‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 58 sur 78 · NUS FT RS PT PARENT : LOUER. CR + SET RS · texte numérisé non relu

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au nouvel édifice est remis à l’arrivée de Mylord Dorchester, autrefois le général Guy Carleton, qui est attendu de jour en jour.

“ 30 octobre 1786. Lord Dorchester visite d’abord le Château St-Louis, puis le nouveau bâtiment, avec le directeur des travaux. ‘Il admire l’intérieur du nouveau château, mais dit que Pextérieur a peu d'apparence.

‘“ 81 octobre 1786. On commence de grandes réparations au château proprement dit (St- Louis), puis on travaille au nouveau bâtiment, à la bibliothèque.

‘8 janvier 1787. Le capitaine Mann intime aux ouvriers d’avoir à tenir la chambre dont on pose le parquet prête pour le lever de la fête de la naïssance de la Reïne, vu les inconvénients qu'il y aurait de retevoir une grande foule au Château le matin de ce jour.

‘18 janvier 1787. Jour de la fête de la Reine. On reçoit pour la première fois dars le nouveau château. Deux aides de camp et deux sergents ont été placés à la porte, afin d’empècher les messieurs d’entrer avec des crampons aux pieds. Malgré cette précaution, un des visiteurs a laissé des marques de crampons sur le plus beau parquet peut-être de tout le Canada. La salle de réception n’était pas complètement terminée.

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‘ 8 juillet 1787. Lord et Lady Dorchester visitent les chambres d’en haut.

‘15 août 1787. Le prince William-Henry !, reçu d’abord au Château (Saint-Louis), se rend ensuite au nouvel édifice (New Building}, où les officiers, le clergé et les notables lui souhaitent la bienvenue dans l'unique chambre complètement terminée.

21 août 1787. Demain, jour de la naissance du prince (William-Henry), il y aura bal au nouvel édifice. Tous les orvriers sont à l’œuvre. J'ai reçu ordre de Lord Dorchester de faire construire une plate-forme sur le toit d’une bâtisse À voûte (vaultel house), originairement un magasin à poudre 2, contigu à l'extrémité supérieure du nouvel édifice, afin que le prince et son entourage puissent de 1à voir le feu d'artifice.

‘ 21 septembre 1787. Le prince William- Henry visite le nouveau château, ...

‘“ 4 octobre 1787. Brillante compagnie au nouveau château (New Building). Feu d'artifice repris. (Il n’avait pas eu lieu à cause de la

1—Duc de Clarence, plus tard Guillaume IV. Il débarqua à Québec le 14 août 1787.—E. G.

2—Construit par M.de Denonville, d’après un plan de l'ingénieur Villeneuve, en 1685.—E, G.

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DOMINATION ANGLAISE 247 pluie). Réveillon dans les mansardes du nouvel édifice. (Idée de Lady Carleton) 1,

idimand ‘? à Québec. (1784-1892)

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1—Lady Ann Carleton, sœur de Lady Dorchester et veuve d’un neveu du gouverneur. Elle n’aimait pus je monde, et obtint le privilège de demeurer quelque temps chez les Ursulines.—E, G,

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famille déménagent dans les mansardes du nouveau château.”

À partir du mois de décembre 1787, l’an-

tique château Saint-Louis fut occupé par des bureaux, et le gouverneur résida dans le château Haldimand. Décidément, ‘ ceci” commençait à éclipser ‘cela ” ; mais ‘cela?’ devait bientôt prendre sa revanche, et se revêtir d’une nouvelle splendeur.

M. Philippe Aubert de Gaspé raconte, dans ses Mémoires, un incident du bal donné ax nouveau château, le 22 août 1787, en l'honneur du due de Clarence. ‘Le pince William-Henry, dit-il, fut reçu à'Québec avec la pompe et l'étiquette dues au fils de notre souveraine... Il y eut, comme de droit un grand bal au chàteau Saint-Louis. On diînait alors à quatre heures; le bal commença entre six et sept heures. Le jeune prince, après avoir dansé avec quelques-unes des dames les plus considérables, belles, laides ou indifférentes, s émancipa un pou, et, s’affranchissant de l'étiquette qu’on voulait lui imposer, il choisit lui-même ses danseuses parmi les demoiselles les plus jolies de la réunion, au grand déplaisir de Lady Dorchester, qui s’écriait de temps à autre : ‘ Ce jeune homme n’a aucun égard pour les convenances,”?

