‹ Le forgeron. Drame-vaudeville en un acteChapitre 16 sur 19 · SCENE XX · texte numérisé non relu

SCENE XX

ROBERT, puis MARCEL g« HYACINTHE.

ROBERT, seul. Wainteuant il ne m'est plus permis de reculer!., mais par quelle fatalité en est-il venu làl parbleu! il faut avouer que c'est jouer de malheur... je n'ai à Paris qu'un ami intime, c'est précisément avec lui que je vais me couper la gorge... et le jour ou je retrouve la femme que j'aime.

MARCEL, à Hyacinthe. Avancez donc, avancez donc... oh! prenez garde de tomber.

HYACINTHE, un peu gris. Mais c'est pas par là qu'est la fontaine de l'Eléphant.

ROBERT, d Hyacinthe qui vient le heurter. Qu'est-ce que c'est que ça?

HYACINTHE. De que?

MARCEL. Ça, c'est rien, ne faites pas attention... il a un peu trop levé le coude. . . et quand on n'a pas l'habitude. . .

ROBERT , soutenant Hyacinthe qui trébuche. Mais je ne me trompe pas, c'est Hyacinthe !

MARCEL. Tiens, vous savez son nom ?..

ROBERT. Voyons, camarade, regardez-moi donc un peu.

Il lui fait lever la tête.

HYACINTHE, regardant fixement Robert. De que... Oh! M. Robert, sapristi, ça m' fait plaisir. (Il le prend par le cou. ) Ça va bien, merci et vous... ma foi tant mieux, sapristi!., c'est moi que j'ai amené notre demoiselle.

ROBERT, à part. Mais le temps se passe... et des armes... où trouver des armes?..

HYACINTHE. De que?

MARCEL , à part. Des armes !

HYACINTHE. Il demande des armes !. . sapristi, commeça tombe, nous sommes amis... n'est-ce pas, eh bien! j'ai votie affaire...

ROBERT. Que veux-tu diie?

HYACINTHE. L'hérilaL^c do feu Dion onde le cuirassier... vous

savez...

ROBERT. Comment, il est mort?

HYACINTHE. Parfaitement...

Air du Parnasse des dames.

Chacun nie r^-pctait s.ins cesse Afin d'm'ciiipé^chcr de partir , Qu'en ch'min seul avec un' jeunesse , J'aurais plus d'un risque à courir... Moi, pas bêle, je sus comprendre A quels dangers je m'exposais, Ta j'empoilai pour me défendre Mon sabre et mes deux pistolets.

Et ^i le cœur vous en dit, sapristi?

ROBERT. J'accepte... va, cours me les cherchez iur le champ, et attends-moi au détour de la rue.

HYACINTHE, Sortant. A condition que vous me montrerez la fontaine de l'Eléphant.

MARCEL, dpart. Décidément, ça me paraît louche, et j'ai bien ciivie de prévenir la bourgeoise.

* Il entre tlicz Joséphine.

SCKNE XXI.

IIOBERT, puis JOSEPHINE tt MARCEL.

ROBERT, seul. 11 me reste encore qutdqucs in.^tan.s... profilons en pour écrire à Louise; on ne sait pas ce qui peut arriver, et si je ne doi*» plus la revoir, elle saura du moins que ma dernière pensée a été pour elle.

11 se met à la table et écrit.

JOSÉPHINE, sortant de sa chambre avec Marcel. Es-lu bien srtr d'avoir entendu?..

MARCEL. Oui, la bourgeoise, il a dit comme ça ; il ne me manque plus (|ue des armes, et l'autre lui a répondu : sapristi, je vais vous prêter mon sabre et mes deux pistolets...

JOSÉPHINE, has. C'est bon , laisse-nous.

MARCEL, d part. Toul ça ne m'annonce rien de bon pour la fête de ce soir; ma foi, au pelit bonheur... j' vas toujours chercher les autres.

Il sort.

ROBERT, se levant. Maintenant il ne s'agit plus que de la faire remettre, et de courir au rendez- vous... (// va pour sortir et rencontre Joséphine près de la porte du fond. ) Ciel! madame Balthasar !

JOSÉPHINE. Au rendez-vous!., quel rendez-vous! Robert, parlez...

ROBERT, cac^iant la lettre. Mais je vous assure...

JOSÉPHINE. Et cette lettre que vous cachez.. ..

ROBERT. Celte lettre, oh! mon Dieu, ce sont des couplets... oui... à l'occasion de votre anniversaire... mais on ne peut pas vous surprendre...

JOSÉPHINE. Robert, n'espérez pas me tromper... yotre émotion vous trahit.... mais depuis un quart-d'heure que s'est-il donc passé? vous avez vu mon mari... où est-il?

ROBERT. Balthasar?.. je n'ai pu le retenir, et moi-même il faut que...

