Sapin Epicéa
i5. Sapin à feuilles argentées, croit dans les montagnes élevées.
16. Cyprès chauve de la Louisiane, sujet superbe, terre riche, près des eaux.
17. Genévrier de Virginie, bois rose, odorant, incorruptible, bois à crayons.
18. If commun, fruits rouges recherchés des oiseaux, incorruptible.
Dans nos climats, c'est le pin sylvestre qui fait les plus belles pineraies, il est capable de devenir deux fois séculaire, très hygiénique, et son parfum bien-
faisant et agréable contribue à maintenir la santé ; il est essentiellement fébrifuge et les personnes atteintes de fièvres réputées incurables qui habiteraient quelque temps les coteaux couverts de pins sylvestres en sortiraient radicalement guéries, ou du moins avec la santé améliorée.
Le pin sylvestre est bien le plus rustique et le plus robuste de tous les pins.
Il vit en compagnie des autres essences indigènes ; outre son excellent bois de chauffage il fournit, au bout de quatre-vingts ou cent ans, un bois très résistant qui peut être employé à n'importe quel genre d'industrie; pour meubles, poteaux de télégraphe, traverses de chemins de fer, etc.
Sur deux cents pins à demeure, on pourrait ajouter cinq bouleaux et un hêtre, ce serait d'un effet charmant. La pineraie, vue à vol d'oiseau, en oblique, avec le feuillage clair des bouleaux et celui du hêtre, cuivré en automne, donneraient des points tranchants d'une façon très heureuse sur la régularité des pins ; vue de face, la blancheur des troncs de bouleaux, aveo leurs rameaux légers et pleureurs, ressor tiraient vivement parmi les troncs rouges des pins ; ce n'est que la rareté des hêtres et des bouleaux, sensément perdus dans la pineraie, qui en fait ressortir tout le charme; cette façon de mélanger doit être aussi appliquée aux sapinières.
Les points culminants des montagnes peu élevées sont les emplacements où les pins viennent le mieux et où la pineraie fait le plus joli effet ; rien ne sur-
prend si agréablement la vue que ce genre d'arbres au détour d'un monticule.
Disposez auprès de l'habitation, bien en vue, un mélange de bouleaux communs, de hêtres pourpres, de tilleuls argentés et pleureurs, de tulipiers, et au pied de ces arbres quelques arbustes tels que des wegélias, des spyrées, des seringas, des altéas; les branches feuillées de ces cinq espèces d'arbres de couleurs diverses inclinés en guirlandes touchant le sol, formeront le plus gracieux massif que l'on puisse concevoir dans une petite villa, par contre fort mesquin dans un grand parc où toutes les plantations doivent être grandioses et imposantes, et seront composées d'essences élevées exemptes de toute espèce de coloris criards de mauvais goût ; en fait d'arbres exotiques pouvant figurer dans les parcs, j'estime que les suivants seront bons : cèdre du Liban, cyprès chauve, hêtre pourpre, liquidambard copal, tilleul argenté, pin de lord Weimouth, planère crénelé, noyer d'Ame* rique, févier gladitzia, aulne à feuilles frangées, pin pleureur de l'Himalaya, tulipier et marronnier à fleurs roses.
Tout propriétaire qui visiterait ses baies de clôture taillées ou non, y trouverait de nombreux rejets venus de semis ; si la position le permet et que l'on juge que ces arbres soient utiles, les plus beaux étant choisis, il leur serait appliqué à chacun une perche dépassant la hauteur de la haie en signe de réserve préservatrice contre les cisailles inconscientes qui, à la prochaine occasion, ne manqueraient pas
de le ravaler au niveau de la haie; le sujet qui aurait subi plusieurs tontes, lors même que le moignon en forme de têtard aurait un périmètre de quinze centimètres, le rejet vigoureux et le plus favorable qui serait destiné à reformer la flèche atteindrait en quelques années la même grosseur que le têtard, sans que Ton connaisse en rien les deux parties intimement rapprochées.
