IV * 5 J
1 écrire.
L'année 1721, dit INI . Garneau, vit naître en Canada une institution importante, les postes et messageries pour le transport des lettres et des voyageurs. “ L’intendant Bégon accorda à M. Lanouiller le privilège de tenir les postes pendant vingt années entre Québec et Montréal ; il lui imposa eu même temps un tarif gradué sur les distances. Le pays n’avait pas encore eu d’institutions postales; il n’a pas cessé d’en jouir depuis”1.
De concert avec Monseigneur de Saint-Y allier, deuxième évêque de Québec, et avec le concours de l’intendant Bégon, M. de Vaudreuil s’occupa à fixer les bornes des circonscriptions ecclésiastiques de la colonie et à créer définitivement cette forte organisation paroissiale — religieuse et civile — qui a été le rempart par excellence de la nationalité franco-canadienne aux jours d’épreuve qui suivirent la capitulation de Montréal (8 septembre 17 GO) et la signature du traité de Paris (10 février 1703). Le pays, déjà partagé en trois gouvernements (Québec, Trois-Rivières et Montréal), fut subdivisé en quatre-vingt-deux paroisses, dont trente-quatre sur la rive droite du fleuve Saint-Laurent, et quarantehuit sur la rive gauche. Les dernières paroisses à l’est étaient Kamoftraska et la Baie Saint-Paul : les dernières paroisses à l’ouest étaient l’Ile du Pads et Ohâteauguay. Cette première érection civile des paroisses fut définitivement arrêtée par un décret du Conseil d’Etat enregistré à Québec -en 1722.
En 1723, M. de Vaudreuil fit commencer à Montréal,
1 On peut aujourd’hui envoyer une lettre d’une once de Halifax à Victoria — distance de douze cents lieues- — pour la très minime somme de deux sous.
DOMINATION FRANÇAISE
sur un terrain maintenant occupé par la place Jacques- Cartier, un vaste château qui servit souvent de résidence
français, et fut occupé subséquemment par le premier collège de Montréal, du 1er octobre 1773 au G juin 1803., date de sa destruction par un incendie.
Le marquis Philippe Rigaujl de Vaudreuil, “ le bienaimé du peuple, ” expira au château Saint-Louis, le 10 octobre 1725, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Sa femme — Louise-Elisabeth de -Joybert — fut le soutien et le conseil de sa vieillesse. Séparée de lui pendant de longues années, qu’elle passa en France, elle n oublia jamais ni sa famille, ni sa patrie, et porta toujours dignement le nom de cet homme illustre.
Les cendres du marquis de Vaudreuil — nous l’avons déjà dit — furent déposées dans l’église des Récollets, voisine du château, et reposent maintenant dans la basilique Notre-Dame de Québec.
Les femmes au château sous le régime français. — Madame d’Ailleboust, — La marquise de Denonville et ses filles. — Elisabeth de Hallot d’Honville. — La marquise Philippe de Yaudreuil et ses filles. — Esther Wheelwright. - — La marquise Pierre de Vaudreuil-Cavagnal.
j" A liste des femmes qui séjournèrent au fort Saint- Louis, sous le régime français, n’est pas très longue. L'ous avons déjà nommé Madame d’Ailleboust, Madame la marquise de Brisajr de Denonville et ses trois filles: Bénigne 1, Catherine et Marie-Anne 2 3, ainsi que Mademoiselle de Hallot d’I Ionville L A ces noms il faut ajouter ceux de Madame la marquise Philippe de Yaudreuil et ses deux tilles, Marie-Louise et Louise-Elisabeth, celui de Mademoiselle Esther Wheelwright et celui de la marquise Pierre de Vaudreuil-Cavagnal.
1 Mère Bénigne-Thérèse de Jésus, religieuse carmélite, morte à Chartres, en France, le G août 1744, à l’âge de 73 ans, après 51 ans et six mois de vie religieuse.
2 Née au château Saint-Louis, à Québec, et morte religieuse en France. Elle était abbesse des Bernardines de Notre-Dame de l’Eau, près Chartres. L’abbaye des Bernardines de l’Eau fut fondée en 1226.
3 Fille de Messire Louis de Hallot d’Honville et de Marthe Leconte, — née le 27 mai 1658, â Boisvil)è, Beauce, en France, morte religieuse à l’Hôtel-Dieu de Québec, le 15 avril 1713.
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Les deux premières châtelaines du Fort Saint-Louis • (Madame d’Ailleboust et la marquise de Denonville) étaient françaises; les deux dernières (la marquise Philippe de Vaudreuil et sa belle-tille la marquise Pierre de Vaudreuil) étaient, l'une acadienne et l’autre canadienne.
Les deux premières habitèrent le premier château, au dix-septième siècle; les deux dernières habitèrent le deuxième château, au dix-huitième siècle.
Louise-Elisabeth de Joybert, marquise de Vaudreuil, dont nous avons mentionné le nom au chapitre précédent, était fille de Pierre de Joybert de Marson, seigneur de Soulanges, et de Marie-Françoise Chartier de Lotbinière. Elle naquit à Gemseck, sur la rivière Saint-Jean, où commandait son père, le 18 août 1G73, et fut ondoyee aussitôt par un chirurgien du nom de Lavergne. Elle tut baptisée soubs condition à Québec le 15 juin 1675, et eut pour parrain le comte de Frontenac et pour marraine Marie- Françoise d’ Amours (femme de Louis- Ihéandre Chartier de Lotbinière), son aïeule.
Vers l’âge de treize ans, elle entra au pensionnat des Ursulines de Québec avec une des tilles de la marquise de Denonville, Catherine de Brisay, qui n’était qu’une enfant. La marquise s’était prise d’affection pour la jeune Acadienne, dont toute la personne était extrêmement sympathique.
Mademoiselle de Joybert épousa le chevalier Philippe Ria’aud de Vaudreuil le 21 novembre 1690. M. de Vau-
dreuil avait alors quarante-sept ans; sa jeune femme en avait dix-sept.
Vous avons dit. que Madame de Vaudreuil passa de
longues années en Europe. Avant d’aller remplir à la cour de Versailles les importantes fonctions d’éducatrice des enfants de France, la marquise connut amplement les saintes joies et les nobles soucis de la maternité. Elle n’eut pas moins de douze enfants, dont trois — Philippe- Arnaud, né en 1705, Joseph-Hyacinthe, né en 1706, et Louise-Elisabeth, née en 1709, — virent le jour au château Saint-Louis.
Recommandée à la cour (probablement par sa vieille amie la marquise de Denonville), Madame de Vaudreuil dut quitter Québec pour se rendre à Versailles peu de temps après la naissance de sa dernière enfant, Louise- Elisabeth, baptisée à Québec le 12 septembre 1709. Elle avait été nommée sous-gouvernante des enfants de France l’année précédente (1708). Le navire qui devait la conduire en France partit de Québec dans l’automne de 1709 et fut pris par les Anglais; toutefois, il n’arriva rien de fâcheux à Mad aine de Vaudreuil et aux personnes qui l’accompagnaient. Le commandant du vaisseau ennemi se montra plein de déférence, et les fit débarquer au Havre, où se trouvait M. de Champigny qui les reçut avec empressement.
Madame de Vaudreuil avait alors un peu plus de trentesix ans. Elle se rendit immédiatement à Versailles, et fut accueillie avec bonté par Madame de Maintenon, qui la présenta au roi. On lui confia aussitôt l’éducation du jeune duc d’Alençon, et le duc de Saint-Simon, qui n’était, guère porté à flatter les gens, dit, dans ses Mémoires , qu’elle était bien au-dessus de son emploi. Refoulant au fond du cœur le chagrin qu’elle devait éprouver de ne pouvoir se consacrer à l’éducation de ses propres enfants au foyer domestique, et comprenant tout ce qu’il y avait
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d’important et d’auguste dans la mission qui lui était confiée, elle s’acquitta de sa tâche avec tant d’intelligence o>t de tact que, le jeune prince son élève étant mort, on la retint à la cour plusieurs années encore pour y élever les autres enfants du duc de Berry.
Elle acquit auprès des puissants du jour une influence dont elle se servit, pendant son séjour en France et plus tard, au bénéfice des membres de sa famille et de quelques autres personnes. Son esprit supérieur, ses solides principes, son instruction et les charmes de sa personne la firent apprécier hautement par l’entourage de Louis XIV, — entourage beaucoup plus sérieux que dans les premières années du règne de oe monarque
On peut voir par un mémoire daté de Versailles et adressé au ministre en 1710, qu’au milieu des enchantements et des exigences de la cour, la vaillante marquise ne perdait pas de vue les affaires politiques de la Xouvelle- France 1 2 3.
En 1721, la marquise se trouvait à Montréal Elle posait, en 1723, la première pierre du Château \ audreuil dont nous avons parlé au chapitre précédent. Une note de V Album des souvenirs canadiens, du Commandeur Viger, se lit comme suit:
“ Inscription trouvée le 15 mai 1806, sur la première pierre de l’angle sud-est de l’ancien Château V audreuil, à Montréal, employé comme premier Collège de cette ville,
1 Après bien des alternatives de chutes et de relèvements, Louis XIV s’était définitivement “converti” à l’âge de quarante ans.
2 Collection de manuscrits relatifs à la Nouvelle- France (Québec, 1884), vol. II, page 512.
3 Voir le volume de documents historiques publié par le gouvernement de Québec en 1893, page 184.
du 1er octobre 1773 au G juin 1803, (alors) qu’il fut détruit par le feu.
