement. Les arbres de Tessence existante ne vivant point sur les dépouilles de leurs semblables, il n'y a entre eux aucune lutte pour l'existence; toutes les branches sont régulières, aucune ne s'écarte de la symétrie comme chez les arbres feuillus à essences diverses.

Les pins très serrés, obligés de chercher Tair et le soleil, s'allongent d'une façon démesurée; ce ne sont ensuite que des perches très minces, à l'extrémité desquelles il n'existe qu'un petit bouquet de verdure que le vent ou la neige inclinent et agitent sans cesse. Quelque peu incliné au bout d'une si longue perche, le bouquet de verdure fait levier, ébranle les racines, mises dans l'impossibilité de s'étendre et de s'enfoncer profondément en terre, n'ayant qu'un emplacement fort restreint, dans un terrain sablonneux et mouvant, sans base étendue et solide.

Les pins parvenus aux trois quarts de leur hauteur, pris en tourbillons par un orage en de vastes emplacements, sont tous renversés sur le sol avec leur motte de terre, qui ne mesure pas plus d'un mètre ou

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deux d'étendue. Souvent des pineraies de pure essence sont entièrement anéanties pour cause de négligence d'éclaircies opportunes.

Après une éclaircie raisonnée et progressive, à la croissance des sujets que l'on choisit à demeure, ceux-ci étalent peu à peu leurs branches et leurs racines qui s'allongent et pénètrent dans toute la profondeur de la terre végétale ; les racines reposent sur une assise large et solide, le tronc est porteur de branches basses, et la cime est terminée en forme de pain de sucre.

Les pins ne peuvent être pris au dessous de leurs branches basses touchant le sol par aucun orage, car il est bien reconnu que ni le vent ni les projectiles n'ont autant de prise sur un objet de forme cylindrique comme sur un objet carré ou concave. On a donc tout avantage d'éclaircir les pineraies qui ont été semées de main d'homme^ mais jamais celles venues par elles-mêmes. Les pineraies bien aménagées doivent acquérir une plus-value considérable. Si, dans l'intérieur, il existe quelques buissons ou bouquets d'arbres, on doit soigneusement les conserver, parce qu'ils servent de limite au vent d'orage et sont destinés au repeuplement de leur espèce qui remplacera la pineraie artificielle à mesure qu'elle disparaîtra, ce qui ne saurait être de longue durée. En ce qui concerne les bois feuillus, le meilleur mode d'exploitation, le plus simple et le plus pratitique, comme le plus rationnel^ communément mis en usage, c'est la très haute futaie que l'on coupe à

Cia^c àès sa mariirric sac: ses porte-graiiMS que ro3 réscrre de Icia ca kxa en tdc de la repro-

Les courbants que Ton serait tenté de supprimer ft Ton fait des éclairdes, prodoisent on effet très pfSroresque par suite de leur consdtutîoa fantasque, îb sont non moins rigoureux que les sujets bien droits; comme ces derniers, ils sarent très bien se crétr chacun une place au soleil et forcent ceux-ci à ciemeurer dans la droite ligne dont ils ne peuvent plus s'écarter tant que les courbants sont debout; ils ont plus de valeur en industrie de bateaux dont les courbes sont employées à la construction extérieure.

On comprend par futaie une plantation artificielle ou naturelle dont chaque arbre est franc de pied; comme la souche meurt après la coupe, la régénération s'opère d'elle-même par semis et par les brins à l'état latent qui poussent rapidement sitôt qu'ils sont à l'air; le taillis diffère par le rapprochement de la coupe qui a lieu tous les vingt-cinq ou trente ans; la régénération s'opère sur la souche-mère et les racines, ainsi que par des semis qui remplacent les souches épuisées.

La nécessité du bois de grande dimension fait abattre presque toutes les hautes futaies avant leur maturité; la rapacité, les bévues et l'ignorance marchent de pair, entourées de vaines déclamations dans lesquelles on répète souvent le mot de progrès, comme si nos ancêtres étaient des imbéciles; vraiment c'est peu

flatteur pour leur mémoire I Que penseront les générations futures quand elles trouveront des forêts ruinées par suite du mauvais régime qui leur est appliqué aujourd'hui de toutes façons par nos maîtres forestiers !

C'est le taillis simple, le taillis composé et le taillis sous futaie, auxquels on fait subir autant de régimes bâtards par lesquels on tourmente les forêts.

