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peu encourageantes, le comte se baissait vivement et se relevait presque aussitôt en poussant un cri de joie.
— Au contraire, s'écria-t-ii en montrant à son ami un objet qu'il tenait dans sa main, nous savons tout ! Regardez ce bijou.
— Le cachet de la comtesse de Maleval ! ditlejeune homme avec stupeur; je la croyais moins imprudente.
— Vous aviez raison, Armand; tous nos doutes sont levés. C'est bien la comtesse qui a voum me faire assassiner.
— A la bonne heure ! nous savons au moins a quoi nous en tenir. Maintenant, que comptez-vous faire?
— Rien, mon ami. Se venge-t-on d'une femme qu'on a aimée... et qui vous aime encore assez pour vous haïr?
— Bah ! bah t reprit le baron, billevesées que cela ! L'héroïsme est une duperie en cette circonstance; la comtesse n'est plus une femme pour vous, prenez-y garde. C'est une ennemie acharnée, qui, si vous ne la tuez pas, vous tuera sans le moindre ménagement.
— Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, mon ami ; mais jamais je n'aurai le courage d'armer mon bras contre une femme, si coupable qu'elle soit envers moi.
— C'est bon, je n'insiste pas, répondit rudement le jeune homme. Je me plais à croire que vous réfléchirez.
— Ma résolution est immuable, reprit le comte tristement.
— C'est bon ! vous dis-je, n'en parlons plus. Re- Drenez ce bijou, qui nous servira un jour ou l'autre.
— Espérons que non.
— Ah i vous pensez que cette belle dame s'en tiendra la? demanda ironiquement le baron,
— Oui.
— Loui3, mon cher Louis, vous eussiez mieux fait de ne jamais quitter les boudoirs et les ruelles de Versailles.
— Pourquoi?
— Au moins, là-bas, si les femmes ne sont pas des tîgresses de vertu, elles ne deviennent pas des hyènes altérées de sang et de vengeance.
— Mme de Maleval ne recommencera pas de tentative avortée, qui a déjà fait couler le sang d'un homme.
— D'un homme î vous êtes bien bon, comte. Je vous parle sérieusement, et ce que j'en dis, je le dis aussi bien pour vous que pour moi : soyons sur nos gardes, ne nous fions qu'à nous-mêmes, et voyons des ennemis dans toutes les nouvelles connaissances que le hasard nous fera rencontrer.
'— Charmante existence que vous nous préparez là, mon cner Armand, fit le comte avec un sourire contraint.
— La mort de votre frère et l'embuscade a laquelle
vous venez d'échapper sont des arguments assez pércmptoires pour que je ne me donne pas la peine de soutenir pareille thèse plus longuement. Nous n'avons plus rien à faire ici, partons !
— Soit !
Ils quittèrent alors la clairière et se dirigèrent vers l'anse aux Marigots.
Ne voulant pas continuer à s'entretenir des événements qui venaient de se passer, événements sur lesquels ils avaient chacun leur manière de voir, les deux officiers se mirent à causer de la pluie et du beau temps.
Ils atteignirent le lieu du rendez-vous à l'heure fixée pour le départ.
Berger et Kouha-Handé attendaient dans une pirogue.
Les deux soldats, vêtus en paysans canadiens et bien armés, fumaient leurs pipes, admirant philosophiquement un de ces merveilleux couchers de soleil comme on n'est jamais à même d'en admirer dans le vieux monde.
Après un court entretien, les six hommes prirent place dans l'embarcation.
La nuit tombait.
Au moment où parut la première étoile, la pirogue quitta la rive.