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‘ Le jeune marin, tout à son plaisir, n'avait fait aucune attention à un incident qui ne le frappa qu'entre onze heures et minuit. S’adressant alors À mon oncle Charles. de Lanaudière, aide-de-camp de Lord Dorchester, il lui demanda si, dans la ville de Québec, les dames et les messieurs ne s’asseyalent que pour prendre leurs repas.

‘C'est, répliqua l’aide-de-camp, par respect. pour Votre Altesse Royale que tout le monde reste debout en sa présence.

‘Alors, fit le P'ince, dites-leur que mon Altesse Royale les dispense de cette étiquette.

‘ L'aide-de-camp, après avoir consulté Lord.

et Lady Dorchester, proclama que Son Altesse Royale le duc de Clarence permettait aux dames de s'asseoir ; ce dont plusieurs, surtout les vicilles, avaient grand besoin. ”

Le prince n'avait alors que vingt-deux ans.

Un autre membre de ia famille royale d’Angleterre, le prince Edouard, duc de Kent, (qui devint plus tard le père de Sa. Majesté la reine Victoria) arriva à Québec, avec son régiment, (le septième des fusiliers royaux) au commencement du mois d’août de l’année 1791. Ilse trouvait dans la capitale lorsque M. Hubert, curé de Québec, se noya dans le fleuve Saint- Laurent, en face de la Pointe-Lévis, le 21 mai

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1792, et il se donna beaucoûp de mal pour retrouver le corps de ce pasteur .‘“ chéri et aimant ‘’—dilectus et amans, comme dit l’inscription qui lui est consacrée dans la basilique Notre-Dame de Québec. !

L'année 1792 marque une ère nouvelle dans la vie civile du peuple canadien.,—l’inauguration de la constitution qui nousavait été accordée l’année précédente par le gouvernement de la Grande-Bretagne, et qui introduisait pour la première fois le régime parlementaire dans la

colonie.

Le pays fut divisé en deux provinces : le Bag-Canada (160,000 habitants), capitale Québec, et le Haut-Canada (40,000 habitants), capitale York, aujourd'hui Toronto. Chaque province fut divisée en comtés ou cireonscriptions électorales.

Le Conseil Législatif et l’Assemblée des représentants du peuple se réunirent à l’évêché de Québec (loué par le gouvernement depuis 1778), et la première session du premier parlement de la province du Bas-Canada fut ouverte par sir Alured Clarke, lieutenant-gouverneur, f le 17 décembre 1792.

É 1— Une “ loyale adresse *” fut présentée au prince | Edouard d'Angleterre par les “ Représentants de la l Province du Bas-Canada, ” à Québec, au mois de décembre 1793,

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Le Conseil Exécutif siégea au Château.

Le nouveau régime ne dotait pas encore le Canada d’un gouvernement responsable : mais la création de Chambres issues du suffrage populaire, dans les deux provinces, était un pas dans cette direction, et devait y conduire infailhblement,

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Le régicide de 1798.—Immigration de prêtres français. —Incendie de l’église et du couvent des Récollets. —Encore Frontenac.—Les châtelaines du fort Saint-Louis sous le régime anglais.—Un mariage.

-Un dîner au château.—Complainte.—-La politijue des réceptions.

Les lignes émouvantes que l’on va lire sont extraites des Mémoires de M. Philippe Aubert de Gaspé :

‘ C'était en l’année 1793 ; je n’avais que sept ans, mais une circonstance que je vais rapporter me rappelle que nous étions en hiver, et la scène qui eut lieu m’est aussi présente à l’esprit que si elle s’était passée ce matin. Ma mère et ma tante, sa sœur Marie-Louise de

Lanaudière, causaient assises près d’une table. .

