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CHAPITRE III

Arbres nuls et nuisibles

Parmi tous les arbres exotiques cultivés en Europe, le plus redoutable est le robinier-acacia de n'importe quelle espèce; toutes sont greffées sur l'acacia commun, mais ce dernier est moins à redouter que les greffés ; les branches de la greffe, moins vigoureuses que celles du sujet sur le tronc duquel elles sont implantées, ne pouvant absorber toute la sève fournie par les racines, celles-ci tracent au loin des rangées de rejets qui envahissent les prairies et les terres ea jachère ; dans les parcs, en peu d'années, toutes les plantations sont en lutte et débordées par ces intrus ; les uns forment le cercle autour d'un arbre résineux dont l'isolement offre peu de résistance, les autres s'attaquent à un autre sujet.

Petits et inclinés, les rejets d'acacia qui ont pris naissance sous l'ombrage du conifère, se dressent peu

à peu dans la verticale, leurs brindilles teuillées tour» nées à l'extérieur n'ont rien à craindre dans la lutte, elles sont protégées par leurs branches raides et dénudées, auxquelles le vent imprime un mouvement continuel, les bourgeons du résineux ainsi que le bout des branches blessés ou coupés par ce frottement laissent écouler la résine, ce qui épuise le sujet; étouffé et resserré de toutes parts dans une lutte aussi inégale, le conifère ne peut longtemps résister si on ne vient pas à son aide en le débarrassant d'un voisinage aussi redoutable.

Pourvu d'un instinct qui me paraît supérieur à beaucoup d'autres végétaux, l'acacia entoure une pineraie ou une sapinière sur toutes les parties faibles; c'est au Sud que partent les premiers rejets ; s'il existe dans l'intérieur ou à proximité du bois la plus petite place ensoleillée, ils se l'approprient comme point d'attaque ; c'est l'ennemi entré dans la place, le cercle s'élargit, le nombre des combattants augmente et les arbres résineux cèdent sous l'étreinte. A l'intérieur, les acacias couvrent en peu de temps une étendue considérable divisée par places; bientôt les racines s'entrecroisent en tous sens. C'est fini de la sapinière ou de la pineraie; tous les sujets qui restent encore doivent sous peu disparaître.

Il est à remarquer que l'acacia aime l'indépendance et ne supporte point le voisinage d'autres arbres d'essence différente de la sienne; nuisible dans les parcs et villas par l'antagonisme à mort qu'il livre à tous les végétaux, l'acacia est encore bien autrement redoutable

lorsqu'il est en contact avec un bois de taillis ; après la coupe, les racines d'acacia pénètrent en avant, entre deux terres, c'est-à-dire au-dessus des racines du taillis qu'elles étouffent et empoisonnent par des sécrétions ammoniacales très prononcées ; dès la première poussée les brins dépassent considérablement en hauteur ceux du taillis qui s'atrophient ou meurent sous le couvert, privés de toute leur substance nutritive qui vient de leur être* dérobée. L'étendue des rejets d'acacia part du bord du taillis, à quinze mètres en moyenne, cinquante au plus et cinq au minimum, selon que le sol est de leur convenance ou de la facilité des points d'attaque; au-delà de cette étendue, le taillis couvre tout l'espace de ses brins toufîus et bien ramifiés. A part les clairières où les graines d'acacia pourraient germer, ses racines ne peuvent pénétrer plus avant, mais après la prochaine coupe du taillis, elles avanceront à nouveau dans celui-ci conformément aux indications ci-dessus, de telle sorte qu'il serait aisé à l'observateur de prédire par un calcul l'époque de la disparition du bois de taillis, quelle qu'en soit l'étendue.

Dans les terres profondes, substantielles, chaudes, calcaires, exposées au midi, aucun arbre du pays n'est capable de résister aux acacias, tout vigoureux et enraciné qu'il soit.

Les racines de l'acacia unies et flexibles comme l'acier, privées de chevelus et d'articulations en crochets, sont par conséquent impropres à retenir les terres contre les éboulements: dans le sol le mieux à

■ leur convenance elles restent entre deux terres, dépas-

■ saotpeu la protondeur de quinze à vingt centimètres.

■ Dans les terres humides, l'existence des acacias I n'est point prospère, ils disparaissent en peu d'années ; I on ne voit jamais les racines s'y aventurer, l'eau étant I très nuisible à leur développement et elles sont incapables de l'absorber. Quoique ayant un feuillage grêle, léger et les branches peu volumineuses, mélangés avec une plantation en futaie, bien que retenus par les arbres voisins et abrités du vent, tous les acacias perdent la verticale, la plupart seraient jetés bas s'ils n'étaient retenus par les autres arbres; c'est du côté le moins rapproché de ces derniers qu'existe la partie faible sur laquelle sont soulevées les racines par suite du manque d'enchevêtrement réciproque avec celles des arbres du voisinage trop éloignés.

Les plantations d'acacias non raréfiées, mises en taillis et qui ont fourni quelques exploitations, en moins d'un siècle sont complètement épuisées, même dans les terrains les plus favorables à leur croissance; on remarque les pousses qui deviennent lâches, poreuses, et disparaissent par les gelées tardives du printemps et les gelées précoces de l'automne. L'acacia pousse sans discontinuer depuis le mois de mai jusqu'à la fin de septembre. Le sol imprégné des sécrétions ammoniacales de ses racines, nuisibles aux autres végétaux, ne permet à aucun arbre difiérent de son espèce de prendre racine; néanmoins, sur quelques emplacements, des sous-bois raréfiants se font remarquer ; ce sont des lianes chèvrefeuille, espèce

grimpante, et des ronces groupées et serrées ensemble qui luttent avec avantage et couvrent sous leur étreinte les acacias affaiblis.

