‹ Le forgeron de Strasbourg [microforme]Chapitre 3 sur 77 · THOMAS, JEANNOT · texte numérisé non relu

THOMAS, JEANNOT

JEANNOT (passant la tête par la porte de droîte). —Vous êtes tout seul, père Thomas ?

THomas.— Ah! c’est ce pauvre Jeannot. Oui.

tout seul.

rg en 1870.

ais : JEANNOT.— Vous en êtes bien sûr ?

roisième, à 1 environs de ? THoMas.— De qui donc as-tu peur ?

JEANNOT.— Moi ? Je n’ai peur de personne, ni de rien. excepté de maître Jean-Paul, votre fils.

THoMaAs.— De lui ?... si bon...

JEANNOT.— Oui, il est bon !.. mais il vous a une poigne... c’est un étau.… puis... vu qu'il est forgeron de son état, il croit toujours avoir affaire à une en-

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en

clume... (Soupirant.) Vous savez qu'il m'a donné mon compte hier soir ?

THomas.— Oui.

JEANNOT.— J'ai fait mon paquet ce matin... mais en arrangeant mes hardes, j'avais le cœur gros... et la tête à l’envers, si bien que j’ai oublié mes bonnets de coton... ils doivent être dans ma chambre et je vais les chercher. Je ne peux pas dormir sans

mes bonnete de coton... c’est une habitude de naissance.

THoMas (avec intention).— Tu es donc résigné au départ ?

JEANNOT. — Il le faut bien. maître Jean-Paul ne revient jamais sur ce qu’il a dit; il a le caractère comme la main, il ne pardonne pas...

THoMas.— Une faute. c’est vrai, mais tu n’as fait qu'une sottise. Aussi, mon pauvre Jeannot, j'ai intercédé pour toi. et j’ai obtenu...

JEANNOT.— Ma grâce ?

THoMaAs.— Oui; par exemple, j’ai attendu pour

la demander que la nuit eût passé sur la colère de Jean-Paul.

JEANNOT.— Oh! j'ai cru qu’il me tuerait hier, quand il a su qu’au lieu de retenir sa place à la voiture de Mayence pour mardi soir, comme il me l’avait recommandé, je ne l’avais arrêtée que pour. aujourd’hui, mercredi. J'avais mal entendu. Ça n’est pas étonnant, c'était à la forge qu'il m'avait donné cet ordre-là ; et dame ! on fait du bruit à la forge.

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THoMas.— Jean-Paul avait écrit à son fils qu’il se mettrait en route mardi; Georges va l’attendre demain toute la journée... Tu es la cause que Jean- | Paul ne pourra assister aux examens de son fils, et | tu as retardé de vingt-quatre heures le bonheur qu’il se promettait de le revoir. …

JEANNOT.— Enfin, tant pis. Je puis donc défaire mon paquet? si

THoMaAs.— Sans doute. : pate

JEANNOT.— Et maître Jean-Paul ne reprendra :

pas avec moi la conversation d'hier ? |

THomas.— Il ne te parlera de rien. Seulement, à l’avenir, écoute un peu mieux ce qu il te dira.

JEANNoT.— J'ouvrirai les oreilles grandes comme mon chapeau ; merci, père Thomas, merci. (J(remonte et s'arrête pour regarder à la. fenêtre.) Tiens, voilà une voiture qui s'arrête devant notre Ue. un monsieur en descend.

THoOMASs.— Qui est-ce donc ?

JEeANNor.— Tiens, je ne me trompe pas; c’est ce jeune monsieur qui a passé un mois ici, les vacances dernières, et qui vous plaisait tant, père Thomas, : parce qu’il était l’ami de votre petit Georges.

THomas.— Ah!

Jeannor.— Enfin, c'est monsieur Léopold.

THoMAs.— Ouvre donc vite !...

JEANNOT.— Oui, l'escalier est dur à monter... Je sais ça. Je l’ai descendu sur le dos hier soir... (Il va ouvrir la porte et sort.)

Re SCÈNE II

LÉéopor.p, THoMaAs.

Léopor.p.— Bonjour, père Thomas.

THomas.— Ce cher monsieur Léopold! (1 lui donne une poignée de main.) Vous n'oubliez donc pas vos vieux amis ?

Léopor.p.— Oh ! non vraiment ! mais appelezmoi donc Léopold tout court comme autrefois... Il est vrai que depuis une année, Georges n’est plus mon camarade de classe, car, pour suivre la volonté de mon père, j'ai dû aller finir mes études à Paris, tandis que lui les continuait à Mayence. Mais les liens d'amitié qui nous unissaient sont toujours les mêmes.

THoMas.— Sans doute... Puisque vos études sont terminées, vous êtes votre maître, vous passereg'ici quelques jours. Georges qui revient demain aura une agréable surprise à son arrivée

Léopor.p.— Il ne me sera pas possible, père Thomes, de m’arrêter chez vous plus d’une heure. J'ai reçu hier une dépêche de mon père et je me rends directement à Berlin. Je ne pourrai pas même voir mon père en passant, car cette dépêche m'annonce qu’il a dû partir hier de Mayence avec son régiment pour se rendre à Munich.

THomas.— En effet, votre père est colonel, m'avez-vous dit ? Mais que signifient donc ces mouvements militaires qui se font sur tous les points de l'Allemagne ? La guerre est-elle aussi imminente qu'on le dit ?

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LÉéorozp.— Je le crains bien, père Thomas; inais quoi qu’il arrive, je me souviendrai toujours de vos bontés. À propos, je ne vois pas maître Jean- Paul, ni le petit Henri. Seraient-ils absents ?

THoMas.— Non, uon, l'enfant est au jardin ; je vais le faire appeler. Quant à Jean-Paul...

JEAN-PAUI (en dehors). — Hein! tu dis qu'il est avec mon père ?

THoMas.— Tenez, le voici.

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