DOMINATION D II A N Ç'A I SE
C’était, à d’autres points de vue, une ville peu ordinaire que la jeune capitale au commencement du dix-luiitième siècle. Le judicieux Père Charlevoix écrivait en 1720: “ On ne compte guère à Québec que sept mille âmes; mais on y trouve un petit monde choisi où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable. Un gouverneurgénéral avec un état-major, de la noblesse, des officiers et des troupes; un intendant avec un Conseil supérieur et les juridictions .subalternes ; un commissaire de marine, un grand prévôt, un grand voyer, et un grand maître des eaux et forêts dont la juridiction est assurément la plus étendue de l'univers; des marchands aisés ou qui vivent comme s’ils l’étaient ; un évêque et un séminaire nombreux; des Récollets et des Jésuites, trois communautés de filles bien composées, des cercles aussi brillants qu’il y en ait ailleurs : voilà, ce me semble, pour toutes sortes de personnes de quoi passer le temps fort agréablement.
“ Ainsi fait-on, et chacun y contribue de son mieux. On joue, on fait des parties de promenades, l’été en calèche ou en canot, l’hiver en traîne sur la neige ou en patins sur la glace. On chasse beaucoup; quantité de gentilshommes n’ont guère que cette ressource pour vivre à leur aise. Les nouvelles courantes se réduisent à bien peu de choses, parce que le pays n’en fournit presque point et que celles de l’Europe arrivent toutes à la fois, mais elles occupent une bonne partie de l’année; on politique sur le passé, on conjecture sur l’avenir; les sciences et les beaux-arts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les ( ana-
reeominanda au régent, en 1710, de fortifier Québec, car. cette \i!U prise, le Canada était perdu. Après quelques délais, les travaux furent continués, en 1720, sur des plans donnés par M. ( liaussegios de Léry, ingénieur, et approuvés par le ministère de la guerre.
P.-X. Garneau, Histoire du Canada.
(liens, c’est-à-dire les créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque ici aucun accent.
" On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c’est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien, et personne 11e s’amuse à thésauriser. On fait bonne chère si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre; sinon 011 se retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustemens font bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille, et le plus beau sang du monde dans les deux sexes ; l’esprit enjoué, les manières douces et polies sont communes à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus' écartées.”
hui 1(21, toute la population de la N ouvell e=F rance s’élevait à 25,000 âmes. Elle était de 50,000 âmes en 1741, et onze ans plus tard, immédiatement avant la guerre qui fut pour nous la lutte suprême, elle avait atteint le chiffre de 80,000 âmes, l’armée comprise. La population de la Nouvelle- Angleterre s’élevait alors à 1,200,000. Nous étions un contre quinze.
Reprenons le récit sommaire de quelques-uns des événements qui suivirent la signature du traité d’TTtreeht.
M. de Yaudreuil passa en France en 1714, et en revint en 1716 b A son arrivée à Québec, il était tellement malade qu’il dut se faire transporter à l’ITôtel-Dieu, où
1 Ce fut M. Claude de Ramezay, gouverneur de Montréal, qui remplit les fonctions de gouverneur-général pendant l’absence de M. do Yaudreuil.
DOMINATION FRANÇAISE
il reçut les soins les plus empressés. Quelques semaines plus tard, il se rendait au Château Saint-Louis et il y annonçait officiellement la mort de Louis XIV et l’avènement au trône de son arrière-petit-fils Louis XV, de néfaste mémoire, alors âgé de moins de six ans.
Louis XIV avait vu disparaître de la scène du monde la plupart des hommes illustres et des brillants génies qui avaient jeté tant d’éclat sur son règne. Les années de malheur qui sanctifièrent sa vieillesse le firent grandir encore dans l’estime de ses contemporains et de la postérité; il vit son royaume affaibli, mais ne perdit rien de sa sereine et incomparable majesté: “ c’était une colonne restée debout au milieu des ruines.”
On lira sans doute avec intérêt les lignes suivantes, écrites ou dictées par une Canadienne, — la Mère Juchereau de Saint-Ignace, — en 1716, à l’occasion de la mort du grand roi :
“ Les premiers vaisseaux qui arrivèrent en 1716 nous apprirent le décès du roi Louis XIV, mort à Versailles le 1er septembre 1715, âgé de 77 ans, après le plus beau, le plus glorieux et le plus long règne que l’on ait vu. Il était tombé malade le dix d’août; sa maladie augmenta de telle sorte que, le 23, il demanda les Sacrements, qui lui furent administrés par M. le Cardinal de Rohan, grand aumônier de France; il les reçut très dévotement, formant de fervents actes de foi, d’humilité, de contrition et de confiance. Ce Monarque ne parut jamais plus grand que lorsqu’on lui annonça le danger où il était; bien loin de s’effrayer de ce qui alarmait tous ses sujets, il répondit qu’il y avait plus de dix ans qu’il pensait a mourir eu Roi chrétien, et témoigna une fermete et une conformité a la volonté de Dieu admirables pendant quelques jours. Il