Le gland apporté par un messager ailé et déposé au milieu de la place occupée par les sous-bois deviendra en peu de temps un beau chêne étalant de puissantes branches bien ramifiées^ qui seront autant de combattants redoutables qui faciliteront le travail des chèvrefeuilles et des ronces pour faire disparaître les acacias.

Devant cet état de choses, la nature ne reprend ses droits qu'avec de grandes difficultés ;à la suite de nombreuses années perdues.

Sans bien s'éloigner de Paris, on peut voir des bois d'acacias depuis longtemps épuisés; quoique le terrain ait cessé de les nourrir ou qu'il ne soit pas à leur convenance, ils n'ont pas moins continué à remplacer les acacias morts d'épuisement. Le sol des environs de Paris est généralement frais, profond et riche en humus, propice au repeuplement des bois.

Le bois d'acacia brûle tout vert quelquefois encore mieux que sec; la flamme, sans être vive, est très intense, comme la plupart des bois exotiques, il contient une résine qui répand dans les appartements une odeur désagréable ; les fours de boulangeries chauffés avec l'acacia ne tarderaient pas à être empreints de cette odeur et le pain qui en sortirait pourrait être nuisible à la santé publique. Les racines sentent si mauvais que les ouvriers auxquels on les

donne en surplus de leur journée s'abstiennent d'en faire usage pour la cuisson de leurs aliments.

En industrie, le bois d'acacia a un avantage notable sur un grand nombre de bois indigènes ; il est incorruptible et flexible, en force et en durée il est supérieur à tous les bois du pays, sauf au cytise ébénier des Alpes, qui est censé être l'acacia de l'Europe, avec lequel il a une certaine analogie, moins les épines.

Sur le haut d'un rocher, au bord d'un ravin, inclinées en festons, les fleurs jaunes du cytise produisent un charmant effet.

Le plus incorruptible de tous les bois, le cytise peut vivre pendant plusieurs siècles ; il supporte toutes les intempéries, et devient dur et noir comme du vieux fer.

Si Ton était moins engoué pour certains arbres et qu'on eût un peu de réflexion, on mettrait l'acacia à la place qu'il mérite, -c'est-à-dire simplement comme un appoint, sans prétendre en faire la base d'une forêt.

Afin d'éviter les fausses plantations si multiples créées par les acacias plantés à tort et à travers, on choisirait pour les planter un emplacement isolé dans un champ cultivé, autant que possible profond et riche en humus, autour duquel il serait pratiqué un fossé; les rejets d'acacia qui tenteraient de le dépasser pour pénétrer dans le champ cultivé seraient arrachés ou meurtris pendant la culture. Du reste, le propriétaire aurait probablement le soin, quand

il le jugerait nécessaire, de faire enlever les débris de bois et de feuilles mortes entassés au fond du fossé qui attirent les racines et en facilitent le passage. En peu d'années on aurait sous la main un carré de bois tel qu'un carré de vigne, pour faire des écha^ las, des bâtons d'échelle, des rais de roue; pour cela Tacacia est sans rival, le chêne^ le frêne, en un mot tous les bois introduits dans cette industrie entrent en fermentation et se rompent net, ras de Torifice. Combien d'échelons sont brisés ainsi sous le poids des ouvriers chargés de matériaux !

L'acacia diminue par l'usure, fléchit sous la charge, mais ne se brise jamais d'un seul coup; pour tout autre usage je le crois défectueux. Son ombrage est bon et agréable, de tous les arbres c'est lui qui serait le moins nuisible aux habitations ; ses racines pénètrent le long des murs à la recherche des matières calcaires et nitreuses et, quoique dans un espace res** treint, le développement rapide des branches couvre, à la deuxième ou troisième année, une étendue fort respectable, qu'une autre espèce d'arbre n'aurait certainement pu atteindre. Les pousses de l'année mesurent deux à trois mètres, souvent davantage. Le robinier commun est le seul qui puisse acquérir un aussi rapide développement et qui n'amène aucune déconvenue.

Le platane contient des substances excessivement nuisibles qui ont été reconnues par les naturalistes, et j'ai pu moi-même m'en rendre compte; les feuilles ont à la partie inférieure un duvet farineux et léger.

presque imperceptible ; lorsque le vent les agite, il s'en dégage une poussière fine et serrée qui se répand dans Tair et se mêle à notre respiration, nous l'attirons dans nos organes et elle nous cause des perturbations ou des maladies dont nous ignorons l'origine ; les yeux deviennent rouges et brûlants, ainsi que les tempes, les pommettes et les narines; la respiration devient de plus en plus difficile et la toux répétée et continue détermine des crachements de sang. Un jour que j'écrivais sous Tombrage d'un platane, la brise s'éleva et la poussière qui se détacha de Tarbre occasionna dans mes organes un malaise si intense que je fus obligé de quitter la place.

Je reproduis ici un article du journal La France, n"" du II mai 1878, concernant les platanes :

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