Il n'existe pas un parc ni la plus petite villa qui ne |: soit plus ou moins encombré d'arbres venus d'aven-
ir ture dans l'intérieur des bosquets et des massifs, en
|•^ particulier sous les pineraies et sapinières; il faut
g extraire avec soin et à temps opportun ces jeunes
^. rejets nuisibles aux plantations artificielles. La faci-
I^X lîté de la transplantation^ la similitude du sol et du
|: climat, assurent toujours la reprise et la prospérité
aux plantations faites dans de telles conditions. tf Des centaines et des milliers d'arbres pourraient
|^ être utilisés, tout en ne prenant que l'excédent et
en laissant le nombre nécessaire qui remplacerait les arbres morts. Un étranger voit les choses sous un autre point de vue que les personnes habitant constamment la même propriété; le propriétaire s'habitue et assimile pour ainsi dire son existence aux choses qui l'entourent; voilà pourquoi des changements très utiles à opérer lui échappent quelquefois et il ignore les avantages qu'il pourrait retirer des arbres que je viens de mentionner.
Dans le courant du mois de mars, jetez à la volée des graines d'arbres dans les broussailles et haies
vives, ainsi les terres dénudées seront repeuplées, on imitera de cette manière la nature qui ensemence les forêts par ses agents et dont la présence fait défaut dans les propriétés habitées.
Au pied des arbres qui dépérissent on doit mettre des graines qui touchent le tronc, recouvertes à peine de trois à quatre centimètres de terre directement mise sous la gouttière des eaux de pluie, dont on reconnaît le passage par la mousse, les lichens, ou les écorces en forme de lanières.
C'est entre les rainures de l'écorce que s'accomplit le passage des eaux qui doivent faire germer les semis destinés à remplacer l'arbre qui périt. Si le tronc est penché, les eaux de pluie ne peuvent couler sous la pente, elles sont aussi détournées à droite ou à gauche d'une proéminence sous laquelle elles ne peuvent non plus pénétrer; disposés dans ces emplacéments, privés d'humidité, les semis ne pourraient germer. Les semences doivent être différentes du genre^ ainsi des semis de chêne au pied d'un tilleul, et des semis de tilleul au pied d'un chêne ; on pourrait, de cette façon, perpétuellement remplacer les essences au moyen de la réciprocité sans bourse délier.
Les champignons, spontanément venus entre les racines, près de la souche, prouvent que l'intérieur du tronc de l'arbre est en fermentation ; il n'existe aucun remède pouvant guérir ou arrêter cette maladie, elle suit son cours, l'arbre se vide peu à peu; des légions de fourmis noires, très odorantes, absolument
inofFensives, perforent et broyent le bois à mesure qu'il tombe en décomposition, l'acide raréfiant et dissolvant qu'elles déposent sur ce bois mis en poussière acquiert une fécondité étonnante, à tel point que le nouveau sujet remonte des radicelles chevelues dans ces dépouilles où il se nourrit; la maladie ayant achevé son cours, insectes et champignons disparaissent; quoique creux à l'intérieur, l'arbre végète bien des années encore et conserve une vigueur relative.
On sait que le champignon est le produit d'un corps en putréfaction, dont les espèces, si nombreuses, sont consistantes selon la nature de leur alimentation ; ils surgissent souvent nombreux et très épais autour d'un arbre qui a péri subitement, quoique la poussée ait été faite avec la même vigueur qu'au printemps précédent, mais elle était toute factice et n'a pu s'accomplir que par la sève réservée dans les pores. Après avoir rasé cet arbre à la hache, si la souche est creuse à l'intérieur, quelques plançons que l'on y planterait atteindraient bien vite un grand développement et pourraient remplacer le sujet.
L'extraction et la transplantation des arbres doivent «tre faites sous la surveillance du propriétaire ou sous la direction d'un homme habile, ayant reçu des instructions confirmées par une longue expérience concernant cette délicate opération de laquelle dépend la reprise et la prospérité des plantations. Extraire un sujet avec de longues racines sans le mutiler^ filer les plus grosses pour les avoir plus longues est une opéra-
; lion qui exige des soins indispensables à la reprise du plus grand nombre des arbres à transplanter.
