‹ Le forgeron de Strasbourg [microforme]Chapitre 19 sur 77 · GEORGES, JÉRÔME · texte numérisé non relu

GEORGES, JÉRÔME

longtemps que je vous ai vu !

| JÉRÔME.— Cher monsieur Georges. qu’il y a GEORGES.— Quatre ans, mon pauvre Jérôme |!

JÉRÔME.— J'ai bien pensé à vous... toujours. k dan

GEORGES. — Et moi, chaque jour, je t'ai remercié # G

du cœur de ta fidélité à tenir tes promesses. Û pas

JÉRÔME, — Une lettretous les quinzejours, comme M nie

Un c'était convenu. Vous me les payez si généreuse- M del AU ment... J | GEORGES.— Grâce à tes soins, je me sens moins î ent: éloigné, et mon passé n’est pas entièrement brisé... { mo

Tu me parles de mon père... de mon jeune frère. À rése

Mais quand je retombe dans la réalité, j’en souffre M ser

davantage, c'est vrai. Si tu savais combien tes M tra:

lettres me font de bien. | pai

NL JÉRÔME.— Dane ! je vous dis tout ce que jesais.. M fus | et je sais à peu près tout ; car si maître Jean-Paul M ab:

ne m'a pas repris chez lui, après votre dépurt, au

font du bien!

rler de mon

disais que je

voilà tout.

… qu'il y a

Jérôme !

. toujours.

ai remercié PSSES,

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sens moins ent brisé...

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ue je sais.

Jean-Paul dépurt, au

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moins il ne trouve pas mauvais que je loge dans son voisinage. Je fais causer Jeannot; ça fait qu'il me conte bien des choses. C’est par lui que j’ai su l'événement de la blessure... mais quand le danger a été passé.

GEORGES.— La blessure !.. un danger ! … Que veux-tu dire ?

JÉRÔME.— Ah! c’est vrai, je ne vous l’ai pas écrit.

GEORGES.— Explique-toi ; ce danger, qui donc menaçait-il ?

JÉRÔME.— Faut vous dire qu’un mois à peine après votre départ, votre père apprenant les désastres toujours croissants que rencontrait l’armée française, résolut d'aller combattre aussi pour sa patrie. Dédaignant de s’enrôler dans un régiment, il a préféré faire la guerre de partisans, afin, disaitil, de détruire le plus d’ennemis possible.

GEORGES.— Mais les Prussiens ne reconnaissent pas la guerre de partisans, et ils pendent ignominieusement ceux qui sont pris à taire cette guerre de haïes et de buissons.

JÉRÔME.— Votre père le savait bien. Ma vie est entre les mains de Dieu, disait-il, mais je la dois à mon pays. Quant au genre de mort que le sort me réserve, je le regarde comme glorieux, 8i je puis servir mon pays. Il y a assez de lâches et de traîtres pour payer l'or qu'ils reçoivent au prix du parjure et de la honte. Il partit donc avec son fusil de chasse, de la poudre et des balles. Il fut absent huit jours ; quand il revint à la maison, il était blessé.

GEoRGES.—- Il était blessé !

JÉrôME.— Oui, à ia main droite... Une balle prussienne lui avait traversé la maïn. La cicatrice y est toujours. mais personne n’en connaît la cause véritable... excepté Jeannot qui m’a raconté tous ces détails. |

GEORGES. — Et maintenant ?.…

JÉRÔME.— Oh! rassurez-vous. Votre père est complètement guéri... Cependant, ce n’est que longtemps après la guerre qu’il a pu se remettre au travail.

GEORGES (avec une émotion croissante). — Mon Dieu! Qui sait ?.. Pendant que mon père guettait ainsi dans les bois et les buissons les ennemis de la France, j'ai peut-être, moi-même, passé à portée de son arme... Oh ! idée affreuse ! Si, dans cette lutte funeste, ma main égarée s'était levée contre l’auteur de mes jours !..….

JÉRÔME.— Laiïissons cela, monsieur Georges, parlons de vous-même. La guerre est terminée...

Votre existence est heureuse et brillante...

GEORGES.— Non, mon bon Jérôme, non. Le remords déchire mon âme... et cette existence que tu dis si brillante, je serai peut-être forcé de la quitter bientôt l…. Je recueille le châtiment que méritent les traîtres. On leur accorde des faveurs tant qu’on a besoin de leurs services, mais on les brise dès qu’ils deviennent inutiles.

JÉRÔME.— Serait-il possible !

GEORGES (vivement). — Mais pourquoi m'interro-

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ges-tu !.… Ah ! fais-moi oublier que nous sommes à Mulhouse et retournons à Strasbourg Parlemoi encore, Jérôme, de tous ceux dont mon crime me sépare... que, grâce à toi, je puisse un moment vivre en illusion de cette existence heureuse qui ne doit plus être la mienne. Parle-moi de mon père, de mon vénérable aïeul.….. parle-inoi du petit Henri. Tu les as vus, n’est-ce pas, en quittant Strasbourg ?

JERÔME.— Mais ce sont eux qui sont partis les premiers... moi, je les ai suivis à Mulhouse.

GEORGES.— Que dis-tu donc ?..…. ils sont ici... près de moi ?

JÉRÔME.— Jean-Paul, Henri et le père Thomas, mais oui, monsieur Georges ; c'était pour vous annoncer cette nouvelle-là que je suis venu.

GEORGES.— Toute ma famille en cette ville? Ah! mais c’est comme un rêve... Tu ne me trompes pas ? tu ne t'es pas trompé toi-même ?...Ce sont eux qui sont partis de Strasbourg pour venir à Mulhouse ?

JÉRÔME. — Je les ai vus partir et je suis arrivé presqu’en même temps qu'eux.

GEORGES (avec résolution).— En ce cas, tu vas me conduire près d'eux. car tu n’as pas pu venir m'apprendre cela sans avoir aussi à me dire: Vous allez les voir.

JÉRÔME.— Certainement... c’est bien ce que j’espère... pourtant vous ne pouvez pas aller les trouver à l’auberge où ils sont descendus.

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G&orGEs.— C’est vrai. Et mon père avec sa terrible malédiction !. Comment faire alors ?

JÉRÔME.— Ecoutez, car j'avais mon idée en venant vers vous. Si vous ne pouvez pas voir votre père. on peut amener ici le petit Henri.

GEORGES.— Qui nie l’amènera... toi ?

JÉRÔME.— Oh! non... on ne me le confierait pas. mais le père Thomas peut se promener avec lui... Je tâcherai de les amener de ce côté, pourvu, cependant, qu'il ne se doute pas que c’est chez vous qu'il conduit Henri.

GEORGES.— Si tu réussis, Jérôme, tu m'auras rendu bien heureux.

JÉRÔME.— Soyez tranquille, … j’arrangerai cela. Maître Jean-Paul qui est sans doute passe par ici pour une affaire de commerce, car il a apporté une grosse somme d'argent, a parlé d’aller ce matin chez un notaire... Je profiterai de son absence pour faire sortir le père Thomas... Voilà justement ‘’heure où votre père doit sortir.

GEORGES.— Alors... il faut te hâter.

JÉRÔME.— Je cours bien vite à l'auberge... mais je crains de le rencontrer. Si encore on pouvait venir ici, sans prendre par la grande rue,

GEORGES. -— Maïs oui, c’est possible... en sortant de ce côté... (IL désigne la gauche.;

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