‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 19 sur 78 · RES EE ES · texte numérisé non relu

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plusieurs d’entre nous, fût rendre visite à M. et Mme de Denonville, cela fut exécuté le dimanche dans l’octave de la Toussaint. Mme Bourdon et Mme de Villeray vinrent à midi nous prendre en leurs voitures, pour nous mener au Château Saint-Louis, où M. et Mme la Marquise nous firent tout l’accueil possible, nous donnant tous les témoignages imaginables de bonté. Nous ne sortîmes du Château que sur les quatre à cinq heures du soir. Après avoir pris congé du Marquis et de sa famille, nous nous rendîmes à l’hôtel de M. l’Intendant, et comme Madame était au lit, on nous conduisit à sa chambre où nous fûmes comblées d'amitié, Mais ï! fallut bientôt partir, car il se faisait tard, et nous voulions aller donner le bonsoir à nos pauvres sœurs, qui étaient dans lu petite maison de Madame notre Fondatrice.

Enfin nous rentrâmes vers sept heures à l’Hôtel- Dieu, bien lasses d'avoir tant couru et voyagé.”

Armements de 1695.—-Phipps devant Québec.—Colin- Maillurd an éhâtenu.—Sommation et réponse.— Le fort en ruines.—Krections de nouvelles murailles, en 1693.—Une inseription.—Démolition : du premier château Saint-Louis, en 1694.

| 224 population de Québec et de la Nouvelle- “AŸ France fut vivement alarmée, dans + l’automne de 1690, en apprenant qu’une i flotte de trente-quatre vaisseaux, partis des ports de la Nouvelle-Angleterre et eommandée par Pamiral William Phipps, remontait le Saint-Laurent. | “On attendait des navires de France, dit Charlevoix, et il était à craindre que, ne se défiant de rien, ils ne vinssont se livrer entre les mains des Anglais. M. de Frontenac, qui pensait à tout, et avait conservé dans l’embarras d’une surprise, une --ésence d’esprit merveilleuse, dépêcha deux canots bien équipés par le petit canal de l'Ile d'Orléans, avec ordre à ceux qu’il y fit embarquer, d’alier aussi loin

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qu'ils pourraient au-devant de ces navires, et de les avertir de ce qui se passait. II fit aussi commencer en même temps une batterie de huit pièces de eanon sur la hauteur qui est à côté du Fort, et elle fut achevée le lendemain.”

Trois ans plus tard, en 1693, on construisit au même endroit la redoute appelée redoute du Cap Diamant 1. Ce fut l’origine de la citadelle de Québec, qui a la réputation d’être la place forte la plus importante de l’Amérique. Mais n’anticipons pas...

Ainsi, continue Charlevoix, les fortifications commençaient au Palais, sur Le bord de la petite rivière Saint-Charles, remontaient vers la haute-ville, qu’elles environnaient, et venaient finir à la montagne, vers le Cap aux Diamants. On avait ainsi continué, depuis le Palais, tout

*1—Dans son rapport du 4 novembre 1693, M. de Champigny s'exprime ainsi : “ Je n’entreray pas dans les fortifications qu’on y a faictes (à Québec). On en verra les plans et mémoires ; et je me contenteray «le dire qu’on y employa le plus d'hommes et le moins de dépense qu’on pust. Elle se sont trouvées teiles, par bonheur, que la cour avoit jugé à propos de les faire, soit par les terres dont nous nous sommes renfermez, ou le poste advantageux du Cap au Diamant que nous avons occupé par une bonne redoute et mis dans l'enceinte de la ville, regagnant de ce côté-là le terrain que nous avions perdu d'un aultre pour tascher à la rendre plus régulière qu’il se pourroit, ”’

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le long de la grève, une palissade jusqu'à la clôture du Séminaire, où elle était terminée par des roches inaccessibles qu’on appelle le Sault au Matelot, et là il y avait une batterie de trois pièces. Une seconde palissade, qu’on avait tirée au dessus de là première, aboutissait au même endroit, et devait couvrir les fusiliers.

‘ La basse-ville avait deux batteries, chacune de trois pièces de dix-huit livres de balles, et elles occupaient les intervalles de celles qui étaient à la haute-ville. Les issues de la ville où il n’y avait point de portes étaient barricadées avec de bonnes poutres et des barriques pleines de terre en guise de gabions, et les dessus étaient garnis de pierriers. Le chemin tournant de la basse-ville à la haute était coupé par trois différents retranchements de barriques et de sacs pleins de terre, avec des manières de chevaux de frise. Dans la suite du siège, on fit une seconde batterie au Sault au Matelot, et une troisième à la porte qui conduit à la rivière Saint-Charles. Enfin on avait disposé quelques petites pièces de canon autour de la haute-ville, et particulièrement sur la butte d’un moulin qui servait de cavalier” 1,

1—Cette butte est encore très visible, Elle forme un enclos à part, au “aut de la rue Mont-Carmel, et a gardé son caractère militaire. On y voit deux petits

canons.—£, G.