“Cette pierre * a esté posée * par * Dame 'x‘ LoVISE-ElISABETII "■ JoVABERE * FeMIIE * DE * Haut * ET P VISSANT * SeiGNEVR * PlIILIPPE DE U iGA vd * Chevalier * Marqvis ’x' de Yavdrevie * Grand * Croix * de 'x‘ St-Lovis * Govvernevr * Lievtenant * General * povr * le Roi * de "x'
TOVTTE * LA * No WELLE * FrANCE * SEPTENTRIO¬ NALE * En 1723 * le 15 May * — Sept Maison *
APPARTIEN * A MoNSIEVR * Le * MaRQVIS * DE *
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' AVDREVIL "
Madame Philippe de Vaudreuil atteignit l’âge de soixante-six ans et demi. “Elle ht son testament le 19 janvier 1740, et mourut à Paris peu de jours après, dans le même mois ” 1.
Vers les premiers jours de l’automne de 1708, la sentinelle du fort Saint-Louis présentait les armes à un religieux de la Compagnie de Jésus, qui se dirigeait vers le château. Le Père Bigot, un des plus zélés missionnaires de l’Acadie, venait rendre compte au marquis de Vaudreuil de l’heureux résultat de démarches commencées depuis déjà plusieurs années pour tirer des mains des Abénaquis une jeune Anglaise, une enfant de onze ans, Esther Wheehvrigbt, enlevée à, ses parents dans une journée- de carnage, et qui, depuis lors, avait partagé les misères d’une famille sauvage qui l’avait adoptée. Le missionnaire avait aperçu un jour sa blanche figure au
i DTIozier, Armorial de France, volume VI, page 363.
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milieu cl’un groupe de petits Abénâquis, et avait fait connaître sa. captivité à sa famille, qui habitait le voisinage de Boston.
M. de Vaudreuil s’était occupé activement du rachat de cette enfant. Il lui donna asile au château Saint-Louis et voulut la traiter comme un membre de sa famille. Madame de Vaudreuil la prit aussi en affection, et, comme elle comptait partir dans quelques mois pour la France, elle résolut de la placer chez les Ursulines avec sa fille, Marie-Louise de Ligand, âgée de près de huit ans. Le journal ou registre des Ursulines du 18 janvier 1709, contient la note suivante : “ Madame la Marquise nous a donné une petite Anglaise pour pensionnaire. Elle paiera 40 écus.”
Esther Wheelwright appartenait à une excellente famille et était admirablement douée, au physique et au moral. Elle se fit religieuse chez les Ursulines de Québec le 12 avril 1714, et prit le nom de Mère de l’Enfant- Jésus. Sa mère ne la revit jamais ; elle se déclara satisfaite de la savoir heureuse et se contenta de lui écrire des lettres
pleines de tendresse et. de lui envoyer de riches cadeaux.
M. de Vaudreuil, par égard pour la famille de la jeune fille, ne voulut pas d’abord prendre la responsabilité d’autoriser l’entrée en religion de Mademoiselle A\ heelwright. Me pouvant la confier à personne pour la conduire à Bôston, il la garda auprès de lui, avec ses propres enfants, de 1710 à 1712, année de son entrée au noviciat.
La jeune étrangère dont l’enfance avait été si tourmentée désirait ardemment vivre de la vie calme du cloître ; aussi fit-elle une religieuse modèle. Ses paients de la Nouvelle- Angleterre eurent à plusieurs reprises des rapports pleins de cordialité avec les Ursulines. Un de ses neveux vint même à Québec pour y voir sa légendaire
LE l'OBT ET LE CHATEAU SAINT-LOUIS
parente. On lui donna la permission d’entrer dans le cloître, et la pauvre petite prisonnière des Abénaquis, devenue religieuse professe et captive volontaire, put s’enquérir à loisir de tout ce qui concernait sa famille.
On lit dans Y Histoire du Monastère des Ursulines de Québec, vol. HT, p. 46.
“ Une autre fête, que les circonstances rendirent publique, fut celle du 12 avril 1764, jour où notre révé- “ rende Mère Supérieure, la Mère Esther Wlteelwright de “ l’Enfant-Jésus, renouvelait ses vœux de cinquante ans “ de profession entre les mains de M. Briant, vicaire- “ général du diocèse vacant, et notre très-digne supérieur- “ Bien ne manqua à la solennité ; M. Resche, notre très- “ digne confesseur, joua de l’orgue, et l’on chanta plu- “ sieurs motets pendant la sainte messe. M. Bêcher, de “ son côté, nous favorisa d’un très-beau sermon sur le 11 bonheur de la vie religieuse. Le Te Deum se chanta “ à l’issue de la presse, et nous eûmes le soir la bénédic- “ tion du Saint-Sacrement....” (Vieux Récit.)
“ Cette bien-aimée jubilaire était la première supérieure anglaise de notre maison, et, par une singulière coïncidence, elle entrait en charge au mois de décembre 1760, précisément à l’époque où la domination anglaise s’établissait, en Canada. Cette vénérée et chère Mère, qui devait tant à l’hospitalité française, semblait dire que le mélange des deux races n’ altérerait jamais en rien la charité, et que si, d’un côté, le monastère restait toujours profondément français, il saurait, de l’autre, apprécier le mérite des filles d’Albion.”
La révérende Mère Esther Wheelwright de l’Enfant- Jésus vivait encore en 1775. Elle mourut au vieux monastère des Ursulines de Québec, le 28 novembre 1780, à 8 heures du soir. Elle avait alors 82 ans.
DOMINATION KH ANC AI SE
La quatrième châtelaine du fort 'Saint-Louis fut Madame la marquise Pierre de Yaudreuil-Oavagnal, née Fleury de la Gorgendière, femme du dernier gouverneur du Canada sous le régime français.
Elle était fille de Jacques- Alexis Fleury de la Gorgendière et de Dame Marguerite de Cliavigny. ISTée le 10 janvier 1683, ondoyée par le Père Exupère, récollet, le 12 mars suivant, elle fut présentée à l’église paroissiale de Québec, pour les cérémonies du baptême, le 20 avril de la même année. A l’âge de vingt-et-un ans (le 15 juin 1704), elle épousa, en premières noces, à Montréal, François LeYerrier, seigneur de Rousson, capitaine d’une compagnie du détachement de marine de la colonie, et en eut deux enfants : Louis, né le 7 avril 1705, qui embrassa la carrière militaire et suivit sa mère et le marquis de Yaudreuil en France après la conquête ; et Jacqueline-AIarguerite, née le 1er juillet 1706, qui épousa Jean-Paschal Soumande le 3 septembre 1726 h
François LeYerrier étant mort, à Québec, le 6 novembre 1732, sa veuve épousa le marquis Pierre de Yaudreuil- Cavagnal, (fils du marquis Philippe de Vaudreuil et
1 De ce dernier mariage naquit Anne-Marguerite Soumande, qui épousa en premières noces Joseph Coulon de Jumonville (11 octobre 1745) et en deuxièmes noces Pierre Bachoie de Barante (15 décembie 1755), deux militaires.
Le marquis et la marquise Pierre de Vaudreuil furent présents au mariage de Pierre Bachoie de Barante avec la jeune veuve de Jumonville, née Soumande, petite-fille de la marquise, et ils signèrent k Pacte qui en fut dressé aux registres de la paroisse Notre-Dame de Montréal. On lit dans cet acte, portant la date du 15 décembre 1755, que le mariage fut célébré à Montréal, “ en présence de haut et puissant seigneur Pierre de Rigaut, écuyer, seigneur de Vaudreuil et autres lieux, gouverneur-général de toute la Nouvelle-France, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, de Dame Charlotte de Fleury de la Gorgendière, épo use du dit Seigneur de Vaudreuil, ayeiile de l’épouse ”..... La signature de la marquise, au bas de cet acte, se lit : Fleury Vaudreuil.
d’Elisabeth de Joybert), qui devint gouverneur-général de la Nouvelle-France en 1755 \
On connaît peu de chose de la vie intime de la marquise Pierre de Vaudreuil. Dans ses lettres confidentielles à à Eourl arnaque, le marquis de Montcalm mentionne quelquefois son nom. Le 3 mars 1758, il écrit :
“ Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne. M. et Mme de Vaudreuil y vont souvent- Le chevalier de Lévis en est quelquefois, et il a aussi les siennes.’’
Le 7 du même mois :
“ Les beaux jours continuent ; la fonte des glaces me fait craindre l’interruption des parties de M. de Mme de Vaudreuil, qui vont visiter les notables de la côte comme Ilenri IV chez les notables bourgeois de Paris-”
Le 8 octobre 1758 :
“Madame de Vaudreuil disait ce matin : M. le général, les Anglais disent bien que vous êtes un grand général. Le P. Floquet: Tout est dû à votre prudence et à votre bonheur. Rigaud pleurait de joie et de chagrin de la perte de ses Sauvages. Saint-Sauveur disait sa phrase favorite : Rogers est tué, c’est complet, habit, vestd et culotte."
Le 9 décembre de la même année :
“ Comme on écrit beaucoup de Montréal à Québec, j’aime mieux vous dire que, hier matin, à l’occasion de
i François-Pierre Rigaud de Vaudreuil, connu sous le nom de “ monsieur de Rigaud, ” frère du dernier gouverneur de la Nouvelle- France, épousa, le 2 mai 1733, demoiselle Louise Fleury de la Gorgendière, fille de Joseph Fleury de la Gorgendière, sieur d'Eschambault, et de Claire Jolliet, et nièce de la marquise de Vaudreuil-Cavagnal. Les deux frères épousèrent donc la tante et la nièce. Pierre et François-Pierre de Vaudreuil furent tous deux gouverneurs des Trois- Rivières, mais le premier seulement devint gouverneur-général du Canada.
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l’officier de milice qui disait que l’on était consterné, lorsque je faisais le siège du fort Guillaume-Henry, et que Webb avait grand’peur ; qu’il n’y avait personne à Orange et New- York, et que l’on aurait pris avec facilité Lydius, M. le Marquis de Yaudreuil rabâcha beaucoup sur cela, moi présent- A la fin, avec beaucoup de modération (car les assistants et le chevalier de Montreuil l’assurent), je lui dis mes raisons pour n’y avoir pas marché, qu’il ne fallait pas se repaître de chimères.