Le taillis simple^ en moins d'un siècle, épuise les plus belles forêts, les arbres résineux ne le supportent point; parmi les arbres feuillus^ le bouleau, le hêtre, l'érable disparaissent après deux ou trois révolutions ; le taillis composé et la futaie sont un mélange d'arbres de tout âge, au dessous desquels il pousse une broussaille des plus misérables, que l'on exploite. Pour vouloir trop, on n'obtient rien ; les arbres gênent le taillis qui à son tour gêne ceux-ci. Il faut donc être doué d'oine foi robuste pour croire que de semblables régimes laisseront aux générations qui viendront après la nôtre, de belles forêts comme les générations passées nous en ont laissées ; soyons donc francs, mettons-nous en face de la vérité, répétons-la bien haut et que les gens de bonne foi l'entendent, veuillent bien la comprendre et ne point se laisser leurrer par de vaines illusions. Nous marchons à pas de géant vers la ruine de nos forêts I

Dans un taillis d'aulnes et de frênes mélangés, la coupe ne doit jamais dépasser huit à dix ans; les brins devenus trop forts, presque des arbres, le péri-

mètre de l'entaille sur la souche pourrait difficilemeût être cicatrisé. Dans les fonds humides, les souches meurent en se décomposant par suite de l'humidité au milieu de laquelle elles sont ensevelies. En Hollande, pays humide, les souches de taillis ne sont guère élevées qu'à 5o centimètres au-dessus du soL

Dans les terrains élevés, pierreux et secs, la croissance du bois est très lente et la coupe ne doit avoir lieu que tous les trente ou trente-cinq ans; le bois est bien supérieur à celui de la plaine et surtout à celui des bas-fonds; le grain en est fin, les pores très rapprochés et la consistance en est telle que les insectes ne s'y attaquent que difficilement.

Débité en bois de chauffage, il donne une flamme vive et belle, laisse des charbons très ardents^ une chaleur intense, agréable et sans odeur acre comme les bois de la plaine et des vallées humides.

Couper le taillis dès le commencement de la chute des feuilles, aux environs de la Saint-Martin, n'est pas sans danger; le bois, en ce temps-là, n'a pas atteint sa maturité ; bien que la circulation de la sève ne soit pas apparente, elle existe néanmoins jusqu'aux premiers grands froids qui l'arrêtent entièrement, alors la vie en apparence cesse d'exister. Il serait nécessaire d'attendre quelques semaines. Le froid ayant refoulé la sève dans les racines, au printemps suivant, les rejets des souches atteindront une plus grande vigueur. Un hiver, même peu rigoureux, gèle et fait fendre les souches, s'il ne survient à point

une couche protectrice de neige qui les abrite contre le froid. En amoncelant des feuilles mortes sur les entailles de chaque souche, elles ne risquent pas d'être gelées, si toutefois le vent n'emporte pas les feuilles. Tout forestier expérimenté sait que la meilleure coupe est celle du printemps, les souches ne. peuvent être gelées ni atrophiées par une longue sécheresse; la nouvelle poussée s'accomplit vigoureuse et plus haute que celle du bois coupé en automne.

Le chêne est l'essence dominante des forêts de l'Europe tempérée^ dans les plaines et sur les plateaux. La beauté de son port, sa cime élevée, imposante, majestueuse, ses branches tordues, coudées, étalées^ sont faites pour dominer et lui ont valu le titre de « Roi de la Forêt )►.

Pour la bonne croissance du chêne, il est indispensable que le pied soit tenu sous un couvert très épais pouvant conserver la fraîcheur. Toutes les branches basses des arbres à l'intérieur d'une iutaie disparaissent sous le couvert, étouffées par les branches supérieures ; le tronc sans branches représente le tiers de la hauteur totale de l'arbre, si l'arbre a douze mètres, c'est quatre mètres net sans branches et dix mètres si l'arbre en a trente. La hauteur est régulièrement conforme à la profondeur des terres végétales plus ou moins riches en humus.

L'ombrage clair, chaud et élevé du chêne n'est pas suffisant; le vent et le hâle y pénètrent aisément; la nature supplée à ce côté faible par l'érable cham-

pétre, l'alisier, le hêtre, le néflier, Téglantier, le houx hautes épines, et autres arbustes qui s'accommodent et recherchent le couvert du chêne ; le peu d'espace et de substances nutritives utilisées à l'entretien de ces menus végétaux ne pourraient en rien être nuisibles aux futaies de chênes ; ce sont des auxiliaires raréfiants absolument indispensables à la prospérité des hautes futaies qui attendent leur disparition pour prendre leur place.

