‹ Le forgeron. Drame-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 19 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Lps Ouvriers forgerous, ensuite MARCEL.

La forge est en pleine activité.

Air des Huguenots.

Matin et soir, gais forgerons à l'ouvrage. On nous voit tous travailler avec courage ; Puis les plaisirs que nous avons en partage Plus tard pour nous Deviennent bien plus doux.

MARCEL j entrant. Ah ben, merci, vous êtes encore ici, à la besogne, quand la bourgeoise nous a donné campo par rapport à l'anniversaire de son mariage, excusez!..

UN OUVRIER. T'es ben pressé, moutard.

MARCEL. Dites donc, dites donc, moutard.

l'ouvrier, a peine s'il est deux heures à Saint-Paul.

MARCEL. Moutard... tiens au fait... il n'y a pas d'affront... je suis moutard., etbambocheur... les farces, c'est mon élément.

Air du Gamin de Paris (Granger).

J'aime à réveiller Les garçons des apothicaires;

Souvent à profit Je mets leurs sonnettes de nuit ;

J'aime à faire aller Les mart*'aax des portes cochères ,

Aussi dans ['quartier J' fais enrager plus d'un portier.

Moi le bruit me plait,

J'en conviens tout net;

Il faut, je m'en pique, M' voir dans un' fête publique ;

On peut sans égards,

Au nez des jobards

Ou bien des cagnard»

Ce jour-là tirer des pétards.

C dernier anniversaire J' fis partir un soleil Qui cert' pour la lumière N'eut jamais son pareil ; Mais v'ià qu'une étincelle Sant' sur un curieux, Lui brûle la prunelle Et lui rùlit les cheveux...

(P«r/é.) C'est qu'il fallait l'entendre, ce m'sieur : c'est une horreur.... c'est une abomination.... — Eh ben! de quoi, de quoi !.. pourquoi donc que vous tous mettez devant mon soleil?

Tra deri deri...

Voilà l'apprenti, Heureux, sans souci.

L'estomac plein, il s'moqu'du rCite, Tra deri dera...

Quand y grandira, P't-6trc qu'y changera; Mais d'ici là...

Drrrrra !

Quand sur 1' boulevard J* rencontre la garde montante,

On me voit toujours Marcher au pas prés des tambonrs;

Si j' suis en retard, Dès qu' l'occahion se présente,

F-n deux temps soudain

Je grimpe derrière un sapin.

Quand j' veux m'exercer L'hiver à glisser, J' laiss' là mon jeu d' bille Pour les fossés d'ia Bastille, L'été, quel plaisir D' pouvoir à loisir Aller s' rafraîchir Dans l'eau qu'un rayon fait bouillir 1 Mais gare la police l Un soir que je m'baignais, N'eut-eir pas la malice D'empoigner mes effets.

Nom d'un... quelle aventure!

Il m' fallut pour raison , Dans l'état de nature Regagner la maison...

[Parlé,) Came coûtait d'abord ua peu,., mais je ne pouvais pa5 passer ma vie dans la rivière... je n'ai pas été élevé à ça... d'ailleurs... après tout... tiens...

Tra deri deri...

Voilà l'apprenti , etc.

[Aux ouvriers.) Mais c'est pas tout ça... voyons, pour ce soir, c*est-y bien convenu?

L'OUVRIER. Sans doute.

MARCEL. Tous rendez-vous ici à la brune.

LES OUVRIERS. Oui... tous.

l'ouvrier. Et ensuite en avant les bouquets.

MARCEL. Mutus, j'entends le bourgeois; faut pas qu'il se doute de la chose.

Les ouvriers reprennent leurs travaux; Marcel se place au sou£Qet.

SC£]VË II.

Les Mêmes, BALTHASAR.

BALTHASAR. C'est bien, en fans , du zèle, de Tactivité... (Apercevant Marcel.) Ah! enfin Marcel!

MARCEL. Moi-même, bourgeois, et c'ie fois j'ai votre affaire, ail! dam! c'est qu' ça y est, du coup.

Il met la main à sa pocbe.

Ii\LTU\S\R, sévèrement. Drôle , vous n'étiez pas au soulTlet te matin, d'où venez-vous?

MARCEL, surpris et la main dam sa poche, D'ous que j'] deviens, mais je deviens...

BALTHASAR. Il suffit, la première fois que vous vous absenterez sans permission vous aurez affaire ù moi.

MARCEL. Mais, bourgeois, c'est vous qui...

BALTHASAR. Taisez-vous, je n'aime pas qu'on me raisonne.

MARCEL, tournant sur sts talons. C'est bon , une autre fois je me casserai les jambes... ah ! ouiche !

BALTHASAR, aux ouvriers. Ah! ça, vous autres, est-ce qu'on ne dine pas aujourd'hui?