“ J interpellai M. Le Mercier, qui fut de mon avis et défila, et n’osa plus rester davantage ; et je conclus par lui dire modestement que je faisais de mon mieux à la guerre, suivant mes faibles lumières ; que, quand on n’était pas content de se,s seconds, il fallait faire campagne en personne pour exécuter ses propres idées. Les larmes lui en vinrent aux yeux, et il mâcha entre ses dents que cela pourrait être. La conversation finit de ma part : — -T’en serai comblé, et je servirai volontiers.
“ Madame de Yaudreuil voulut s’v mêler : — Madame, permettez cpie, sans sortir du respect qui vous est dû, j’aie l'honneur de vous dire que les dames ne doivent pas parler guerre. Elle voulut continuer : — Madame, sans sortir du respect, qui vous est dû, permettez que j’aie l’honneur de vous dire que si Madame de Montcalm était ici et qu’elle nous entendît parler guerre avec M. le Marquis de Yaudreuil, elle garderait silence.
“ Cette scène, devant huit officiers, dont trois de la colonie, sera brodée, rebrodée ; la voilà telle. Je lui parlai des vivres et, je lui dis : M. l’Intendant, qui est l’homme du Loi, comme vous, Monsieur ’, et qui, sur cette
i Dans l’exercice de ses fonctions d’intendant de justice, police et finances, M. Bigot relevait en effet directement de i’autorité royale. — E. G. , ; . i '
partie, doit être instruit, m’a écrit, dans le temps, qu’il n’ avait pas de quoi nourrir l’armée passé le dernier août. ISions étions au 9. Quoique sûrement Le Mercier le lui écrira, car il a dû entendre cette phrase avant d’avoir défilé, vous pouvez lui dire comme de vous-même, avec confidence, si vous le jugez à propos, sinon mot.
“ Le chevalier de Lévis, qui entra, ne se serait pas douté de la conversation, vu mon air tranquille, et j’y fus le soir à mon ordinaire ; et ce matin, je porte un hel œillet, qu’on m’envoie dans le moment, à Madame de Vaudreuil ; mais c’est odieux.”
Lo 8 mars 1759 :
L’histoire de mon empoisonnement s’est renouvelée dans le gouvernement de Montréal, il y a quinze jours, et a été à M. et Mme de Vaudreuil. Elle en a bien rabâché, et le peuple disait : On veut donc vendre le pays ! Au reste, je n’aime pas ces bruits. Ve parlez jamais de crime aux hommes.”
Le 25 juin 1759 (à l’arrivée de la flotte de Wolfe) :
“ Madame de Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal ; mais M. le Marquis nous reste.”
Dans toute cette correspondance intime, Montcalm répète souvent : Brûlez cette lettre — brûlez toutes mes lettres ■ Gela fait rêver. Comme l’a dit avec autant d’esprit que de justesse M. Joseph-Edmond Roy, “ la postérité est une grande décacheteuse de lettres ” : toutes celles dont nous venons de donner des extraits, ainsi que beaucoup d’autres adressées par Montcalm à Bourlamaque, sont devenues la propriété de sir Thomas Philipps ; M. Erancis Parkman possédait une copie manuscrite de toute la collection, et celle-ci a été imprimée et publiée, en 1891, par le gouvernefinent de Québec. La lettre du 9 décembre 1758, où il est question d’un dialogue assez vif entre Mont-
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calm et Madame de Vandrenil, suivi de l’envoi d’un œillet par le général à la marquise, a aussi été rééditée par M. l’abbé H. -Ta. Casgrain dans son ouvrage intitulé : Montcalm et Lévis b Après tant de publicité, personne n’aura de scrupules à la reproduire, malgré la recommandation de celui qui l’écrivait : Brûlez cette lettre , — brûlez toutes mes lettres.
Les Hospitalières de Québec ont conservé une lettre de la marquise de Yaudreuil-Cavagnal. Elle est signée : Fleury Yaudreuil.
Ainsi qu’on l’a vu plus haut, ce fut vers la fin du mois de juin 1759 que la dernière châtelaine du fort Saint-Louis sous le régime français quitta le château pour n’y plus revenir, béons la retrouvons au mois d’octobre de l’année suivante, sur le pont du navire Y Aventure, avec son noble époux, le marquis de Yaudreuil, M. de Rigaud et plusieurs des principaux acteurs du grand drame dont les péripéties venaient de se dérouler sur les rives du Saint-Laurent. Lorsque le vaisseau qui devait la conduire en France quitta la rade de Québec, le 18 octobre 1760, elle sentit sans doute son cœur -se gonfler en disant un suprême adieu au pays qui l’avait vue naître, à la ville qu’elle avait habitée en quasi souveraine, à Lbisitorique "château Saint-Louis, toujours debout sur son rocher, drapé dans la majesté de ses souvenirs, le flanc blessé par les obus et — spectacle étrange - — le front paré des couleurs victorieuses de l’Angleterre.
1 — -2 vol. in-8. L.-J. Deniers et Frère, éditeurs, Québec, 1891.
Le fort Saint-Louis, résidence de tous les gouverneurs de la Nouvelle- France — LTn visiteur étranger. — Kalm et le Canada en 1749. — Les intendants de la Nouvelle-France. - — • Le château Saint-Louis, demeure suzeraine.
i l n a vu que le fort Saint-Louis avait été habité par J Champlain et Montmagny avant la .construction du premier corps de logis désigné sous le nom de “ Château.''’ Celui-ci fut habité successivement par Louis d’Ailleboust, •Jean de Lauzon, d’Argenson, d’Avaugour, Mésy, Courcelles, Frontenac, La Barre, Denonville, et une deuxième fois par Frontenac, qui le fit démolir. Quant au deuxième château Saint-Louis, il fut habité, sous le régime français, d’abord par Frontenac, puis par Hector de Callières, Philippe de Yaudreuil, Charles de Beauharnois, La Galissonnière, La Jonquière, Duquesne de Menneville et Pierre de Vaudreuil-Cavagnal (1755-59). Ce dernier conserva le titre de gouverneur-général jusqu’au 8 septembre 1760, date de la capitulation de Montréal.
Parmi les personnages qui reçurent l’hospitalité au
EOJUNATIOX FRANÇAISE
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château, lions devons mentionner un savant botaniste, naturaliste et géologue, le docteur Pierre Kalm, suédois de nation, qui visita le Canada sous l’administration du comte de la Galissonnière, un autre savant doublé d’un marin et d’un homme d’Etat, et se trouva à Québec lors de l’arrivée du marquis de la Jonquière.
Kalm a publié, en langue suédoise, un journal de son voyage dans l’Amérique du Nord, qui a été traduit en anglais, en allemand et en hollandais- La partie qui concerné le Canada a aussi été traduite en français par Monsieur L.-W. Marchand, avocat, de Montréal, qui a de plus donné une analyse du reste de l’ouvrage. Ce journal est extrêmement intéressant. Nous en détachons quelques pages où l’auteur fait connaître la physionomie canadienne de l’époque et donne quelques renseignements sur la résidence du gouverneur-général.
“1er août 1749. — - Le gouverneur-général du Canada réside habituellement à Québec, mais il vient souvent à Montréal, et y passe généralement l’hiver- Le séjour de Québec est plus commode en été, à cause des arrivages fréquents de vaisseaux du roi, qui apportent au gouverneur des lettres auxquelles il doit répondre,, et pour l’expédition d’autres affaires propres à cette saison. Pendant sa résidence à Montréal, il habite le château, qui est une grande maison en pierre, bâtie par le gouverneur-général Yaudreuil, encore aujourd’hui la propriété de sa famille, qui la loue au roi. Le marquis de la Galissonnière, paraît-il, préfère Montréal à Québec, et, de fait, la situation de la première ville est beaucoup plus agréable que celle de la seconde. . . .
“ Montréal est la seconde ville du Canada. . . . Elle est passablement bien fortifiée, et entourée d’un mur élevé et
épais h A l’est, elle est protégée par la rivière St-Laurent, et sur tous les autres points par un fossé profond, rempli d’eau, qui défend les habitants contre tout danger d’une incursion soudaine des troupes de l’ennemi. Quelques maisons dans la ville sont bâties en pierre ; la plupart le sont en bois de charpente, mais très élégamment construites. Les maisons de première classe ont une porte donnant sur la rue, avec un siège de chaque côté de la porte, où l’on vient s’asseoir pour causer et se récréer matin et soir. Les rues principales sont droites, larges et coupées à angles droits par les petites rues. Il y en a qui sont pavées, mais c’est l’exception. La ville a de. nombreuses pontes : à l’est, du côté de la rivière, on en compte cinq, deux grandes et trois petites ; et sur l’autre côté il y en a pareillement plusieurs. . .
“ 2 août. 1749. — Ce matin, de bonne heure, nous nous embarquâmes pour Québec, en compagnie du second major de Montréal, M. de Sermonville. Mous descendîmes la rivière St-Laurent, qui est ici passablement large, ayant à notre gauche, au nord-ouest, l’île de Montréal, et à notre droite plusieurs îles et le rivage. Une population dense habite les bords de l’île de Montréal. . . . Les maisons sont bâties en bois, ou en pierre, et blanchies à l’extérieur. Les dépendances, telles que granges, étables, etc., sont toutes en bois. Le terrain dans le voisinage de la rivière est converti en champs de blé ou en prairies. Ça et là nous apercevons des églises qui se font face sur chaque côté du fleuve .... A six lieues de Montréal, nous passons en vue de plusieurs îles de différentes grandeurs, la plupart habitées ; celles qui ne le sont pas sont converties en champs de blé, plus souvent en prairies.