En plus de la fraîcheur que maintiennent les essences secondaires^ leurs feuilles et dépouilles mélangées à celles du chêne constituent un aliment nutritif, c'est un grand avantage de la futaie entière. Par besoin de quelques pièces de bois, il est bien rare que les propriétaires n'anticipent point sur leurs revenus forestiers; d'après le mauvais exemple de nos forestiers de l'Etat, ils font opérer depuis peu des éclaircies périodiques en notre beau pays de France. C'est une mode qui passera comme tant d'autres, espérons-le ! En attendant, les étrangers feront bien de ne pas l'adopter.

Après la suppression des auxiliaires que je viens de mentionner, la végétation est frappée de maladie, de grosses branches, en grand nombre, sèchent sur les arbres à demeure; c'est un signe de dépérissement ou de ralentissement de croissance, donc perte d'argent pour le propriétaire imprudent qui laisse toucher à ses bois par des mains cupides et inexpérimentées. Ces résultats si déplorables peuvent échapper aux personnes étrangères à la forêt.

 part les éclaircies de pineraies traitées plus haut, toutes autres éclaircies ne sont que le résultat de l'insouciance, du laisser-aller du forestier et du propriétaire. La grandeur et la beauté sauvage de la forêt vierge, la végétation luxuriante d'une forêt non exploitée, exempte de maraudages seulement depuis un demi-siècle^ sont des points de comparaison plus que suffisants pour faire rentrer sous terre tout argument en faveur de ces abominables éclaircies; les forêts ne demandent que la solitude, la nature peut se passer de l'aide des forestiers. On constate des éclaircies opérées sur de vastes étendues dans nos forêts, exécutées par les ordres des forestiers de l'Etat.

Messieurs les conservateurs et inspecteurs, en compagnie d'un noble châtelain ou d'un riche financier, peuvent aisément se livrer au plaisir de la chasse, qu'un de ces messieurs aurait louée, et lancer le chevreuil, traquer le sanglier. Les quelques tubercules et maïs que ce dernier aurait pu dérober sont de peu d'importance en comparaison des dégâts commis sur les bois pour le capturer.

Je constate avec plaisir que dans la plupart des cantonnements les porte-graines sont fort bien répartis; dans les bois des particuliers il n'en est pas de même, on les répartit d'une façon très irrégulière, étant confiés à des gardes ou à des bûcherons, ces gens ignorent et ne connaissent pas ou peu la physiologie des végétaux et ne voient de bien que le chêne sur lequel ils opèrent le balivage en des proportions démesurées.

Ainsi le tremble, qui ne vit jamais au delà de cinquante ans, mis en taillis pendant cet espace de temps relativement court, fournit autant, si ce n'est davantage, de bois que le chêne dans le même intervalle. Le hêtre, le châtaignier, le charme, le bouleau, l'alisier, mis en taillis, privés de porte-graines, ne peuvent reproduire leurs congénères disparus conformément aux proportions fixées par la nature.

Toutes les essences existantes dans la forêt sont utiles les unes aux autres; n'en laisser qu'une seule sur laquelle se porterait le choix du forestier serait une grande erreur : celle-ci, privée de ses compagnes d'une autre espèce, ne pourrait longtemps prospérer; il est assez constaté par tous les naturalistes de talent que les arbres de forêt sont essentiellement sociables. Telle espèce approprie à sa nourriture des matières qui seraient gênantes ou nuisibles à telle autre.

Beaucoup de gens sont aveuglés par l'idée fixe du jardinage des forêts qui ne doivent pas être jardinées, La question physiologique et capitale de raréfaction réciproque des végétaux en forêt paraît échapper à la sagacité d'un grand nombre de forestiers. Celui qui voudrait la traiter à fond, la faire comprendre et admettre par nos maîtres-forestiers mériterait beaucoup de la patrie et des générations futures qui lui devraient la régénération des forêts.

Dans l'air, la raréfaction se fait aussi bien sentir que dans le sol; si telle essence est vivifiée par tel genre de gaz, telle autre essence s'approprie des ga^

différents qui infecteraient l'essence première et réciproquement.