Le seize octobre au matin, les trente-quatre vaisseaux de la flotte anglo-américaine jetèrent l’anére dans la rade de Québec, et une chaloupe se détachart dui vaisseau amiral le Six Friends, vint amener à la basse-ville un trompette chargé d’une dépêche pour le gouverneur-général.

Quelques canots se rendirent à la rencontre de l’envoyé de Phiprs, qui fut reçu avec politesse, mais que lon pria de vouloir bien se laisser bander les yeux. Alors commença une comédie qui fut exécutée avec le sérieux le plus parfait, Quelques soldats, toujours les mêmes, battaient du tambour, criaient, appelaient, faisaient semblant d’être ahuris par la foule ; puis, courant un peu plus loin, recommençaient le même manège, et cela tout le long du chemin suivi par le trompette. Les sonneries de clairons, les roulements de tambours se répétaient si souvent que Penvoyé de Phipps dut croire que la ville était remplie de soldats. On se bouseulait autour de lui, or le pressait, on le heurtait comme par accident pour lui faire croire qu’: était au milieu d’une grande multitude ; o7 enlevait et replaçait avec fracas les chevaux de frise qui se trouvaient sur son passage. Bref, on le conduisit au Château de la façon la plus pénible pour lui et la plus assourdissante, Les femmes ouvraient les

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fenêtres pour le voir passer, et disaient :

‘ Tiens, mais c'est Monsieur Colin-Maillard qui vient nous faire visite ! ”

Rendu dans la grande valle du château Saint-Louis, il fut débarrassé de son bandeau, 1: et se vit, à sa grande surprise, entouré de 14 nombreux officiers aux brillants uniformes et à l’apparenee joyeuse, que dominait du regard et du geste l’imposant comte de Frontenac.

La position du pauvre trompette n’était pas gaie. Cependant il s’acquitta courageusement, et non sans quelque dignité, de la tâche dont on l'avait chargé, bien qu’il dût comprendre il

alors tout ce qu'il v avait d’excessif dans la | hi

sommation dont il était le porteur. } j ; Phipps, dans sa dépêche, accusait les Français M ©

de souffler la haine et la division en Amérique ; i

mais il ajoutait qu’afin d'éviter l’effusion du

sang, il ne ferait aucun mal à la garnison de

Québec, pourvu que les Français luilivrassent, F4

en sa qualité de représentant du roi Guillaume ï

et de la reine Marie, leurs forts et châteaux, ‘1

sans les endommager, toutes leurs munitions,

toutes leurs provisions, et qu'ils remissent aussi :

leurs personnes et leurs biens : sa disposition. ; ‘4 ‘ Ce que faisant, disait-il, comme chrétien, 7e vous pardonnerai, ainsi qu'il sera jugé à propos pour le service de Leurs Majestés et la sûreté de

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leurs sujets (!!!}. Ce que si vous refusez de faire, je suis venu pour venger, avec le secours de Dieu et par la force des armes, les torts ct les injures que vous nous avez faits et vous soumettre à la Couronne d’ Angleterre, et je vous préviens que vous regretterez de n'avoir pas accepté la faveur qu’on vous offre. Votre réponse positive dans une heure par votre trompette, avec le retour du mien, est ce que je vous demande au péril de ce qui pourrait s’en suivre.”

L'intrprète ayant fini de traduire cette dépêche, Penvoyé tira sa montre, fit remarquer qu’il était dix heures et ajouta qu'il serait prêt à partir à onze heures avec la réponse qui lui serait donnée,

“Je ne vous ferai pas attendre si longtemps, reprit Frontenac : dites à celui qui vous a envoyé que je ne connais pas le roi Guillaume ; que le prince d'Orange est un usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés et cherché : détrôner son beau-père ; que je ne connais en Angleterre d'autre souverain ane le roi Jacques, ami du roi de France, ......,.Æt quand votre général m'offrirait des conditions un peu plus douces et que je serais d'humeur à les accepter, croit-il que tous ces braves officiers qui m’entourent me couséilleraient de me fier à la parole

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