Le tossé doit avoir une étendue notable en plus que celle des racines, de façon qu'elles aient devant leurs extrémités amputées cinquante centimètres de terre ameublie dans laquelle les nouvelles racines embryonnaires sortant du bout des racines^mères puissent librement s'étendre et porter la vie aux branches momentanément en souffrance ; au milieu du fossé, il faut faire une petite élévation en taupinière, placer l'arbre dessus, mettre entre les racines de la terre friable ; conserver leurs plis naturels est un moyen qui, pour sa part, contribue largement à assurer la reprise des plantations, tandis que les arbres mal extraits et transplantés dans des fossés dont rétendue est insuffisante, ont leurs racines, retournées sur elles-mêmes, l'écorce et les fibres sont étirées, désagrégées, refoulées ou détachées. Les racines en formation ne peuvent pénétrer dans une terre dure, compacte, ou remplie de racines appartenant à d'autres végétaux voisins ; elles restent en paquets comme les racines des plantes enfermées dans des pots; le sujet ne recevant pas la nourriture nécessaire à son entretien pendant un an ou deux, peut vivre par lui-même et meurt après ou s'atrophie, voilà comment les plantations qui ont l'apparence de bien venir disparaissent.
On doit se méfier des sujets déplantés dans les pépinières^ mis en réserve pendant une ou plusieurs années, attendant qu'ils soient livrés aux acheteurs
et dont la vente n'a pas eu lieu à l'époque de la déplantation ; entassés, exposés à la rigueur de Tété qui les dessèche, privés de toute alimentation, ces malheureux arbres ont conservé la vie par un miracle d'équilibre, avec la sève en réserve dans leurs pores : soumis à cette rude épreuve, jamais ils n'atteindront la vigueur des arbres extraits et transplantés sur le vif ; ils resteront entièrement rachitiques, quelle que soit la qualité du terrain où ils seront transplantés à demeure. On peut aisément les reconnaître à leur teinte maladive; la pousse de l'année est très courte, le feuillage grêle, recroquevillé, le tronc et les branches sont mouchetés de lichens bruns ou rouges. Ces signes sont plus que suffisants pour reconnaître les arbres atteints d'affections morbifîques, que les ouvriers jardiniers désignent sous le sobriquet de « rossignols ».
C'est un peu avant la chute des feuilles que le propriétaire ou son délégué doit faire son choix et se réserver par un signe spécial les arbres qu'il veut disposer dans sa propriété. Les sujets robustes, pleins de vigueur, se font remarquer par de longues pousses de l'été, aux extrémités desquelles existent encore des feuilles vertes, bien que celles du bas soient mortes et détachées en partie; de tels sujets pris sur le vif, déracinés et transplantés en de bonnes conditions, assurent l'avenir de la plantation.
La première pensée du praticien, qui a été aussi la mienne, est d'équilibrer l'arbre à transplanter, dtts branches aux racines; cette opération consiste à
réduire les branches dans la p copor ik m des radmm réduites par suite de l'extracdoo ; les fardicicn ioct les réductions en crochet antam que possibûe, ca pyramide très r^oliire; Fart de rarboris;r;;;5e l'exige ainsi ; chaque branche doit lasembîer à i^ne étagère à laquelle le jardinier fixe le nombre de tn;ns proportionné k la vitalité do sojec
En ma qualité de forestier, je taisais mes réduc* tions très inégales, imitant le plus possible la natiire des arbres et cachant par des brindilles rcxtrémité des branches réduites.