( Il n'est pas possible de donner une idée du nom-

^^ bre de baliveaux et porte-graines qui doivent rester à

.| demeure; être sur les lieux, la pratique des choses,

..j l'intuition, sont les seules données d'après les-

,1 quelles on peut opérer avec sûreté le balivage qui

..; doit être proportionné au nombre et à l'étendue des

j sujets.

Les lignes suivantes vont démontrer jusqu'à un certain point l'instinct des végétaux en lutte pour l'existence.

Toute plantation faite ou venue d'elle-même en bordure de fossé qui serait bien au-dessus du niveau normal des racines, quoique le sous-sol soit compact et aride, les racines pénètrent et longent la pente du fossé à leur profondeur nécessaire ; arrivées au fond, grâce à leurs efforts constants, elles finissent par percer la terre compacte à une profondeur de vingt-cinq à trente centimètres, suffisante pour qu'elles ne soient pas atteintes par la pelle ou la ^i" pioche au moment du récurage du fossé; elles

remontent la pente opposée dans les mêmes conditions qu'à la descente, à un mètre de distance environ du bord du côté opposé de la plantation.

Prenons un arbre isolé dans un sol pauvre en humus, de constitution affaiblie par les privations. Si l'on fait, tout près, un fossé de soixante à quatrevingts centimètres de profondeur, sur un périmètre de quatre à cinq mètres, que l'on remplit de débris de

feuilles et de bois pourri mélangés avec de la terre végétale, une légère portion de fumier et de débris de démolitions, en irrigant sur le fossé un mince filet d'eau capable de maintenir continuellement la fraîcheur dans les substances nutritives mises dans le fossé, non pas à la première ni à la deuxième année, mais bien à la quatrième ou cinquième, selon la distance des racines au fossé, Tarbre affaibli aurait déjà de grosses dépenses de forces à déployer et son feuillage, de grêle qu'il était, deviendrait plus fourni et ses poussées plus longues et mieux nourries au dessus des racines en communication avec le fossé, en ligne droite ; aux branches corrélatives aux racines, Técorce commencerait à se fendiller en lanières et crèverait ensuite sous la pression ambiante de la sève et de la couche concentrique de formation annuelle. A force de couches d'aubier superposées» le côté qui se trouve dans la direction du tossé devient arrondi, tandis que l'autre côté reste méplat, les racines ne pouvant fournir les éléments nécessaires à la formation régulière du tronc. Actuellement le fossé est garni de racines munies d'innombrables chevelus venus pour puiser à cette source la boisson et la nourriture. En fouillant le sol du côté opposé, on voit que les racines n'ont fait aucun progrès ; l'arbre sent, bien que de ce côté-ci il n'y a rien à espérer en compensation des forces qu'il aurait vainement dépensées. Examinons maintenant deux arbres vis-àvis l'un de l'autre, d'espèces différentes, susceptibles de grossir beaucoup, ayant la même vigueur et cons-

tîtution; le sol sur lequel ils reposent est exactement le même: en un mot l'identité est parfaite. Bien qu'ils puissent librement étendre leurs racines de tous côtés, excepté Tun entre l'autre, à cause du peu de distance qui les sépare, dès leur naissance existe entre eux une rivalité, le plus faible ne succombera pas dans la lutte, mais il sera diminué en beauté par son rival, ses racines seront refoulées par celui-ci, ses branches ne pourront plus s'étendre dans les mêmes proportions, elles se détourneront de côté pour éviter celles de son adversaire plus robuste qui s'avancent droites et menaçantes ; ce dernier conserve toutes ses branches intactes, il n'en perd aucune, tandis que son voisin perd un grand nombre des siennes tournées du côté de son adversaire, ce qui lui donne une forme mi-cylindrique et le fait pencher à l'extérieur sous le poids de ses branches ; malgré cela son existence ne sera en rien diminuée, il pourra vivre autant que l'autre.

Une forêt de peu d'étendue, non exploitée depuis près d'un siècle, reprendrait déjà un peu le cachet de la forêt vierge, elle offrirait tous les agréments qui lui sont compatibles; d'abord la futaie pleine bien formée, mais irrégulière par places (cela est une loi immuable de la nature), puis des groupes disséminés de hêtres, de charmes, de châtaigniers, d'érables, de pins sylvestres au feuillage gai, aux troncs rougeâtres, entre lesquels ressort si bien le gracieux bouleau, avec sa teinte d'une blancheur lactée, et, de loin en loin, le feuillage argenté de l'alisier chargé de baies

rouges, en compagnie du sorbier des oiseaux. Au fond de la vallée on apercevrait le feuillage sombre de l'aulne mélangé avec celui du frêne, du saule^ et du peuplier. Sur la lisière du bois, des groupes de néfliers, de poiriers et de pommiers sauvages contribueraient à orner la forêt. Ce serait le fourré inextricable, composé de sous-bois divers, dans lequel les animaux de toutes les espèces, si utiles à la prospérité des forêts, trouveraient un abri assuré.

