‹ Le forgeron. Drame-vaudeville en un acteChapitre 14 sur 19 · JOSÉPHINE, LOUISE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE, LOUISE

J0SÉPI1I\E, d part. La Yoil;\ donc devant moi... oh! je ne suis plus surpri<;c à préscnly.. cette beauté, cette jeunesse, et jusqu'à cet air de candeur. . . ah ! que je la hais î

LOUISE, à part. Je ne sais pourquoi, mais je tremble; les rei,'ards de cette femme me font peur.

JOSÉPIILXE, d part. Allons, du courage! (Haut.) Eh bien! mademoiselle, ce n'est pas moi que vous comptiez trouver ici?

LOUISE. En effet, madame, j'espérais y rencontrer monsieur lialthasar.

JOSÉnillXE. M. Ballhasar... alors je comprends votre désappointement, votre it»quiétude ;V ma vue.

. LOUISE. Madame, croyez que si j'avais pu prévoir...

JOSÉPHINE. Eh! quoi donc... mademoiselle, vous cherchez monsieur Balthasar, et en son absence vous rencontrer sa femme...

LOUISE, surprise. Sa i'emme!

JOSÉPHINE. Quoi de plus naturel?

LOUISE, voulant sorti.. Ah! madame, souffrez que je...

JOSÉPHINE, la retenant par le bras. Vous resterez.

LOUISE. Mais ..

JOSÉPHINE. Vmu.s resterez, vmis dis-)c , qunKjuc (C ne soit

pas ici votre place, car je veux devant lui entendre sortir de votre bouche l'aveu qui doit le confondre.

LOUISE, avec calme. Madame, je cesse de vous comprendre...

JOSÉPIIOE. Oh ne prenez pas la peine de mentir, car [e sais tout; je connais maintenant le secret de ce voyage à Tours, et c'est en vain que vous essaieriez de le nier.

LOUISE. Moi! et pourquoi le nierais-je ?

JOSEPHINE. Mais vous ne savez donc pas ce que c'est qu'une épouse outragée?., eh quoi! vous ne redoiUez pas ma colère !..

LOUISE, avec calme. Qu*ar-je donc fait pour me l'attirer?

JOSÉPHINE. Elle le demande... ahî croyez-moi, quittez ce masque qui vous sied simal .. quittez-le, si vous ne voulez pas que je l'arrache.

LOUISE, avec dignité. Madame, je ne suis pas venue ici pour entendre un pareil langage, etÇ5 suis sûre que si M. Ealthasar était là, un mot, un seul mot vous forcerait à modérer votre colère.

JOSÉPHINE. En effet, les droits que vous avez sur lui...

LOUISE. Ces droits, madame, valent peut-être les vôtres...

JOSÉPHINE. Mais moi je suis sa femme.

LOUISE. Et moi... je suis sa fille.

JOSÉPHINE, stupéfaite. Sa fille!., sa fille !.. est-il possible... oh ! de grâce, mademoiselle, répétez-moi encore que vous êtes sa fille.

LOUISE. Croyez-vous que je vous trompe?

JOSÉPHINE. Oh! non, non, pauvre enfant!., et moi qui l'accusais, moi qui osais la calomnier... si jeune, si douce!... me pardonnerez-vous ?

Elle lui tend la main,

LOUISE, la prenant. Madame...

JOSÉPHINE. Sa fille!... c'est qu'en effet... comment ai-je pu m'y tromper?... ces traits... ce regard... oui... c'est bien lui... c'est bien... [Comme frappée d'aune idce nouvelle.) Ah ! mon Dieu!

LOUISE. Qu'avez-vous?

JOSÉPHINE, à elle-même. Malheureuse!.,, oh! oui, malheureuse que je suis... en est-il moins coupable?

'LOUISE. Vous me repoussez encore!

JOSÉPHINE, très agitée. Non, non... pas toi... viens, oh! viens auprès de moi... aie confiance... tiens, voici ma main.

LOUISE. Comme elle tremble!

JOSÉPHINE. Mais non... tu te trompes... rois- je suis calme; parlons de toi... ton nom?

LOUISE. Louise.

JOSÉPlll\E. Eh bien! Louise... parlon>^ de toi... de ta mère... car tu as une mère ?

LOUISE. Madame...

JOSÉPUIXE, avec colère. Voyons, réponds-moi, où est-elle?

LOUISE, doucement et avec émotion. Elle est au ciel.

JOSÉPHINE. Morte... depuis?..

LOUISE. Depuis bientôt six ans.

JOSÉPHINE, acsc délire. Ah! dans mes bras, sur mon cœur... ( Louise se je lie dans ses bras.) Louise, mon enfant, ma fille, allons, allons... sèche tes larmes. [Elle lui essuie les yeux.) Que je suis heureuse! mais to^ pauvre petite, à peine sortie de l'enfance et déjà si à plaindre.