1 Le séminaire de Saint-Sulpice paya 1-e tiers du coût de ces fortifications. — E. G.
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“ Les fermes du Canada sont séparées les unes des autres de manière que chaque propriétaire a son bien entièrement distinct de celui de son voisin. Chaque église, il est vrai, est entourée d’un petit village ; mais il est formé principalement du presbytère, d’une école pour les garçons et filles, et des demeures des commerçants et artisans, rarement d’habitations de fermiers ....' Les maisons des paysans sont généralement bâties sur les bords de la rivière, à une distance plus ou moins grande de l’eau, et à trois ou quatre arpents les unes des autres. Quelques cultivateurs ont des vergers, c’est le petit nombre ; mais chacun a son jardin potager. . . .
“ Les maisons des fermiers sont généralement bâties en pierre, ou en bois de charpente, et contiennent trois ou quatre chambres. . . . Un poêle en foute chauffe toute la maison. Les toits sont couverts en bardeaux. . . . Les dépendances sont couvertes en chaume.
" De distance en distance, on voit des croix plantées le long du chemin, qui court parallèlement au rivage. Cet emblème est multiplié en Canada, sans doute afin d’exciter la foi du voyageur. . . . Les calvaires érigés près des églises sont couverts de sculptures représentant tous les instruments qu’ont dû employer les Juifs pour crucifier Uotre- Seigneur. . . .
“ Le paysage de chaque côté de la rivière est charmant, et l’état avancé de la culture des terres ajoute grandement à la beauté de la scène. On dirait un village continu, commençant. à Montréal et finissant à Québec, sur une ligne de plus de cent quatre-vingts milles. Les 'maisons des fermiers, à peu d’exceptions près, ne sont séparées les unes des autres que par une distance de trois à cinq arpents. T^a vue est très belle, surtout lorsque la rivière court en droite ligne l’espace de quelques milles ; alors les habitations
paraissent plus rapprochées les unes des autres, et offrent davantage l’aspect d’un village bâti sur une seule rue se prolongeant indéfiniment.
“ Toutes les femmes du payis, sans exception, portent le bonnet. Leur toilette consiste en un court mantelet sur un jupon qui leur va à peine au milieu de la jambe; une croix d’argent est suspendue à leur cou. En général, elles sont fort laborieuses ; cependant j’en ai vu quelques-unes qui, comme les Anglaises des colonies, ne faisaient rien que caqueter toute la journée. Lorsqu’elles travaillent en dedans de leurs maisons, elles fredonnent toujours, les filles surtout, quelques chansons dans lesquelles les mots amour et cœur reviennent souvent. . . .
6 août 1749. — Québec, la ville la plus importante du Canada, est située sur la côte occidentale de la rivière Saint-Laurent, tout au bord de l’eau. . . La montagne sur laquelle la haute-ville est située s’étend bien au-dessus des maisons de la basse-ville, bien qu'elles aient trois ou quatre étages de haut ; rien qu’à jeter un coup d’œil du palais 1 sur la basse-ville, dont partie se trouve immédiatement au-dessous, est assez pour donner le vertige . . . .
“ Le palais . (château Saint-Louis) est- situé sur
le côté ouest (du fleuve Saint-Laurent) et le côté le plus escarpé de la montagne, juste au-dessus de la basse-ville. Ce n’est pas précisément un palais, mais un grand bâtiment en pierre, à deux étages,' s’étend ant du nord au sud. L’entrée est à l’Ouest, sur une cour entourée partie par un mur,
1 Kalm appelle palais le château Saint-Louis, et il appelle maison de l’intendant le palais de l’intendant. Le nom de “palais”, donné à la résidence de l’intendant, est dû au fait que le Conseil Supérieur y tenait ses réunions. Lorsque, exceptionnellement, le Conseil Souverain (appelé plus tard Conseil Supérieur) se réunit au fort Saint- Louis. il tint ses séances “ dans la première ou dans la deuxième salle du château.” — E. G.
1 OMI NATION FRANÇAISE
partie par des maisons. Une galerie, large d’environ deux brasses (12 pieds), pavée en dalles et fermée par une balustrade en fer, règne tout le long de la façade de l’Est, qui donne sur la rivière ; on y a une vue splendide de la cité et du fleuve. C’est le promenoir par excellence de l’après-dîner, et aussi de ceux qui ont affaire au gouverneur-général, en attendant qu’il puisse les recevoir. Le palais est la résidence du gouverneur-général du Canada ; un piquet de soldats y monte la garde, tant devant la grande porte que dans la cour, et à l’entrée ou sortie du gouverneur ou de l’évêque, ces militaires doivent présenter les armes au son du tambour. Le gouverneur-général a une chapelle privée, ce qui ne l’empêche pas d’aller souvent entendre la messe à l’église des Récollets, qui est proche du palais.”
Après avoir donné une description de tous les édifices publics de la ville et des beaux jardins dont quelques-uns sont entourés, le narrateur continue :
“ La plupart des maisons de Québec sont bâties en pierre, et dans la haute-ville elles n’ont généralement qu’un étage, les édifices publics exceptés. J’ai vu quelques maisons en bois dans la ville, mais il ne sera pas permis de les rebâtir lorsqu’elles viendront à tomber en ruine. T ai brique n’est pas employée dans la construction des maisons ou des églises dans la cité ; on se sert d’un schiste calcaire noir extrait de la montagne meme sur laquelle
Québec est assis . Les toits des édifices publics sont
couverts en ardoises communes que l’on fait venir de France. .
“ L’ardoise des toits posés depuis plusieurs années ne paraît pas avoir souffert par suite des variations de l’air et du temps. Les demeures des particuliers sont couvertes en planches ajustées parallèlement aux chevrons ou aux bords des toits, et quelquefois obliquement.
“ Les coins des maisons et les cintres des croisées sont faits d’une pierre calcaire grise, à petits grains, qui jette une odeur fonte pareille à celle de la pierre puante, plus utile dans ce pays que l’ardoise, qui est sujette à se fendre sous l’action de l’air. L’intérieur des maisons est généralement blanchi. Les fenêtres sont placées en dedans des murs,, les double-châssis étant en usage à Québec. Le milieu du toit repose sur 'deux ou tout au plus sur tiois chevrons, couverts en planches seulement.
“ On chauffe les chambres en hiver avec de petits poêles en fer, qu’on enlève l’été. . . .
“ La poudrière — au sud du palais — occupe le sommet
de la montagne sur laquelle la cité est bâtie .
“ Les marchands (de Québec) s’habillent fort élégamment et poussent la somptuosité dans les repas jusqu’à la folie.
“ Les femmes sont tous les jours en grande toilette et
parées autant que pour une réception à la cour .
“15 août 1749. — Le nouveau gouverneur-général de tout le Canada, le marquis de la Jonquière, est arrivé la nuit dernière dans le pont de Québec ; mais, comme il était tard, il a remis son entrée officielle à aujourd’hui. Parti de France le 2 juin, il n’a pu parvenir plus tôt au
lieu de sa destination .
“ Ce jour est un jour de grande fête : celle de l’Assomption de la Vierge Marie, qui est célébrée avec la plus grande pompe dans les pays catholiquès-romains. Le 15 août de cette année sera donc une date doublement remarquable, tant à cause de la fête qu’à cause de l’arrivée du nouveau gouverneur-général, qui est toujours reçu avec beaucoup d’éclat, ce fonctionnaire ayant ici le rang d’un vice-roi.
“ Vers huit heures, les principaux habitants de la ville
DOMINATION FRANÇAISE
se sont assemblés dans la maison de M. de Yaudreuil, qui vient d’être nommé gouverneur des Trois-Rivières et dont le père a été gouverneur-général du Canada. Sa maison est dans la basse-ville. M. le marquis de la Galissonnière, gouverneur-général jusqu’à ce jour, et qui partira pour la "France à la première occasion, y vint pareillement, accompagné de tous les officiers publics. Je fus invité à assister à la cérémonie. A huit heures èt demie, le nouveau gouverneur-général est descendu de son vaisseau dans une chaloupe couverte d’un tapis rouge, et au même moment les canons, du haut des remparts, donnèrent le signal de mettre en branle toutes les cloches de la ville. Les personnes de distinction descendirent au rivage pour rendre hommage au gouverneur, qui, à son débarquement de. la chaloupe, fut reçu par le marquis de la Galissonnière. Après qu’ils se furent salués l’un l’autre, le commandant de la ville présenta au nouveau gouverneur-général, dans le langage le plus éloquent, une adresse à laquelle il répondit fort laconiquement et qui fut suivie d’une salve générale des canons des remparts. Toute la rue jusqu’à la cathédrale était bordée d’hommes sous les armes appartenant pour la plupart à la classe bourgeoise. Le gouverneur-général se dirigea vers la cathédrale, passant entre cette double haie- Il portait un habillement rouge tout galonné d’or. Ses gens, en livrée verte, le précédaient le fusil sur l’épaule. A son arrivée à la cathédrale, il fut reçu par l’évêque du Canada 1 revêtu de ses habits pontificaux, la tête couverte d’une large mitre dorée, une haute crosse d’argent massif à la main et entouré de son clergé. Après une courte adresse de l’évêque au gouverneur-gé-
1 Mgr de Pontbriand. Il devait, trois années plus tard, assister M. de la Jonquière à son lit de mort. — E. G.
lierai, un prêtre, accompagné de deux autres ecclésiastiques, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, qui tenaient en mains des cierges allumés, survint, apportant un crucifix d’argent fixé au bout d’un long bâton et le lui donna à baiser.
“ Ensuite le cortège se dirigea vers le chœur, en passant par la grande allée, dans l’ordre suivant : l’évêque suivi de son clergé, les gens du gouverneur marchant tête couverte et le fusil sur l’épaule, puis le gouverneur lui-même avec sa suite et la foule. A l’entrée du chœur, le gouverneur-général et le général fie la G-alissonnière s’arrêtèrent devant une stalle couverte d’un tapis rouge et y restèrent pendant tout le temps de la messe, qui fut célébrée par l’évêque lui-même. De, l’église il se rendit au palais (le château St-Louis), où les personnages de marque vinrent lui rendre leurs hommages. Les religieux des différents ordres, avec leurs supérieurs respectifs, vinrent lui témoigner leur joie de son arrivée.