Toutes ces essences disséminées, aux teintes éclata/ites, enchantent les naturalistes et les peintres paysagistes ; elles forment d'heureux contrastes sur la régularité monotone d'une très haute futaie, préparée par la main de l'homme et maintenue dans Toppression.

Tous les végétaux existant dans la forêt, ont leur roi, bien distinct par sa beauté et son type, il est entouré à distance respectueuse par ses congénères; ses branches et ses racines peuvent librement s'étendre, il n'a presque pas à lutter pour son existence, comme doivent le faire ses voisins. Ce roi est le plus souvent un chêne, un hêtre ou un modeste érable; peu importe, mais il est bon de constater que sa cime est peu élancée, que ses branches sont énormes et couvrent une étendue considérable; le tronc est colossal et relativement bas, sans branches, les rejets qui poussent au pied démontrent pour ces sortes de sujets une grande vigueur; chargé de fruits magnifiques et féconds, c'est de lui que proviennent tous les arbres de son espèce qui l'environnent

Si le choix du forestier se fait par bonheur sur un porte-graine de ce genre, il s'accomplit une régénéra* tion presque entièrement pure du genre sur de vastes étendues. Ces rois porte-graines se font aussi bien remarquer dans les plantations artificielles que dans les forêts. Les arbres qui l'entourent de trop près meurent et lui cèdent la place.

Comment s'expliquer la présence d'une verte prairie au beau milieu de la forêt, le sol est cependant exactement le même que celui occupé par les arbres dont les branches inclinées jusqu'à terre forment un charmant pourtour de verdure sur la prairie clairière ; aucun sous-bois ni aucun arbre n'ose prendre possession de cet emplacement libre.

Le Créateur admirable dans toutes ses œuvres a tout prévu pour l'existence de ses créatures qui sont l'objet de sa sollicitude.

L'étendue de cette prairie a quelque chose qui varie d'un are à un hectare, proportionnée au nombre des herbivores que la forêt est censée contenir. C'est le parcage du chevreuil et des lapins. Quand le premier a cueilli une grasse provision, il va reposer en paix dans le fourré, ainsi que les lapins dans leur terrier. Si l'on essaie de reboiser une de ces prairies clairières disséminées de loin en loin dans les vastes forêts, aucun sujet ne peut y prospérer. Les forestiers ont toujours travaillé en vain à ces sortes de reboisements qui veulent s'opérer eux-mêmes, mais ne souffrent nullement l'artifice; une fois la prairie clairière transformée en bois, elle se reporte sur une autre place.

tellement elle parait étie indispensable et innée à la forêt.

Le voyageur ^arédans la forêt, qui ferait attention aux arbres qui l'entourent, reconnaîtrait le côté Sud aux signes suivants: dans cette direction les branches sont plus fortes et plus nombreuses, leur façon de s'étaler en avant les distingue de celles du côté Nord, au Sud, récorce sur le tronc, fort épaisse est fendue en lanières, récemment éclatée et bombée sous la pres^ sion ambiante de la couche concentrique d'aubier nouvellement formée; l'écorce, au Nord, est moins séparée, souvent garnie de mousse, et le tronc, de ce côté-ci, demeure quelquefois méplat. Ces observations ne sont possibles que dans les plaines, sur les plateaux, au fond des vallées très larges, sur les pentes abruptes des vallées étroites, où le soleil ne peut pénétrer; je ne suppose pas qu'il soit possible dans ce cas, de pouvoir reconnaître le Sud comme étant l'objectif d'une direction à suivre par le voyageur égaré. Cependant on pourrait, dans la vallée étroite, se reconnaître par la végétation, bien que le soleil, en plein midi, touche à peine la cime des arbres les plus élevés.

Le merisier est mieux fourni en fleurs du côté Sud; les baies en ombelles de l'alisier ont tendance à se tourner contre la chaleur bienfaisante du soleil et sont aussi mieux garnies de ce côté.

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