Dans les cours et dans les omrrages d'arboriculture, ces opérations réductives sont démontrées indispensables. De nombreuses expériences m'ont fixé sur ces données, qui sont logiques pour le jardinier, mais qui sont une erreur pour le forestier, coorerte par de vieux préjugés. Les arbres réduits de leurs branches perdent le fluide siveux qui se d^age par la rupture des vaisseaux aux extrémités des branches coupées, qui affecte le sujet et peut déterminer sa perte. Depuis quelques années, je plante mes arbres tels qu'ils sont; bien que les racines soient brisées, je ne les touche point sous prétexte de les rafraîchir; l'opération est pire que le mal, les racines se guérissent fort bien elles-mêmes et se passent de la serpette ou du sécateur. Ce mode de laisser les arbres à l'état naturel évite de graves excès de la part de quelques ouvriers chargés de la plantation ; la reprise et la prospérité sont bien plus sûres et les branches donnent de suite un ombrage proportionné à leur
étendue ; étant réduites, il pousse aux extrémités des brindilles peu gracieuses qui reforment difficilement la pointe amputée de la branche. A part les arbres résineux sur tige élevée, il est bien rare que les feuillus soient sur toutes les faces bien branchés, le côté dénudé et peu fourni en branches doit être tourné au Sud, qui est l'exposition recherchée par les grands arbres ; les branches naissantes qui s'y forment ayant l'avantage sur celles du côté Nord, momentanément plus fortes et en plus grand nombre, atteindront à la longue l'étendue et la force de ces dernières.
Le sujet isolée dont le côté dénudé de branches serait tourné au Nord, ayant toutes ses maîtresses branches au Sud, ne pourrait rester droit, étant attiré de ce côté-ci par le poids de ses branches toujours grossissantes. Sur la lisière d'un bois, à proximité d'anciens arbres en allée droite, le côté le moins fourni en branches de tout arbre transplanté doit être tourné à l'extérieur, qui est la position privilégiée pouvant donner naissance aux branches qui manquent.
Dans les terres en pentes abruptes, quelques jours après la plantation, presque tous les arbres sont inclinés du côté de la pente, bien qu'ils aient été mis parfaitement droits; le tassement des terres qui suivent la déclivité, poussent sur ce côté le pied des arbres et leur fait perdre la ligne verticale ; on peut remédier à cet inconvénient, lors de la plantation, en inclinant les arbres du côté opposé à la pente; le retrait des terres pendant le tassement les mettra peu à peu dans la droite ligne, d'autant plus que
le côté de la pente mieux aéré et espacé, permettra aux branches d'y pousser plus fortes et plus nombreuses.
Une erreur que j'ai commise, comme la généralité des forestiers, était d'amasser la terre en forme de monticule au pied des arbres; il est vrai qu'ils sont mieux assujettis contre le vent qui ne peut aussi bien les ébranler, les racines remontent dans la motte de terre et pénètrent horizontalement à la profondeur qui leur est nécessaire; ce petit monticule, soulevé par les racines, disparaît bien vite, l'arbre devenu un peu fort, toutes les principales racines près du tronc sont découvertes et souffrent d'être au contact de l'air. La terre disposée en cône (on sait que les animaux la mettent ainsi pour être à l'abri de la pluie) ne reçoit que difficilement l'eau, la pente la fait glisser hors des racines, qui sont desséchées sous ce genre de toiture. Un horticulteur intelligent, ayant rompu avec ces vieilles habitudes, planta des frênes sur les glacis du fort de la Duchère, près de Lyon, au lieu de butter les terres au pied des arbres, il fît le contraire, et laissa un creux en forme d'entonnoir; le terrain, légèrement en pente, caillouteux et très sec, permit aux arbres malgré cela d'être suffisamment rafraîchis par les eaux 'de pluie qui coulèrent dans les creux, les emplirent et donnèrent de l'humidité aux racines ; les frênes, quoique très gros, hauts de quatre à cinq mètres, reprirent tous bien et possèdent aujourd'hui une vigueur relative.
Une autre annexe de plantation fut exécutée,
quoique les arbres et le terrain fussent identiques, la terre ayant été buttée, les eaux glissèrent sur la pente et n'humectèrent point les racines des frênes, qui périrent en grand nombre. Le creux entonnoir a aussi l'avantage d'éviter la formation des racines audessus du sol.