“ De toute cette foule qui s’était portée au devant du gouverneur, aucun 11e resta 'pour le dîner, à l’exception de ceux qui avaient été invités d’avance, et j’eus l’honneur d’être de ce nombre. Le repas dura fort longtemps et fut aussi somptueux que l’occasion le demandait.
“ Le gouverneur-général, marquis de la Jonquière, était un homme de haute taille et paraissait alors âgé d’un peu plus de soixante ans. Il s’était battu avec les Anglais sur mer dans la dernière guerre; le combat fut acharné, mais les Anglais étant de beaucoup supérieurs en nombre, tant en vaisseaux qu’en hommes, il perdit la bataille et fut obligé de se rendre. Il fut blessé en cette occasion par une balle qui lui traversa l’épaule de part en part.
“ Quoique d’un caractère affable il savait conserver sa dignité avec ceux qui recherchaient sa faveur. . .
DOMINATION FI! ANC A I Si:
“ 25 août 1749. — - Toute la contrée est en état de culture et divisée en champs, en prairies ou pâturages. La plupart des terres sont couvertes de riches moissons de blé, d avoine blanche et de pois. La campagne est parsemée de fermes et d'habitations dont quelques-unes sont fort belles. . .
“ 29 août 1749. — Vus de la rivière, les environs de Québec sont des plus pittoresques. La ville est très élevée, et ses églises et ses monuments s’aperçoivent de fort loin. Les vaisseaux dans la rivière, au-dessous de la cité, ornent le paysage de ce côté. La poudrière, qui couronne le sommet de la montagne sur laquelle s’élève la ville, domine tous les autres édifices. La campagne qui se déroule sous nos regards le long de notre course ne nous offre pas un aspect moins enchanteur . . .
“11 septembre 1749. — Le marquis de la Galissonniôre 1. . ., âgé d’environ cinquante ans, est un homme de
i Kolland-VIicliel Bairin, comte de la Galissonnière, fut nommé commandant général de la Nouvelle-France par lettres-patentes du mois de juin 1747. Voici le préambule de ce document :
“ Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ; à tous ceux qui ces présentes verront, salut.
“ Le sieur marquis de la Jonquière, chef d’escadre de nos armées navales, que nous avions pourvu du gouvernement général de la Nouvelle-France, ayant été fait prisonnier dans un combat qu’il a soutenu contre une escadre anglaise, en faisant route pour s’y rendre, et estimant nécessaire de commettre au commandement général de la dite colonie un officier capable d’en remplir tous les objets avec le zèle, la capacité, l’expérience, la valeur et la prudence qu’ils exigent, nous avons choisi le sieur comte de la Galissonnière, l’un de nos plus anciens capitaines de vaisseau, et commissaire général d’artillerie, en qui nous avons eu occasion de reconnaître toutes ces qualités par les preuves qu’il en a données, et par les services importants qu’il nous a rendus en diverses occasions.
“ A ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mouvons, nous avons commis, constitué, ordonné et établi, etc. . . ”
Cette commission fut signée par Louis XV à Bruxelles, le 10 juin 1747, deux ans après la bataille de Fontenoy. — E. G.
petite stature, à la taille un peu déformée, et d'un extérieur agréable ; son savoir est vraiment étonnant et s’étend à toutes les branches de la science, surtout à l’histoire naturelle, dans laquelle il est si bien versé que, lorsqu’il commença à discourir sur cette matière, je crus entendre un autre Linné. M’entretenant avec lui de l’utilité de l'histoire naturelle, de la meilleure méthode à suivre pour l’apprendre et l’employer ensuite à améliorer l’état d’un pays, je fus étonné de le voir tirer ses raisons de la politique, aussi bien que de la philosophie, des mathématiques et d’autres sciences. Je confesse que mes conversations avec ce gentilhomme m’ont été très instructives et que j’en ai toujours tiré beaucoup de notions utiles. Il m’a indiqué plusieurs moyens d’employer l’histoire naturelle à des fins politiques en vue de rendre un pays assez puissant pour humilier ses voisins envieux. Un plus grand protecteur de la science n’a jamais existé et n’existera peut-être jamais en Canada. Il ne fut pas plus tôt installé dans sa charge de gouverneur-général qu’il combina cette série de mesures pour obtenir des informations sur l’histoire naturelle, que j’ai mentionnées plus haut. Lui arrive-t-il de voir des gens qui ont séjourné dans quelqu’un des établissements les plus éloignés du pays, ou les ont parcourus, il ne manque jamais de les questionner sur les arbres, les plantes, le sol, les pierres, les minéraux de ces localités. U s’informe également de l’usage que les habitants font de ces choses, de leur méthode de culture, des lacs, rivières ou passages de ces pays, et de nombre d’autres détails. Il ne laisse partir ceux qui paraissent avoir des notions plus claires que les autres qu’ après en avoir obtenu une description circonstanciée de ce qu’ils ont vu. Il prend note de toutes ces informations, en rédige lui-même
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îles rapports, et grâce à cette grande application si peu commune chez les personnes de son rang, il s’est bientôt acquis une connaissance parfaite des parties les plus éloignées de l’Amérique. Les prêtres et les commandants des forts qui se rencontrent chez lui, en visite, à leur retour de contrées quelquefois très distantes les unes des autres, sont surpris des questions qu'il leur pose et émerveillés de le voir si bien renseigné; il n’est pas rare qu’il leur dise que, près de telle montagne on tel rivage, où ils sont allés souvent faire la chasse, il y a telle plante particulière, des arbres de telle espèce, que le sol est de telle ou telle qualité, qu’on y trouve un certain minéral ; or, toutes ces informations, dont l’exactitude étonne les voyageurs, il les a obtenues d’avance. ÙTais quelqnes-uns de ses administrés, qui ne sont pas dans le secret, l’entendant faire une description de toutes les curiosités de lieux situés quelquefois à deux cents milles suédois de Québec, et où il n’a jamais mis le pied, croient qu’il a une connaissance surnaturelle des choses. Il n’y a jamais eu un meilleur homme d’Etat que lui, et personne ne peut prendre des mesures plus judicieuses et choisir des moyens plus efficaces pour l’amélioration d’un pays et l’accroissement de sa prospérité.”
Kalm parle ensuite de la flore et de la faune canadienne, de la fabrication du sucre cl’érable, etc. ; puis il donne des détails sur le prix des animaux des fermes et des produits du sol. A la date du 27 septembre 1749, il écrit:
“ LTn cheval de moyenne encolure coûte maintenant quarante francs et plus. Un beau cheval vaut cent francs h
1 Tous les chevaux canadiens, dit encore Kalm, sont forts, vifs, bien faits. . . On se plaint généralement que le peuple de la campagne commence à élever un si grand nombre de chevaux que les bestiaux manquent de fourrage en hiver. ”
Voir la petite étude sur les chevaux canadiens insérée il l’appendice de ce volume.
Une vache se- vend cinquante francs, niais il y a des gens qui se rappellent le temps où l’on pouvait s’en procurer une pour dix écus. (trente francs). Un mouton coûte cinq francs. . . . Un cochon d’un an, pesant cent cinquante à deux cents livres, se vend quinze francs. M. Couâgne, le marchand, m’a dit avoir vu un cochon du poids de quatre cents livres chez les Indiens. Un poulet vaut de dix à douze sous, un coq d’Inde vingt squs. Un. minot de bled . . . .coûte quarante sous. Le maïs vaut toujours le même prix <pie Je bled, parce qu’il n’y en a que très peu ici, et ce peu est accaparé par ceux qui font le commerce avec les Indiens. Un minot d’avoine vaut quelquefois quinze à à vingt sous. . . .Les pois ont toujours la même valeur que le bled. Le beurre coûte ordinairement huit à dix sous la livre. . . .Une douzaine d’œufs ne coûte généralement que trois sous. . . .11 ne se fabrique pas .de fromage à Montréal.”
Le savant botaniste se laisse gagner par l’enthousiasme en parlant des environs de Québec et des plateaux de Lorette, de Charlesbourg et de Beauport, couverts d’une admirable végétation. “ Les hautes prairies, en Canada, sont excellentes, dit-il, et de beaucoup préférables à celles des environs de Philadelphie et des autres colonies anglaises. Plus j’avance au nord, plus elles sont belles, et plus le gazon en est riche et fourni.”
11 y a loin de ces affirmations à ce que Voltaire écrivait à M. de Moncrif, le 27 mars 1757 : . . .On plaint ce
pauvre genre humain qui s’égorge dans notre continent à propos de quelques arpents de glace en Canada.” 1
1 Lire, a ce sujet, le mémoire de M. Joseph Tassé, publié par la Société Royale du Canada et intitulé : Voltaire, Madame de Pompadour et Quelques Arpents de Neige. (1892). — E. G.
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Les habitants des campagnes canadiennes avaient tonjours sur les lèvres quelques chansons des vieilles provinces de France. Ils vivaient de peu, étaient ingénieux, hardis, honnêtes, d'humeur joyeuse. Ils avaient le culte de la mère-patrie et servaient le roi avec un désintéressement, une bravoure, une loyauté qui ne se démentirent jamais. Ivalm dit que les habitants du voisinage de Québec apportaient à la ville presque tous les produits de leurs terres, ne se réservant pour eux que ce qui était strictement nécessaire à leur subsistance. Pourtant, remarque-t-il, ils sont gais. Dans les communautés religieuses de Québec et de Montréal, dont le voyageur suédois parle avec sympathie, quoique protestant, vivait aussi une population pauvre mais gaie. En somme, la colonie de la Nouvelle-France, pauvre encore dans un sens absolu, était à l'aise dans un sens relatif. Les penseurs qui comptent le “ renoncement ’’ comme un facteur important dans la condition économique d’un peuple ont raison.