Mon père venait de recevoir son journal, et elles l’interrogeaient des yeux avec anxiété, car il n’arrivait depuis longtemps que de bien tristes nouvelles de la France. Mon père boridit tout-à-coup sur sa chaise ; ses grands yeux noirs lancèrent des flammes ; une aifreuse

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pâleur se répandit sur son visage, d'ordinaire si coloré ; il se prit la tôte à deux mains, en s’écriant : ‘“ Ah ! les infâmes ! ils ont guillotiné leur Roi ! ”

‘ Ma mère et sa sœur éclatèrent en sanglots ; et je voyais leurs larmes fondre l’épais frimas des vitres des eux fenêtres où elles restèrent longtemps la tête appuyée. Dès ce jour je compris les horreurs de la révolution française.”

La population du Canada français fut consternée à cette nouvelle, continue M. de Gaspé. et ** un sentiment de profonde tristesse s’empara de toutes les Âmes sensibles... 1?

Dans une étude lue en séance publique à V'Université-Laval, il y a quelques mois, M.

Joseph-Edmond Roy a fait connaître l'effet

1—‘ Monsieur de Belôtre, gentilhomme canadien, était à Paris le jour même de l’exécution de Louis XVI. Connaissant les sentiments de l’hôte chez qui il iogeait, il fut surpris de le voir prêt à sortir le matin avec la cocarde tricolore, et lui dit :—Où allezvous, mon ami ?

—“Te me rends, répondit-il, à la place de la guillotine, pour conserver ma tête, celle de ma femme, de mes enfants, et la vôtre, monsieur.

“M. de Belêtre, de retour en Canada, racontait que lorsque cet homme rentra chez lai, il se jeta dans les bras de sa femme, et s’écria au milieu de ses sanglots : J’ai eu la douleur de voïr tomber à mes pieds la tête du Roi ! ”’ (Ph. A. de Gaspé.)

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produit par la révolution française dans la population des petites îles de Saint-Pierre ct Miquelon, * On proclama l’égalité jusque dans les embarcations de pêcheurs, et la populace fut prise de vertige comme en France. Par les détails donnés par M. Roy, on peut juger des sanglantes journées qui eussent été réservées à notre Canada si la Providence ne nous avait séparés de la mère-patrie en temps opportun. ,

Après le traité de paix conclu en 1783 entre l'Angleterre et la nouvelle république des Etats-Unis d'Amérique, l’isolement dans lequel on avait tenu nos nationaux cessa temporairement ; de jeunes Canadiens se rendireht à Paris pour y compléter leurs études, et revinrent dans nos villes avec des idées dites ‘“ nouvelles ” qui se firent jour en quelques circonstances, notamment dans un banquet organisé à Montréal à l’occasion de l’inauguration de la constitution de 1791, Ces jeunes gens retrouvèrent dans la société anglaise et protestante de Québec et de Montréal quelque chose du luxe et des idées qui les avaient séduits en France, et plusieurs d’entre eux séloignèrent du peuple pour nouer des relations de ce côté.

Les lugubres événements de la révolution

DOMINATION ANGLAISE 255 française eurent pour nous deux conséquences avantageuses : ils déterminèrent une nouvelle rupture de toute communication avec la France dans un temps où nous n’en pouvions attendre rien que de fâcheux ; ! puis ils causèrent une immigration bénie de prêtres français animés du plus pur zèle apostolique et dont les noms sont conservés avec vénération dans la mémoire du peuple canadien. L’Angleterre, lintolérante Angleterre d’autrefois, accueillit avec bonté ces ecclésiastiques catholiques poursuivis par la rage révolutionnaire, et favorisa leur transmigration dans sa colonie du Canada, en même temps qu'elle gardait et entourait le tous les respects au sein du royaume un nom-

1— À nulle époque, peut-être, dit M. Bibaud, les dangers que s’exagérait le gouvernement ne mirent les Canadiens dans un isolement aussi complet. M. de Larochefoucault-Liancourt put faire une excursion dans le Haut-Canada, en 1795 ; mais l'entrée du Bas- Canada fut interdite à l’illustre et savant voyageur français ; et nous ne saurions dire par quelle faveur particulière il fut permis à son ami M. Guillemard de descendre, mais rapidement, le Saint-Laurent, depuis Kiuagston (ci-devant Frontenac ou Cataracoui) jusqu'à Québec. Faire venir des journaux ou même des livres directement de France, était une chose à laquelle il ne fallait pas penser. ”” (Hist. du Canada, tome I, page 124.)

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