En reboisement de rapport, trois systèmes peuvent être employés : le semis naturel, sous ombrage, la plantation par plançons et le semis à la volée sur terre nue. On obtient le semis sous ombrage par une plantation d'arbres verts, dont la préférence doit être pour le pin sylvestre, en raison de sa bonne venue sur les terres les moins fertiles et de la supériorité de son bois; s'il existe, à proximité ou à l'intérieur de la plantation, des porte-graines, les oiseaux et les rongeurs sèment assez de graines dans la pineraie pour la reproduction du genre, mais si les porte-graines font défaut, les débris de bois mort, la mousse et les hautes herbes entassés sur le sol, faciliteront la germination des graines que l'on sèmera à la volée, soit à la houe, soit avec le plantoir, selon que le sol exige l'emploi de l'un ou de l'autre de ces moyens.
Hormis quelques groupes de pins disséminés que l'on réserverait à titre de porte-graines, âgée de trente à quarante ans, la pineraie devra être fauchée à blanc» les sujets seront assez forts, soit pour l'industrie, soit comme bois de chauffage, d'autant plus que les brins, depuis longtemps tenus à couvert, ainsi que les embryonnaires, tous bien enracinés, dont on voit à peine la tige, dès qu'ils seront mis à l'air et au soleil»
pousseront drus et comme par enchantement; les dépouilles de bois mort et les racines décomposées
des pins donnent une réserve alimentaire de première nécessité, que ron ne pourrait autrement obtenir dans les terres presque arides, où néanmoins le pin sylvestre prend bien racine; sur les mauvais terrains exposés à l'ardeur du soleil, où les plançons et les semis seraient grillés, le reboisement est impossible^ sinon difficile, long et très coûteux; grâce au couvert du pin, qui ne redoute aucune exposition, le reboisement est toujours assuré, suivi d'un revenu immédiat en plus-value des terres boisées en essences forestières. Le reboisement par plançons, qui passe pour être le plus coûteux, dans les terres profondes et substantielles revient beaucoup moins cher que tout autre mode de reboisement; âgée de quinze à dix-huit ans, la plantation est assez forte pour être exploitée en taillis.
Les essences précieuses que voici, mises dans les proportions suivantes, composent un beau bois de choix: cinquante chênes de trois ans, quinze châtaigniers de quatre ans, dix hêtres de quatre ans, dix charmes de quatre ans, quinze bouleaux de deux ans ; les bouleaux sont presque indispensables, doués d'une grande vigueur pendant les premières années, ils stimulent les autres essences à monter et laissent une quantité considérable de dépouilles. Le nombre de sujets est de dix mille au moins à Thectare, mais dans les terres peu profondes, pauvres en humus et en pente très abrupte, si Ton ne peut avoir recours
au couvert des résineux, en prévision des déchets
considérables, vingt mille sujets à l'hectare suffiront à peine.
Si les arbres d'alignement peuvent supporter la transplantation dès la chute des feuilles, il n'en est pas ainsi du plançon presque embryonnaire; le bois à peine formé, les fibres naissantes baignent dans leur sève généreuse qui s'évapore ; si Ton arrache les plants en automne, bien que transplantés immédiatement après la déplantation, dans les deux ou trois semaines suivantes, selon que le temps aurait été sec, en les regardant à l'œil nu, mieux encore à la loupe, récorce est toute flétrie et partout sillonnée de rides, ce qui prouve le dépérissement des sujets malades.
Pendant les saisons pluvieuses, s'il ne survient pas de gelées de cinq à six degrés centigrades, en novembre ou au commencement de décembre, les plants conservent aux extrémités des feuilles vertes pouvant être maintenues telles jusqu'à la fin de décembre ; en ce cas la plantation ne réussirait qu'étant faite en janvier, mais si le mois de novembre atteint les cinq ou six degrés de froid en question pendant quelques jours, ce brusque changement de température fait disparaître les feuilles ou les dessèche et active la maturité des plants qui peuvent alors être transplantés dans le mois de décembre.