JOSÉPHINE. 11 faut que vous sortiez, sans revoir Louise qui vous attend, et qui s'étonne peut-être déjà, qu'à peine réunis, vous mettiez ù la fuir un empressement...

ROBERT. Moi la fuir ! non , non , elfe ne le croit pas. (^ part, ) Oh! mon Dieu, il va m'attendra.

JOSÉPHINE. Robert j mes pressentimens me disent qu'un malheur nous menace; je vous en conjure, dites-moi ouest mon mari?

ROBERT. Je ne sais.

JOSEPHINE. Balthasar est violent, emporté... vous même, cematin encore, vous me disiez que vousétiezmauvaise tête... Robert, vous détournez les yeux! oh! vous me faites trembler.

ROBERT. Je vous le jure snr l'honneur... Balthasar ne court aucun risque.

JOSÉPHINE. Mais vous!., vous !.. que dire à Louise ?..

ROBERT. Louise!., oh! non, je ne !a verrai pai... mais puisqu'il le faut, cebillet pour elle... adieu... adieu...

JOSÉPHINE, chercliant d le retenir. Robert !.. ROBERT. Laissez-moi, laissez-moi, il y va de mon honneur !.

Il sort en couranta

SCKNE XXII.

lOSEPHLNB, ensuite LOI ISL\

JOSEPHINE, lloherl! oh î mon Dieu , où va-t-il! quel est son dessein ? je tremble... ah I celle lettre, oui je dois la lire avant delà remettre à Louise... pauvre enfant...

Elle lit

LOUISE, entrant. Que se passe-l-lldonc?.. ma mère...Y0usête3 seule... je croyais avoir entendu....

jcsEPDiNE. Qu'ai-je lu! les malheureux!... oh! je me sens mourir.

LOUISE. Mais qu'avez-vous... celte pâleur! ...

JOSEPHINE ,5e Jetant dans les bras de Louise. Pauvre Louise ! si tu savais!...

LOUISE. Au nom du ciel, que voulez-vous dire?

JOSEPHINE, se tétant avec impétuosité. Mais sans cloute , il en est temps encore. .. courons.

LOUISE. Où me conduisez-vous?

JOSEPHINE, perdant la tête. En effet., aucun indice... ah! mon Dieu , mon Dieu ! que faire!.. Ballhasar, mon maii... Robert...

LOUISE. Eh bien!

JOSEPHINE. En ce moment peut-être...

LOUISE. Achevez... vous me faites mourir. . .

JOSEPHINE. Mais non, cN'St impossible ..nous les rclrouveron>; viens, viens, ma fille... [S' arrêtant tout d coup.) Il est trop tard.

LOUISE. Trop tard!...

JOSEPHINE. Ahl dans celte chambre... entre... enlre, le di?je...

LOUISE. Mai? encore...

JOSEPHINE, nie faut! {Elle la pousse dans la chambre.) Mon Dieu, mon Dieu! qu'a-t-il fait de Robcvt?...

SCEx\E XXIII.

JOSEPHINE, BALTHASAR

Balthasar parait au fond, il a vu la porte de la chambre ae refermer, el il jette sur sa femme des regards de colère.

JOSEPHINE) cherchant àdéguiser son trouble. Eofin mon ami, te voilù.

BALTHASAR. Vous m'attendiez , n'est-ce pas?

JOSEPHINE. Mais sans doute.

BALTHASAR, luL prenant la main brusquement. C'est pour cela que vous tremblez...

JOSEPHINE. Oui, jo l'avoue, j'ai peur.

BALTHASAR. Peuf! nou pouT mcs joufs , mais pour ceux d'un autre.

JOSEPHINE , regardant avec inquiétude du côté du cabinet. Balthasar...

BALTHASAR. Et cct autrc, c'cst un infâme qui n'a pas craint de trahir lâchement l'amitié la plus franche, en déshonorant la femme de son ancien camarade...

JOSEPHINE. Plus bas, plus bas, de grâce. [A part.) Oh! devant elle!. .

BALTHASAR. Oh ! oui, tu as raison! tes regards se dirigent vers cette porte, parce que tu sais qu'il y a là un homme qui n'en sortira pasyivaut...

JOSEPHINE. Eh quoi!..

BALTHASAR. Quî n'en sortira pas vivant... malgré tes prières, malgré tes larmes...

JOSEPHINE. Mais Robert!., tu ne l'as donc pas tué?

BALTHASAR. Arrière, puisque le lâche m'écoule et qu'il n'eu atlend pas moins que je vienne l'arracher de sa retraite.

JOSEPHINE. Balthasar... noo... tu m'entendras.

BALTHASAR, saisissaut un marteau de forge. Arrière, te dis-je, ou sinon...

Il lève le marteau sur sa tète.

JOSEPHINE. Ah!..

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