LES OUVRIERS. Si fait, bourgeois, si fait.

BALTHASAR. Eh bien 1 allez donc, l'heure est sonnée... {A Marcel.) Quant à toi, pour ta peine, tu garderas l'atelier.

MARCEL. C'est fa, d' peur qu'on emporte les enclumes.

Reprise du Cliœur; les ouvriers sortent.

SCEIVE III.

liALTH.^SAR, MARCEL.

BALTHASAR, livement. Allons, mainlenant, cette lettre.

MARCEL. Tiens, je croyais que vous n'en vouliez plus.

BALTHASAR. Imbécille , est-ce que je ne t'avais paSif/^niinandé de ne me la rcmellre qu'en particulier. U 1:; >'•

MARCEL. C'est vrai, bourgeois , mais voyrz-vous, j'étais si (ontent... d'puis quinze jours qu'elle me fait droguer rue J.-J.

BALTHASAR. En finiras-tu ?

MARCEL. Attendez, c'est qu'elle est tout au fond de ma poche; non, c'est des bonshommes poiii mon diiu:r. .. si le cœur vous en dit.

BALTHASAR, inipatienti . Marcel.

MARCEL, lui dcniiani fa Ifiirc. La voilà.

BALTHASAR, U prenant avec vivacité. Ce n'est pas malheureux... (Lisant.) a Monsieur, j'ai la douleur de vous faire savoir que depuis tantôt deux mois que vous êtes venu chez nous à Saint- Avertin, nous avons la goutte dans les jambes de M. le curé, c'est ce aui fait que vous n'avez pas reçu de nos nouvelles comme à l'ordinaire le premier du mois. » [A lui-même.) Me voilà rassuré. [Continuant,) « Je vous dirai du reste que je me porte assez bien , ainsi que mademoiselle Louise ; mais ça serait bien malheureux si ça lui remontait dans l'estomac.

Hyacinthe, Custod!..

MARCEL, qui pendant ce temps s'est retiré au fond en mangeant son pain d'épice. Custod ! drôle d'état, custod!..

BALTHASAR, en colère. Hein ? tu m'écoutais.

MARCEL, La bouche pleine» J'aime plutôt pas Dieu.

BALTHASAR. C'est bon, tu sais que je déteste les bavards, ainsi tu ne parleras de cette lettre à personne.

MARCEL, Oh! pour ça, bourgeois, vous pouvez l'être tranquille.

BALTHASAR. Tu entends... à personne... pas même à ma femme.

MARCEL. Ça va sans dire; ni à votre ami intime.

BALTHASAR. Qui ça?

MARCEL. M. Robert, ce bel artilleur de Vincennes qu'est toujours fourré ici.

BALTHASAR. Comment?

MARCEL. C'est même étonnant qu'il ne soit pas déjà venu, d'aujourd'hui.

BALTHASAR, Robert, et pourquoi !

MARCEL. Oh 1 pour rien, je dis ça parce qu'hier soir, en s'en allant....

BALTHASAR. Hier soir?

MARCEL. Je l'ai entendu qui disait à la bourgeoise : à demain matin , de bonne heure.

BALTHASAR, préoccupé. Robert est venu hier soir?

MARCEL. A preuve que vous veniez de sorlir. ;t,

BALTHASAR. Et il est resté seul auprès de ma femme.

MARCEL. A preuve encore qu'on m'a renvoyé.... avec une calotte.

BALTHASAR, àUi-viême. C'est singulier... et ce n'est pa^ la

première fois que j'en tais la remarque... c'est toujours en mon absence que Robert... allons donc, est-ce que cela est possible!., mon meilleur ami, mon ancien camarade... pourtant...

Il se promèoe à grands pas , d'un air agité.

MARCEL, d part. Qu'est-ce qu'il a donc, le bourgeois ?

Jir de Foliaire citez Sinon.

On dirait qu'il est furieux , Pourquoi donc qu'il s'cogne la tOte?..

Bon, v'ià qu'il s' tire les cheveux...

Est-c' qu'il est fou ?.. ça deîient bête ! A r voir se prom'oer à grands pas Et fuir' des grimac's effrayantes , Franchement ne dirait-on pas Feu Martin du Jardin des Plantes.

BALTHASAR , h' arrêtant deiant Marcel. Qu'est-ce que tu fais là, toi?

MARCEL. Vous voyez, bourgeois, je fais comme vous , je m' promène.

BALTHASAR. Va-t-en.

MARCEL. Eh ben , et la forge ?

BALTHASAR, apercevant sa femme. Joséphine!.. {A Marcel.) Va-t-en, que j' te dis.

MARCEL. Ça suffit., tiens, au fait, ça m'arrange... fameux.

11 sort en fredonnant.

Page 1