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fut assez fidèlement observé. Il était estimé de tous et savait tenir ses administrés dans le devoir. Sa longue et active carrière militaire avait ruiné sa santé; un vomissement de sang le prit dans la cathédrale, pendant la grand’ messe, le jour de l’Ascension de l’année 1703, et il expira neuf jours après, au château Saint-Louis.
Il fut enterré dans l’église des Récollets, à côté de Frontenac. Le Père Gelase, procureur des Récollets, prononça son oraison funèbre et lui donna “ de très justes louanges.”
Philippe Rigaud de Vaudreuil, qui portait le titre de marquis depuis la mort de son père, tué à la bataille de Luzzara, en 1703, succéda au chevalier de Callières et gouverna la colonie pendant près de vingt-deux ans. 11 eut à déployer beaucoup de tact et d'habileté pour maintenir la paix avec les Iroquois et régler les difficultés que suscitaient sans cesse, soit en Canada, soit en Acadie, les habitants de la Nouvelle- Angleterre. Il dut même, vers 1710, envoyer aux frontières des détachements de Canadiens et de Sauvages faire la guerre d’escarmouche afin de forcer les Bastonnais à rester dans leurs foyers.
La dernière expédition de Frontenac au pays des Iroquois (1696) et plus encore l’action bienfaisante des missionnaires, avaient rendu moins agressifs les farouches enfants de la forêt; mais ce ne fut qu’ après 1713 que la colonie put- enfin respirer et se livrer avec sécurité aux arts de la paix.
Pendant toute la période comprise entre le traité d’Utrecht (signé le 11 avril 1713) et les années qui précédèrent immédiatement la guerre de Sept Ans (déclarée le 9 juin 1756), le Canada fit des progrès merveilleux.
La construction des navires avait déjà pris en 1720 des
LE FOIiT ET LE CHATEAU SAINT-LOUIS
proportions considérables. Les habitants, protégés :et encouragés par le marquis Philippe de Vaudreuil, par son successeur le marquis Charles de Beauharnois, et les intendants Bégon et Ilocquart, s’employaient avec une ardeur nouvelle à défricher et cultiver le sol 1, à construire des voies de communication, à développer le commerce et l’industrie, pendant que le collège de Québec, le séminaire des Missions Etrangères et l’IIôpital-Général, à Québec, les Crsulines, à Québec et aux Trois-Rivières, le séminaire de Saint-Sulpibe et le collège préparatoire des Jésuites à Montréal, les Pères et les F rères Récollets et les religieuses de la Congrégation X otre-Damé dans leurs multiples établissements 2, et plusieurs instituteurs laïques subventionnés par les Jésuites, les Sulpiciens ou les curés, répandaient les bienfaits d’une éducation en tous points égale à celle que l’on donnait en France dans les établissements similaires.
Pendant quelque temps, un homme de loi distingué, M. Le Verrier, donna même quelques leçons de droit à Québec; mais cet essai de création d’une faculté de droit n’eut pas de suite. Les lois du pays étaient la Coutume de Paris, les ordonnances royales enregistrées au Conseil Supérieur de Québec, et les édits et ordonnances de ce conseil.
1 On a reproché aux Canadiens d’avoir défriché trop complètement leurs terres. On oublie qu’autrefois chaque buisson pouvait recéler un Iroquois, chaque arbre cacher un ennemi. Aujourd’hui c’est bien différent, et l’on commence à comprendre qu’un certain reboisement est devenu nécessaire.
2 Les premiers pensionnats des religieuses de la Congrégation Notre-Dame furent ceux de Montréal (fondé en 1657), de Oka (fondé en 1676), de la Sainte-Famille, Ile d’Orléans (fondé en 1685), de la Pointe-aux-Trembles, district de Québec (fondé en 1685), de la Pointe-aux-Trembles, district de Montréal (fondé en 1690), de Saint- François, rivière du Sud (fondé en 1703), de Boucherville (fondé en 1703) et de Laprairie (fondé en 1705).
DOMINATION FRANÇAISE
Le siège de Québec de 1G90 avait été une surprise; il n’en fut pas de même des formidables préparatifs d’invasion de l’amiral sir Bovenden Walker, en 1711. Ils étaient connus depuis plusieurs mois à Québec, où il régnait à la fois une telle anxiété et une telle ardeur qu’on en était arrivé à désirer de voir paraître la flotte angloaméricaine. Des moyens de résistance, rendus inutiles par le désastre de l’Ile-aux-Œufs 1 et l’anéantissement d’une partie de la flotte de Walker, avaient été organisés par le gouverneur-général, et, grâce à la générosité de ses habitants, la ville de Champlain put être considérée, en 1712, comme la place la plus forte, ou, plus exactement, la moins faible de l’Amérique du Word 2.
1 — 22 août 1711. Ce désastre fut connu dans la Nouvelle- Angleterre, et même en France, avant que la nouvelle n’en parvînt à Québec. A cette occasion, l’église de la basse ville de Québec, construite en 1088, et dédiée en 1690 a Notre-Dame de la Victoire, reçut le nom de
Notre-Dame des Victoires et l’on érigea à Montréal une petite chapelle qui fut appelée Notre-Dame de la Victoire, sur le côté ouest du passage qui conduit actuellement de la rue Notre-Dame à la chapelle de Notre-Dame de Pitié.
On lit dans V Annuaire de Ville-Marie de M. Iiuguet- Latour : “ Chapelle de Notre-Dame de la Victoire.- — Les Sœurs de la Congrégation en firent poser la première pierre en l’année 1718 (sur un emplacement qu’elles avaient donné dans leur enclos proche de l’église), et ce, en exécution d’un vœu qu’avaient fait, en l’année 1711, les Demoiselles de la Congrégation externe et d’autres personnes, de bâtir, en l’honneur de la Mère de Dieu, une chapelle sous le nom de Notre-Dame de la Victoire.
“Réduite en cendres le 11 avril 1768, elle fut rebâtie la même année, et la première messe y fut dite le 7 décembre 1768.
“ Cette chapelle servit de lieu de réunion aux Congréganistes de Notre-Dame de la Victoire, jusqu’au 14 octobre 1860, auquel jour ils fixèrent leur lieu de réunion à la chapelle de Notre-Dame de Pitié. ”
2 “On avait commencé, vers 1702, â fortifier cette ville sur les plans de M. Levasseur. Plus tard, en 1711 ou 1712, on avait jeté les fondements de deux tours, près des bastions Saint- Jean et du Palais, et élevé un mur derrière l’Hôtel-Dieu, sur la côte du Palais, d’après les plans de M. de Beaucourt. Mais tous ces plans étaient défectueux, et les travaux avaient été suspendus. M. de Vaudreuil