LTne grande partie des habitants de la ville de Québec étaient nés en France ou appartenaient à des familles récemment établies dans la colonie.
Encore quelques citations empruntées au Voyage dans V Amérique du Nord:
“. . . .La différence entre les manières et les coutumes des Français de Montréal et du Canada et celles des Anglais des colonies américaines est la même qui existe entre ces deux nations en Europe. Ici, les femmes, en général, sont belles; elles sont bien élevées et vertueuses, et ont un laisser-aller qui charme par son innocence même, et prévient en leur faveur. Elles s’habillent beaucoup le dimanche, mais les autres jours, elles s’occupent assez peu de leur toilette, sauf leur coiffure, qu’elles soignent extrê-
mement. . . ” Elles sont “ dures an travail, surtout parmi le peuple; on les voit toujours aux champs, dans les prairies, aux étables, ne répugnant à aucune espèce d’ouvrage. .... Les hommes sont extrêmement polis, et saluent en ôtant leurs chapeaux, chaque personne, indistinctement, qu’ils rencontrent dans les rues . . .
“ Chose curieuse ! tandis que beaucoup de nations imitent les coutumes françaises, je remarque qu’ici, ce sont les Français, qui, à maints égards, suivent les coutumes des Indiens, avec lesquels ils ont des rapports journaliers. Ils fument, dans des pipes indiennes, un tabac préparé à l’indienne, se chaussent à l’indienne et portent jarretières et ceintures comme les Indiens. Sur le sentier de la guerre, ils imitent la circonspection des Indiens ; de plus, ils leur empruntent leurs canots d’écorce et les conduisent à l'indienne; ils s’enveloppent les pieds avec des morceaux d’étoffe carrés au lieu de bas, et ont adopté beaucoup d’autres façons indiennes. -Un étranger entre-t-il dans la maison d’un paysan ou cultivateur canadien, aussitôt il se lève, salue le visiteur d’un coup de chapeau, l’invite à s’asseoir, puis il remet son chapeau et s’assied lui-même. Ici tout le monde est Monsieur ou Madame, le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame . . .
“ îl J a une distinction à faire entre les dames canadiennes, et il 11e faut pas confondre celles qui viennent de France avec les natives. Chez les premières on trouve la politesse qui est particulière à la nation française. Quant aux secondes, il faut bien faire une distinction entre les dames de Québec et celles de Montréal. La Québecquoise est une vraie dame française par l’éducation et les manières; elle a l’avantage de pouvoir causer souvent avec les personnes appartenant à la noblesse, qui viennent chaque
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année de France, à bord des vaisseaux du roi, passer plusieurs semaines à Québec. A Montréal, au contraire, on ne reçoit que rarement la visite d’hôtes aussi distingués. Les Français eux-mêmes reprochent aux dames de cette dernière ville d’avoir beaucoup trop de l’orgueil des Indiens et de manquer d’éducation. Cependant, ce que j’ai dit plus haut de l’attention excessive qu’elles donnent à leur coiffure s’applique à toutes les femmes du Canada. Les jours de réception, elles s’habillent avec tant de magnificence qu’on serait porté à croire que leurs parents sont revêtus des plus grandes dignités de l’Etat. . . .Les dames canadiennes, celles de Montréal surtout, sont très portées à rire des fautes de langage des étrangers ; mais elles sont excusables jusqu’à un certain point. ... ; au Canada on n’entend presque jamais parler le français que par des Français, les étrangers n’y venant que rarement. Quant aux Sauvages ils sont trop fiers pour s’exprimer dans une autre langue que la leur, et les Français sont bien obligés de l’apprendre. . . . Pour continuer la comparaison entre les dames de Québec et celles de Montréal, j’ajouterai que celles-ci sont généralement plus belles que les premières.
“ Les manières m’ont semblé quelque peu libres dans la société de Québec. . . .A Montréal, les filles sont moins frivoles et plus adonnées au travail. On les voit toujours occupées à coudre quand elles-n’ont pas d’autres devoirs à remplir. Cela ne les empêche pas d’être gaies et contentes; personne ne peut les accuser non plus de manquer d’esprit ni d’attraits. Leur seul défaut, c’est d’avoir trop bonne opinion d’elles-mêmes. Notons à leur louange que les filles de tout rang, sans exception, vont au marché et rapportent avec elles les provisions qu’elles y ont achetées. Elles se lèvent de bonne heure et se couchent aussi tard
que qui que ce soit dans la maison. D’après ce qui m’a été dit, je suis porté à croire que leur dot, en général, est peu considérable, à cause du grand nombre d’enfants dans chaque famille et de la modicité des revenus. . .Les jeunes gentilshommes qui viennent de France, chaque année, sont captivés par les dames de Québec et s’y marient ; mais comme ces messieurs vont rarement à Montréal, les jeunes hiles de cette dernière ville n’ont pas souvent semblable fortune.”
Comme la plupart des voyageurs, le naturaliste suédois était porté à conclure du particulier au général, ce qui lui a fait commettre quelques inexactitudes. Néanmoins son journal respire une bonne foi évidente, et jette une vive lumière sur les développements qu’avait pris la Xouvelle- France sous les longs et sages gouvernements du marquis Philippe de Vaudreuil et de son successeur le marquis Charles de Beauliarnois.
Kalm ne paraît pas avoir accordé d'attention particulière à un personnage (pii venait d’arriver dans la colonie, où il devait se rendre tristement célèbre : François Bigot, nommé u intendant de justice, police, finances et marine, en Canada, Louisiane et toutes les terres et îles dépendantes de la Nouvelle-France,” par commission datée du 1er janvier 1748. 11 succédait dans cette charge d’intendant
à Talon, Bouteroue, Ducliesneau, Demeulles, Champigny,. François de Beauliarnois, Baudot, père et fils, Bégon, Dupuy, d’Aigremont (1) et ILocquart.
Fne des fonctions de l’intendant était de recevoir la foy et hommage des seigneurs canadiens. Cette cérémonie devait s’accomplir au château Saint-Louis, résidence suzeraine pour tous les fiefs et. seigneuries de la NTouvelle- France.
1 Celui-ci était .commissaire oulonrateur.
La féodalité en Canada. — Les seigneurs au château Saint-Louis. — Foy et hommage. — Abolition de la tenure seigneuriale. — Le juge Würtele, dernier seigneur canadien admis à la foy et hommage. — Les archives féodales de Québce. — Lexicologie.
I 'institution du régime féodal en Canada, dans la mesure restreinte voulue par Louis XIV (après l'abolition de la compagnie des Cent- Associés et de la compagnie des Indes Occidentales), fut un bienfait pour la colonie et un des dons précieux que nos ancêtres durent au. génie et à la sollicitude du grand roi.
Il est à l’honneur de notre race (le dire que les seigneurs franco-canadiens ont été fidèles à remplir envers leurs censitaires les obligations imposées par la volonté royale, et que, sous l’ancien régime, ils n'ont jamais abusé des prérogatives dont ils étaient revêtus. Ceux qui, à cette époque, négligèrent de favoriser la colonisation et n’eurent
pas de censitaires, virent leurs titres annulés et leurs seigneuries passer en d’autres mains h
Voici, en résumé, ce que fut la tenure seigneuriale en Canada pendant près de deux siècles:
“ Le roi tenait en dépôt, pour le besoin de ses peuples, des terres appelées le domaine du roi. La distribution de ces terres demandait un système administratif quelconque : le roi pensant avec raison qu’il était expédient de disséminer sur la surface du nouveau pays un nombre d’hommes intelligents et actifs chargés de le faire établir moyennant un intérêt à eux accordé dans les progrès de ces établissements, choisissait des agents auxquels il octroyait une étendue de terre suffisante pour y fonder une petite colonie; il les obligeait à s’y fixer, et à cette fin il était permis à ces agents de se choisir, chacun, dans les limites de son agence, une terre pour son usage exclusif. ( Origine du domaine privé.)
u Le roi désirant s’assurer l’obéissance de ses agents à ses ordres leur ordonnait de venir de temps à autre lui en faire le serment. ( Origine de, la foi et hommage.)
i “ Dès l’origine, les terres propres à la culture qui bordent le Saint-Laurent avaient été divisées en seigneuries de plusieurs lieues de superficie, et concédées aux colons qui, par leurs états de service militaire ou par leur naissance, en étaient jugés dignes, à la charge par eux d’y établir, sous un certain délai, un nombre déterminé de colons tenant feu et lieu, et d>’y bâtir un moulin pour moudre les grains de leurs censitaires.
" A défaut par le seigneur de remplir ces conditions, il était déchu de son droit, et la seigneurie était réunie au domaine royal.
“ Ces obligations imposées aux concessionnaires de seigneuries, contribuèrent grandement à accélérer les défrichements de la colonie. Les seigneurs, dans le but de conserver leurs privilèges, se transformaient en autant d’agents de colonisation ; car, si les colons faisaient défaut dans leurs domaines, il leur fallait de toute nécessité en faire venir eux-mêmes de, France. C’est ainsi que la plupart de nos seigneuries ont été établies. Les régiments licenciés dans la colonie à divers intervalles ont aussi fourni un contingent considérable tant de seigneurs que de censitaires.” — R. Lesage. — La Province de Québec et l’E migration Européenne.
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Le roi voulant veiller à rétablissement du pays et pouvoir facilement se procurer les renseignements nécessaires sur le progrès de la colonie, obligeait ses agents à lui fournir ces renseignements, (Origine de l’aveu et dénombrement .)
“ Pour empêcher que l’intérêt créé en faveur des agents dans la chose commise à’ leurs soins ne fût changé par eux en moyen de spéculation, le roi exigeait qu’au cas de vente de 1 investiture, il lui serait payé un cinquième du prix d'achat. (Origine du quint.)
