SCÈNE XII
THoMaAs, JEAN-PAUL.
THoMas (à part).— Oh ! il est parti,
Jean-Paur,.— Mon père, savez-vous ‘le nom de cet homme ?
THomas.— Oui! Léopold vient de me l’apprendre. JkAN-Paur.— Léopold !.. C’est à cause de lui
que le colonel de Randorf a pu sortir vivant d'ici. mais je me vengerai, non père...
THomas. -- Non ! Jean-Paul. tu ne feras pas ce que tu as résolu de faire ; aujourd’hui la vengeance serait une offense à Dieu... un sacrilège.…
JEAN-PAUL (étonné). — Aujou.d’hui ?
THomas (des inrmes dans la voix).— Pour nous, c'est le jour de la prière ; pour toi, ce devrait être le jour du pardon.
JEAN-PAuL.— Je ne vous comprends pas, mon père...
THoMAs.— Jérôme est ici, mon garçon.
JEAN-PAUL (avec indifférence).— Ah ! Jérime était à Mulhouse, il y a quinze jours... pourquoi n’y estil pas resté ?
THomas.— C'est vrai... il était auprès de ce malheureux Georges qu’il ne devait plus quitter.
JEAN-PAUL.— Alors que vient-il faire ici? Que veut-il ? Parlez, mais parlez donc, mon père...
THomas (montrant un crêpe noir).— Tiens, Jean- Paul, voilà le signe de deuil que tu as porté quand tu es resté veuf et tes enfants orphelins.
JEAN-PAUL (avec anæiété).— Je sais, mon père.
je sais... mais pourquoi ce crêpe ? Nous n'avons plus à porter le deuil de personne, Dieu merci.
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THomas.— Je ne te dirai pas ce que tu devrais faire. mais, vois-tu, c’est ton devoir d’attacher ce crêpe au chapeau d'Henri.
JEAN-PAur.- Au chapeau d'Henri ? mais pourquoi donc ?
THoMas.— Parce que Henri n’a plus de frère, à présent.
JEAN-PauL (frappé, mais combattant son émotion). — Ah ! Georges est mort !
THomas.— Et voici ce qu’il lègue à son frère … (Il lui présente le nortefeuille.) Ce portefeuille renferme la part d’héritage que Georges reçut de moi, lors de notre passage à Mulhouse.
JEAN- PAUL (qui a pris le portefeuille).— Oui... et puis une mèche de ses cheveux, voilà tout !…. (Donnant le portefeuille à Thomas.) C'est vous, vousmême qui donnerez cela à Henri. C'est vous qui lui direz que son frère. moi je ne veux pas lui en parler. Dites bien à Henri qu’il ne m’en parle jamais. (A part.) Mort !
THoMaAs.— Jean-Paul, Henri ne voudra pas me croire, peut-être.
JEAN-PAUI.— Ne pas vous croire ?..,
THoMas.— Dame! quand notre voisin Bernard, à Strasbourg, est revenu de ce voyage, pendant lequel il avait perdu son fils, Henri a bien remarqué qu’il portait un crêpe à son chapeau... il m'a demandé pourquoi, et je lui ai dit que c'était l'usage quand on a perdu quelqu'un de sa famille. Il a bonne mémoire, cet enfant-là... Comment lui feraije comprendre... que c’est bien son frère, que c’est
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bien ton fils qui est mort, s’ii ne voit pas sur toi le signe du deuil ?
JEAN-Paur.— Vous voulez que.
THoMas.— Je ne te commande rien. Je ne te conseille rien, Jean-Paul. Mais ce fils si coupable a été bien malheureux... et à ce pauvre défunt, tu ne peux pas refuser les prières et les larmes de son petit frère.
JEAN-PaurL éprenant le crêpe).— Oui, il aimait bien Henri. (Sans rien dire, il attache le crêpe à son chapeau.)
THoMas.— C'est bien, Jran-Paul, ce que tu fais là... mais ce qui serait mieux encore, ce serait la prière, le pardon.
JEAN-PAUL (tombant à genoux).— Mon Dieu, pardonnez-lui ! Moi... je ne veux pas! je ne peux pas!