LOUISE. Elle m'aimait tant! si vous saviez ; et quand elle est morte, comme elle a souffert en pensant qu'elleme laissait seule et sans appui ici-bas.

JOSÉPHINE. Mais ton père?..

LOUISE. Il était alors au service, toujours absent, et soupçonnant à peine mon existence.

JOSÉPHINE. Cependant ce voyage à Tours... LOUISE. J'étais malade, et de l'avis d'un bon prêtre qui m'avait recueillie, j'écrivis à mon père.

JOSÉPHINE. Et il se hâta d'accourir?... oli ! je le reconnais bien là.

LOUISE. Les médecins m'avaient presque condamnée, el je l'avoue , la présence de mon père fit seule ma guérison ; hélas ! bientôt il fallut nous séparer de nouveau; mais il me fit entendre que peut-être un jour il me rappellerait dans ses bras, et que je trouverais auprès de lui ud second cœur pour m'aiuier.

yéir d' Yclva.

Alors mon cfriir s'ouvrit à l'espérance,

Dans l'avenir j'entrevis le bonheur.

Et, j'en conviens, dans mon impatience,

Souvent (lu temps j'accusais la lenteur;

Oui, chaque soir, a Dieu, dans ma prière,

Je répétais, levant vers lui mes yeux :

Ali ! guide moi daii.>i les bras de ma mère...

^9 {Se Jetant dans les bras de Joséphine,)

Le ciel enfin vient d'exaucer mes vœux. En rae donnant une seconde mère, Le ciel enfin vient d'exaucer mes vœux.

SCEWE XVIII.

Les mêmes, ROBERT.

ROBERT. Me voilà, me yoilà! ne vous impatientez pas.

LOUISE. Qu'entends-je?.. celte voix...

RORERT. Qu'ai-je vu? Louise!..

LOUISE. M. Robert!

ROBERT. Est-ce que je rêve ?.. vous ici !

JOSÉPHINE. Comment! vous vous connaissez?

LOUISE. Depuis six mois.

JOSÉPHINE. Ah! je comprends : une blessure, une jevme fille agenouillée, un ange!..

ROBERT. C'était elle... mais comment se fait-il?... ce brave curé...

LOUISE. Il est mort.

ROBERT. Ah! le pauvre cher homme! c'est dommage... ainsi vous voilà sans parens, sans appui, (Joséphine tend la main d Louise, qui se rapproche d'elle.) si ce n'est cette excellente madame Ballhasar, qui vous a déterrée je ne sais comment... mais patience... elle a dû vous dire si je me souviens toujours de Saint-Avertin et des journées que vous avez passées auprès du pauvre malade.

LOUISE. Vous y pensez encore ?

ROBERT. Oh! mille tonnerres, c'est un souvenir qui durera autant que moi ; aussi vous n'avez qu'à dire un mot, et si vous avez besoin d'un autre protecteur...

JOSÉPHINE. C'est ce que nous demanderons à son père.

ROBERT. Son père... mais je la croyais orpheline; et où estil ? que j'aille sur le champ. . .

JOSÉPHINE. Vous n'irez pas loin; n'est-ce pas, mon enfant?

ROBERT. Mais encore où ça?

JOSÉPHINE. Chez votre meilleur ami, chej mon mari.

ROBERT. Balthasar, son père!... allon5 donc, vous voulez vous moquer de moi.

LOUISE. Non, monsieur Robert, c'est la vérité.

ROBERT. Eh bien ! ma foi, il peut se vanter d'être un fameux sournois... avoir une fille de cet âge-là et la cacher à tout le monie, à moi surtout qui croyais connaître tous ses secrets.

JOSÉPHINE. Et nous qui lui cherchions une surprise?

ROBERT. Comment, il ne sait donc pas...

JOSÉPHINE. Rien du tout!., aussi la fête sera complète.

ROBERT. El je dis que le bouqu(;t sera soigné.

JOSÉPIIIXE. Mais je l'entends.

LOUISE. Mon père !

JOSÉPHINE. Plus tard tu le verras.

LOUISE. Mais pourquoi pas maintenant?

JOSÉPHINE. Robert, je vous charge de le retenir jusqu'à l'arrivée dfc, tous nos amis.

ROBERT. Soyez tranq ille... A bientôt, mamzeile Louise!... allez, allez avec madame Balthasar; elle connaît tous mes secrets. . je ne vous dis que ça.

ENSE.\IBLE.

Air de Mita,

11 va venir... que le mystère Cache l'espoir de nutre creur !

En ce moment un si bon père Ramène avec lui le bonheur.

\Joséphine entraîne Louise qui cherche à apercex oir wn ptre. )

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