“ Pour empêcher que les agents ne malversassent en re-* fusant de faire établir, en vendant, en exigeant des redevances trop onéreuses ou prohibitives, le roi leur ordonnait de concéder à tout venant à un taux connu de tout le monde. (Origine de l'obligation de concéder aux redevances accoutumées sans exiger aucune somme , d’argent ni autres charges.)
“ Comme des moulins à moudre les grains étaient nécessaires au maintien de la colonie et que les, colons se trouvaient trop pauvres pour en ériger, le roi ordonnait aux agents d'en construire, et pour leur rendre cette obligation moins onéreuse, il forçait le colon à fréquenter exclusivement le moulin de l’agence à laquelle il appartenait à un taux fixe de mouture. (Origine de la banalité.)
“ Le roi voulant rémunérer ses agents des troubles et impenses de leur gestion leur permettait de prélever sur chaque colon en faveur duquel avait lieu telle gestion une redevance annuelle affectée sur chaque arpent superficiel de terre concédée. En affectant ainsi la. redevance annuelle sur chaque arpent octroyé, le roi avait en outre en vue d’induire les colons à n’acquérir (pie la quantité de terre qu’ils pouvaient mettre en valeur. (Origine des rentes.)
“ Le roi voulant faciliter la gestion de ses agents et faire contracter aux colons les habitudes sédentaires du cultivateur, en décourageant les mutations fréquentes, obligeait les tenanciers à payer aux agents un douzième du prix de chaque vente de terre. ( Origine du cens comportant droit de lods et ventes.)
“ Enfin, pour inspirer le respect dû aux intermédiaires obligés entre le roi et son peuple, les Actes Royaux appelaient ces agents Seigneurs, les faisant, suivant leurs capacités et les circonstances, dispensateurs de la justice Q qualité qui en vertu des coutumes investissait de certains droits honorifiques (lucratifs quelquefois) celui qui en était revêtu 2.”
Les arrêts, édits, -ordonnances et coutumes qui régissaient la tenure seigneuriale en Canada sous le régime français continuèrent d’être la loi du pays sous la domination anglaise. Les seigneurs anglo-canadiens étaient tenus de rendre foi et hommage lige au Château Saint- Louis, à Québec, comme sous l’ancien régime, et avec le cérémonial antique adopté ici au dix-septième siècle: se mettant à l’instant en devoir de vassal, genouil en terres teste nue et sans espée ny espérons. Quelques-uns d’entre eux — cette formalité accomplie — se crurent quittes de toute autre obligation. Ils oublièrent qu’ils n'étaient en réalité (pie des fidéi-commissaires, refusèrent de concéder leurs terres à tout venant pour une rente annuelle n excédant pas deux sols par arpent superficiel, comme ils y étaient tenus, et affectèrent de se considérer comme pro-
i Eu 1714, le roi défendit d’accorder à l’avenir des seigneuries en justice. — E. G.
- De la Tenure Seigneuriale en Canada, et Projet de Commutation, par J.-C. Taché. — Québec, 1854.
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priétaires absolus des terres comprises dans leurs fiefs ou seigneuries. C’est ainsi que les loyalistes anglais qui traversèrent la frontière lors de la proclamation de l’indépendance des Etats-Unis, afin de rester sujets britanniques, se trouvèrent en présence de seigneurs anglo-canadiens, acquéreurs d’anciennes seigneuries, qui les exploitèrent et leur vendirent des terres à des prix excessifs.
Ces abus commençant à se généraliser, et l'interprétation donnée aux lois féodales par les tribunaux anglocanadiens tendant à opprimer les censitaires, nos législateurs décidèrent d’abolir, mais à des conditions équitables pour tous, cette institution de la tenure seigneuriale qui, dans la pensée de ses auteurs, ne devait être qu’une organisation colonisatrice 1. Cet événement historique s’est accompli en 1854, sans soulèvement populaire, sans perturbation sociale, par les seuls moyens constitutionnels mis à la portée des citoyens; et c’est encore là un fait qui est à l’honneur de nos populations 2.
Sous le régime français, la foi et hommage devait être rendue, à moins de dispense, au château Saint-Louis.
Pendant l’existence de la Compagnie de la Nouvelle- France (de 1627 à 1663) et de la Compagnie des Indes Occidentales (de 1664 à 1674), les seigneuries canadiennes ne relevaient du roi de France que par l’intermédiaire de ces compagnies. Après que Louis NIV eût décrété que
1 “ La législation ancienne du Canada, disait M. Cliauveau en 1853, n'est autre chose qu’un projet de colonisation.
2 Lors de l’abolition de la tenure seigneuriale, en 1854, il y avait, en Canada, 220 fiefs, 160 seigneurs, et près de 72,000 censitaires. Le sol seigneurial avait une superficie de 12,822,503 arpents, dont environ la moitié était occupée.
l'administration de la Xouvel le- France se ferait désormais par la Couronne, les seigneuries continuèrent d’être mouvantes du “ Château Saint-Louis de Québec,” mais les seigneurs durent rendre foi et hommage devant l’intendant de justice, police et finances de la colonie, comme représentant direct du roi de France. Avant cette époque, l’intendant avait pu recevoir des seigneurs la foi et hommage, mais seulement au nom de la Compagnie des Indes Occidentales.
Les seigneurs se rendaient au palais de l’intendant pour cette cérémonie officielle, et chacun des actes de foi et hommage de cette époque porte l’ exemption “ pour cette fois seulement ” de se rendre au château Saint-Louis.
Sous le régime anglais, la foi et hommage fut rendue, d'abord au château Saint-Louis, puis après l’incendie du château en 1834, à l’Hôtel du Gouvernement, soit à Québec, soit à Montréal, le vassal étant, dans chaque cas après le 23 janvier 1834, dispensé, ‘‘ pour cette fois seulement,” de se présenter au château Saint-Louis, à Québec.
Le gouverneur-général recevait la foi et hommage pour le roi, et procès-verbal de cette formalité — avec indications et déclarations relatives à la seigneurie du vassal — était inscrit dans un registre spécial, comme sous l’ancien régime.
Le dernier acte de foi et hommage fut rendu à Québec, à l’Hôtel du Gouvernement 1, le 3 février 1854, devant sir William Ttowan, administrateur, et en présence de l'honorable Lewis-T. Drummond, procureur-général, et de quelques autres, par monsieur Jonathan-Sexton-Campbell
i Ancien hôtel Payne, longtemps occupé par M. Morgan, Place cl’Armes.
DOMINATION FRANÇAISE
Wiirtele, — plus tard le juge Würtele de Montréal, - — comme héritier des fiefs et seigneuries de Deguire ou la Rivière David et du Bourg Marie de l’Est, dans le district de Richelieu.
Les archives du département des Terres de la Couronne, à Québec, contiennent tous les actes authentiques de foy et hommage et d'aveu et dénombrement de la tenure seigneuriale en Canada. Monsieur T. -P. Bédard, qui a fait un catalogue raisonné de ces documents, s’exprime ainsi, au sujet des actés d’aveu et dénombrement:
“ Le seigneur était tenu de fournir au roi ou seigneur dominant, l’aveu et dénombrement de su seigneurie, quarante jours après avoir été reçu à foi et hommage. (Art. 8, Coutume de Paris.)
“ L’aveu et dénombrement consistait en un acte notarié indiquant la situation du fief et ses dimensions, donnant la description du manoir et de ses dépendances, et faisant connaître les noms des tenanciers, les dimensions de leurs terres, avec les tenaus et aboutissans, et tous les droits de cens et rentes qui sont dus.
“ Les registres qui contiennent ces actes offrent de l’intérêt aux écrivains et aux chercheurs, en ce qu’on y trouve la description des maisons seigneuriales, généralement assez modestes, sauf celles des seigneuries de Longueuil et de Beaupré, et celle des Sulpiciens, dans l’île de Montréal", sous la domination française. Pendant la domination anglaise, tous les seigneurs portèrent foi et hommage, mais seuls les Sulpiciens fournirent un aveu et dénombrement de leur seigneurie. On y trouve les noms de tous les propriétaires de la ville de Montréal et des paroisses de l’île.”
I,E l'OUT ET LE CHATEAU SA LVT-LOl'TS
En consultant les actes de foi et hommage de la période française de notre histoire, on retrouve beaucoup de noms de seigneurs qui sont restés en Canada après la conquête 1, la plupart ruinés par la guerre, quelques-uns retirés dans leurs moulins, vivant de la vie du peuple, et, comme lui, restant attachés au clergé devenu l’unique guide de la nation.
Il y a plaisir à parcourir les pages de ces précieux volumes, à lire les noms de ces personnages vaillants et modestes qui se rendaient jadis au château d’où étaient mouvans leurs fiefs , pour y reconnaître leurs obligations envers le roi et envers le peuple. Une copie de ces annales uniques dans le IX ou veau Monde se trouve au ministère de la statistique et des archives, à Ottawa.
Dans les titres de seigneuries antérieurs à la construction, du corps de logis affecté à la résidence du gouverneur,
- — construction commencée gn 1047, — il est dit que la foy et hommage devra être rendue au Fort ou au Château et Fort Saint-Louis. Dans les titres subséquents, le mot Château est seul employé. Ceci nous amène à faire une courte excursion dans le domaine de la lexicologie.
Le mot “ château " vient du latin castellum, bourg, village, agglomération de maisons.
Au moyen âge, les résidences des seigneurs étaient environnées de bâtiments de diverses dimensions, pour y loger des soldats, des artisans, des familles entières, et pour y garder des provisions en vue d’un siège de longue durée. Le tout était entouré de fossés, larges et profonds, avec pont-levis. Le seigneur habitait le donjon; les
i Faut-il dire : Conquête du Canada ou Cession du Canada ? Nous croyons que ces deux expressions sont également justes ; seulement la “ conquête ”, date de la capitulation de Montréal (1760), tandis que la “ cession” date du traité de Paris (1763).