Lereboisement par semis, à moins que ce ne soit sur des terres sablonneuses, offre peu de chances de réussite ; on peut planter des arbustes de forêt que Ton disséminerait comme abri sur toute Tétendue ensemen-
ciée. Il existe des emplacements sur lesquels les semis ne lèvent pas et on essaye en vain le reboisement; ces places rebelles à Thomme veulent bien être boisées par elles-mêmes. C'est un mystère I
Les terres tenues depuis longtemps en culture ou en pacage, souvent usées jusqu'à l'extrême limite, exigent plusieurs années de repos si l'on veut éviter les déceptions du reboisement ; les hautes herbes qui prennent naissance dès la mise en jachère composent la première couche d'humus indispensable aux semis ; les hautes herbes desséchées et en décomposition s'inclinent sur la terre, donnent lieu à des arcs-boutants et à des dômes assez élevés pour donner de Pair et abriter les semis. Dans les terres ensemencées, légèrement fraîches, à proximité d'une forêt, les graines que le vent et les oiseaux y apportent, autrement fécondes que celles semées d'une autre manière, réussissent à faire un entier reboisement.
Quelques propriétaires autorisent le binage dans les nouvelles plantations forestières, croyant les hautes herbes capables d'étouffer les semis naissants ; malgré l'antagonisme entre les hautes herbes et les semis ou plançons, ceux-ci restent toujours maîtres de la place; après cinq ou six ans de combat, tous les herbacés sont étouffés sous le couvert des brins ; si un petit nombre meurt en combattant, la perte n'est pas sen- ' sible, d'autant plus que ces derniers avaient une constitution [misérable qui les obligeait à céder la place aux plus forts. Les herbacés sont des aides et des protecteurs indispensables ; ils absorbent de la frai*
cheur et la quantité qu'ils conservent sous leur cou* vert est plus considérable que celle qu'ils ontabsorbée.
Il suffit de quelques rayons de soleil pour dessécher la terre nue; les herbacés attirent là rosée, maintiennent constamment la fraîcheur et nourrissent la plantation avec leurs dépouilles; pendant les grandes pluies, ils évitent le durcissement et le ravinement des terres. En binant, les ouvriers blessent les brins, ce qui aggrave le mal ; s'il survient des pluies torrentielles, la terre fouettée rebondit sur rextrémité des pousses qui restent blessées et sont étouffées sous une enveloppe de terre, comme les raisins aux vignes basses. Le soleil produit une réverbération intense sur cette terre battue qui jaunit les teuilles et fait périr une grande quantité de semis embryonnaires.
Le bois en plançons acquiert une avance de neuf à dix ans sur le bois semé; il ne faut employer ce dernier moyen que quand on ne peut pas faire autrement.
Rien n'est plus insipide qu un bots planté en lignes droites; c'est contraire aux lois de la nature et il n'offre aucun charme, aucune poésie. Autant j'aime une longue allée droite plantée de grands arbres dans un parc et taillée dans une haute futaie, autant le bois symétrique me déplaît.
La pineraie, la châtaigneraie et la frênaie sont les plantations qui donnent le plus proche revenu. Le frêne n'exige pas, comme le châtaignier, une terre profonde ; celle qui est froide, humide, exposée au Nord, nuisible à toute autre essence, est assez bonne
pour le frêne, qui en peu d'années atteint une hauteur relativement prodigieuse; la quantité considérable d eau qu'il absorbe le rend propre à Tassainissement des marais. Très recherché parles charrons, il est préféré petit ou de moyenne grosseur, s'il atteint Tàge de maturité le bois n'a plus autant de souplesse ; c'est un avantage notable sur les autres arbres, qui ne peuvent être exploités, à moins de grandes pertes, s'ils n'ont pas encore atteint leur maturité. Le bois tout entier du frêne est employé, il n'a rien de ce qui constitue un déchet considérable comme la plupart des autres bois.