DOMINATION FRANÇAISE
hommes d’armes, les ouvriers et la domesticité occupaient les autres constructions (corps de logis, corps de garde, forge, buanderie, boulangerie, etc.,) le plus souvent contiguës au bâtiment principal. C’était tout un bourg qui se trouvait ainsi enserré à l’intérieur des fossés: de là l’appellation castellum.
Plus tard, les fossés furent comblés, les bâtiments de minime importance furent abattus, mais le nom de castel resta attaché à la résidence du seigneur. Plus tard encore, le nom de château fut donné à une simple résidence en rase campagne, mais sortant de l’ordinaire par l’ampleur de ses dimensions et la somptuosité de son apparence.
Dans les citations que nous avons tirées dès annales canadiennes au sujet du château Saint-Louis, le mot “ château ” est employé dans son sens le plus moderne, excepté dans la citation empruntée à La Potherie (chapitre VI), où il est employé dans le sens de “ fortification ” ou “ château-fort,” et désigne à la fois le château et le fort Saint-Louis.
xr
Diplomates et gens d’épée. — M. de la Galissonnière. — Mauvaise politique. — M. de la Jonquière. — Sa mort au Château. — M. Duquesne de Menneville. — • Hostilités. — Piraterie. — M. Pierre de Yaudreuil de Cavagnal. — Ce qu’étaient le gouverneur-général et l’intendant. — M. de Yaudreuil après la Cession. — Le Château de Collier. — -Mort de M. de Yaudreuil en 1778. — Mort de M. de Rigaud en 1779.
ne étude qui s’impose à tous les économistes politiques
^ est celle des traités qui, d’ordinaire, suivent les luttes à main armée entre les nations. Plus d’une fois la diplomatie est venue gâter l’œuvre des gens d’épée ; c’est ainsi que le traité d’Aix-la-Chapelle, qui suivit les journées de Fontenoy, de Lawfeld, de Berg-op-Zoom, de Tournay, de Gand, etc., eut pour la France victorieuse les plus fâcheux résultats, notamment en ce qui concernait ses colonies de l’Amérique du Xord.
Ce traité fut signé le 18 octobre 1748. “ Le marquis
de Saint-Sévérin, l’un des plénipotentiaires français, déclara, à l’ ouverture des négociations, qu’il venait accomplir les paroles de son maître, qui voulait faire la paix , non
LA GUERRE DE SEPT ANS
en marchand , mais en roi, paroles qui, dans la bouche de Louis XV, montraient moins de grandeur que d’imprévoyance et de légèreté. Il ne fit rien pour la France et fit tout pour ses alliés. Il laissa avec une aveugle indifférence la question des frontières indécise en Amérique, se contentant de stipuler qu’elle serait réglée par des commissaires. On avait fait une première faute, en 1713, en ne fixant pas les limites de l’Acadie ; on en fit une seconde, plus grande encore, en 1748, en abandonnant cette question aux chances d’un litige dangereux ; car les Anglais avaient tout à gagner à cette temporisation. La supériorité toujours croissante de la population de leurs colonies, augmentait leurs espérances et leur désir d’être bientôt les seuls maîtres de toute l’Amérique du Xord. “ Aussi “ le traité d’Aix-la-Chapelle, l’un des plus déplorables, “ dit un auteur, que la diplomatie française ait jamais “ acceptés, n’inspira aucune confiance et ne procura qu’une “ paix armée.” 1
M. de la Galissonnière, arrivé à Québec le 19 septembre 1747, dut s’occuper immédiatement des frontières de l’Est, puis de celles de- l’Ouest et du Sud-Ouest de la colonie. Il nourrissait de vastes projets, dont l’un était de faire venir dix mille paysans français pour les établir au pays des Illinois, afin d’y affermir la frontière des Apalaches ou Alléghanys, plus spécialement menacée par la colonie virginienne. Le gouverneur intérimaire 2 voulait par ce moyen permettre à la France d’étendre sa puissance sur les vallées de l’Ohio et du Mississipi et garder libre la communication avec la Louisiane. Ses
l Garneau.
2 M. de la Galisaonnière remplaçait M. de la Jonquière, fait prisonnier par les Anglais. M. de la Jonquière vint prendre son poste, à Québec, en 1749, en vertu de sa commission datée de 1746.
idées touchant l’ opportunité d’assurer la domination française sur les régions du Sud-Ouest furent accueillies avec faveur par la cour de Versailles ; mais le projet de colonisation qui devait en être le corollaire fut mis de côté. Le plan de M. de la Galissonnière tel que poursuivi par V. de la douanière et M. Duquesne de Menneville, ne fut plus qu'une politique militaire et commerciale fort risquée. On éparpilla les forces de la colonie lorsqu’il eût fallu les concentrer, et l’on s’obstina dans cette voie imprudente alors que 1a. marine française était ruinée et que la France elle-même était aux prises avec les Allemands du Fiord. Mieux eût valu s’en tenir à la politique de colonisation graduelle, “ de proche en proche,” qui était celle de Louis XIV et de Colbert 1.
Rappelé en France en 1749, pour prendre part aux travaux de la commission des frontières, M. de la Galissonnière quitta Québec le 24 septembre de la même année. Vous le retrouvons en 1756, non loin de l’île M inorque, dans un combat où il défait l’amiral anglais Byng, et se couvre de gloire.
Dans tous ses voyages aux colonies françaises, M. de la Galissonnière distribuait des graines de plantes utiles et en rapportait d’autres pour les faire semer dans le vieux sol de France. Il avait, dit. M. Léon Guérin, “ l’âme aussi belle que son extérieur était, contrefait. Petit de taille et bossu de corps, il était droit de cœur et grand d’esprit.”
M. de la Galissonnière mourut à Xemours le 26 octobre
i L’intendant Bigot favorisa cette politique aventureuse de l’Ohio, où il y avait pour lui ou ses amis de.s bénéfices à réaliser ; le baron Le ùloyne de Longueuil, qui remplit la charge d’administrateur de la colonie avant l’arrivée du marquis Duquesne, y était, au contraire, fortement opposé.
LA GUERRE DE SEI>T ANS
1756, peu de temps après le combat naval de l’île Minorque. Le marquis de la Jonquière, qui le remplaça dans le gouvernement de la Nouvelle-France, s’occupa, lui aussi, de la question des frontières, tant du côté de l’Acadie que du côté de l’Ouest.
C’était un habile marin. Il était grand de taille, plein de courage, constant dans ses entreprises, mais peu instruitil passait pour riclie, mais parcimonieux. On a raconté que, peu de temps avant sa mort, il avait ordonné de ne pas se servir de bougies dans sa chambre, mais de les remplacer par de simples chandelles de suif, “ disant quelles coûtaient moins- cher et. qu’elles éclairaient aussi bien.”
Le marquis de la Jonquière mourut au château Saint- Louis le 17 mai 1752, à six heures et demie du soir, et fut inhumé dans l’église des Récollets h
La guerre de Sept Ans, qui, pour l’Europe, marque la période comprise entre les années 1756 et 1763, fut précédée de deux années d’hostilités en Amérique. Conformément à des instructions venues de France, le marquis Duquesne de Menneville, successeur du marquis de la Jonquière et gouverneur de la colonie de 1752 à 1755, fit construire, dans les régions situées au Sud-Ouest du Canada, plusieurs forts, dont l’un — nommé Fort Duquesne par M. de Contrecœur — s’éleva dans la fertile vallée tant convoitée par les colons anglo-américains, et sur des fondements commencés par eux, à l’endroit occupé aujourd’hui par la ville de Pittsburg, près du confluent où les eaux de l’Alléghany et de la Monongahéla donnent naissance à la rivière Ohio ou Belle-Rivière. Cet événement, bientôt suivi de l’assassinat de Jumonville, fut le signal de rencontres et de combats que nous n avons pas
i Les récollets étaient les aumôniers ordinaires du fort Saint- Louis. Kalm dit qu’ils l’étaient également de tous les forts occupés par au moins quarante hommes.
à raconter ici, et qui devinrent de jour en jour plus sanglants et plus acharnés.
“ En Europe, la paix durait toujours; situation étrange, peut-être unique dans l’histoire. Depuis deux années, le sang anglais et français rougissait l’herbe des forêts d’Amérique, et les ambassadeurs des deux nations étaient de toutes les fêtes à Versailles et à Saint- James. Hélas ! le gouvernement français, qui sentait son incurable faiblesse, se rattachait désespérément même à une ombre de paix. Mais un jour,” “ au mépris du droit des gens, de la foi “ des traités et des coutumes des nations civilisées,” à un signal parti de l’amirauté de Londres, de tous les coins de l’horizon, les vaisseaux anglais fondent sur nos navires de commerce et de guerre, sur nos bateaux pêcheurs, sur nos baleiniers, sur nos caboteurs. En un mois, 300 bâtiments avec 8000 hommes d’équipage tombaient au pouvoir de l’ennemi et étaient remorqués en triomphe dans les ports de la Grande-Bretagne. Le glorieux écusson de l’ Angleterre en est resté marqué d’une tache que ne saurait laver toute l’eau de l’Océan, théâtre de ces pirateries. Louis XV, Louis XV lui-même, ressentit l’affront et redevint un instant le roi de Fontenoy. Il écrivit à George II une lettre indignée pour lui demander réparation, et cette paix mensongère, qui n’abritait que des guet-apens, fut officiellement rompue le 18 mai 1756 1.”
Une escadre entière, sous le commandement de l’amiral Dubois de la Mothe, et portant quatre mille hommes de troupes destinées au Canada, fut poursuivie, et quelques vaisseaux capturés dans cette agression soudaine. Un des épisodes caractéristiques de cet événement fut la prise de Y Alcide, commandé par M. Hocquart. Ce vaisseau se
1 Charles de Bonnechose. — Montcalm et le Canada Français.