‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 71 sur 78 · ANTOINE-DENIS RAUDOT, ETC · texte numérisé non relu

ANTOINE-DENIS RAUDOT, ETC

‘ Etant informé que les habitants de Montréal nourrissent une trop grande quantité de chevaux, ce qui les empêche d’élever des bêtes à cornes et à laine, ne connaissant point en cela leur véritable intérêt, puisqu'ils ne retirent aucun profit des dits chevaux qu’ils élèvent, et qu’au contraire ils en retireraient beaucoup des bêtes à cornes et à laine qu’ils élèveraient avec les fourrages que consomment les dits chevaux ;

‘“ Et attendu que cette trop grande quantité de chevaux produirait par la suite le manque des autres bestiaux, ce qui irait au détriment de cette colonie ; et comme notre principale attention doit être à son augmentation et à y procurer autant qu’il est en notre pouvoir l’abondance ;

Nous ordonnons que chaque habitant des côtes de ce gouvernement (de Montréal) ne pourra avoir plus de deux chevaux ou cavales et un poulain, et ce, à commencer après les

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semences de l’aunée mil sept cent dix, leur donnant le dit temps pour pouvoir se défaire des chevaux qu’ils ont au-delà de ce nombre, et après lequel ils seront tenus de tuer ceux qu’ils auraient au-delà.

‘ Mandons au sieur Deschambault, lieutenant-général de la prévôté de cette ville, et au sieur Raimbanlt, procureur du roi d’iceile, de tenir la main, chacun en droit soi, à l'exécution de la présente ordonnance, laquelle sera lue, publiée et affichée dans cette ville, et envoyée par le dit sieur procureur du roi dans les côtes de ce gouvernement, aux capitaines des dites côtes, auxquels nous mandons de tenir la main à son exécution et de faire publier par trois dimanches consécutifs, à issue de messe paroissiale, à la porte de l’église, à ce que personne n’en ignore ; de laquelle publication ils seront tenus d’informer le dit sieur procureur du roi,

‘* Entendons cependant ne point comprendre dans la dite ordonnance ceux qui font profession de charrier pour le publie, auxquels nous permettons d’avoir la quantité de chevaux qui leur est nécessaire.

Fait et donné à Montréal, en notre hôtel, le treize juin mil sept cent neuf. ”

Signé : RaAuDoT. ”

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Evidemment M. Raudot, Antoine - Denis, était digne de devenir membre de la Société d'Industrie laitière si cette noble institution eût alors existé. Les habitants ne retirent aucun profit des dits chevaux, dit-il. Dans sa récente brochure intitulée La Crise,l honorableM. Royal dit que le Canada a exporté des chevaux, lan

dernier, pour lä s5mme d’un million de-piastres. Les temps ont bien changé !

Le savant suédois Peter Kalm, qui fit un voyage en Canada dans l’été et l’automne de 1749, écrivait ce qui suit, à la date du 25 août de cette même année : |

‘ Tous les chevaux canadiens sont forts, vifs, bien faits, aussi grands que nos chevaux de cava'erie, et d’une race importée de France.

Les habitants ont la coutume de couper la queue à leurs chevaux, ce qui est une vraic cruauté, puisqu'on les prive ainsi de leur unique moyen de défense contre les moucherons, les taons et les hinpobosques. Cette coutume vient peut-être de ce que les Canadiens attellent leurs chevaux l’un devant lautre ; et, pour empêcher celui de devant de blesser les yeux de celui qui est dans les timons en agitant sa queue, ils auront ,.:8 le parti d’écourter tous leurs chevaux.

“ Le gouvernéur-général et quelques-uns des

342 APPENDICE principaux (de la ville de Québec) ont des carosses, mais le reste du peuple se sert de cabriolets. On se plaint généralement que le peuple de la campagne commence à élever un si grand nombre de chevaux que les bestiaux manquent de fourrage en hiver.” 1

Le 27 septembre 1749, Kalm écrit, de Montréal : “ Un cheval de moyenne encolure coûte maintenant quarante francs et plus. Un beau cheval vaut cent francs. Une vache vaut cinquante francs. Un mouton coûte cinq francs à présent ; mais l’année dernière, alors que tout était cher, il coûtait de huit à dix francs. Un cochon d’un an, pesant 150 À 200 livres, se vend quinze francs. Un poulet vaut de dix à douze sous, un coq-d’inde vingt sous. Un minot de blé se vendait trois franes l’an passé, mais à présent il coûte quarante sous...

1—L’'auteur continue : ‘“ Les vaches, de la taille de notre vache de Suède, viennent de France aussi. Il est admis que le bétail né ici d'animaux importés d'Europe, n’en atteint jamais les proportions. Cette dégénération est attribuée à la rigueur excessive des hivers canadiens, qui oblige le cultivateur de tenir ses bestiaux renfermés dans l’étable et pauvrement nourris. En Canada les bœufs tirent «vec leurs cornes, mais dans les colonies anglaises ils tirent par le garot comme les chevaux. Les vaches varient de coeur, mais la plupart sont rouges ou noires’?

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Un minot d'avoine vaut quelquefois quinze à vingt sous. Les pois ont toujours la même valeur que le blé. Le beurre coûte ordinairement huit à dix sous la livre. Une douzaine d'œufs ne coûte généralement que trois sous, cependant on en donne maintenant cinq sous (fin de septembre). Il ne se fabrique pas de fromage à Montréal, et pour en avoir il faut le faire venir d’ailieurs.….?

L'auteur continue, sans transition : ‘ ’ersonne nese marie sans le consentement de ses parents.” Il aurait pu ajouter : ‘* Les jeunes gens, en Canada, n’attendent pas toujours pour se marier qu’ils aient fini de grandir.”

J'étais bien jeune lorsque j'entendis faire l'éloge des chevaux canadiens pour la première fois. Dans ce temps-là, il n’y avait pas de chemin de fer, pas de télégraphe, mais il y avait des officiers anglais à Sorel et aux Trois-Rivières, et des mauvais chemins partout. Un officier de la garnison de Sorel, —un capitaine pour le moins,—racontait que, parti de Berthier, un matin du mois le janvier, pour se rendre aux Trois-Rivières, 11 avait été arrêté par une affreuse tempête, obligé de laisser ses chevaux pur sang à Maskinongé et de les remplacer par des * marche donc !” (sic), des chevaux canadiens, les seuls, disait-il, qui pussent tenir sur

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la route par un temps et des chemins pareils.

Le cultivateur canadien était autrefois si fier de son cheval que, pour le faire valoir, il courait le risque de tuer les gens. Un ordonnance de l’intendant Michel Bégon, datée du 29 février 1716, se lit comme suit :

‘ Sur ce qui nous à été représenté, que dans les grands chemins et particulièrement à la sortie de l’église, quelques habitants poussent les chevaux attelés à leurs carrioles, ou ceux sur lesquels ils sont montés, avec tant de vitesse qu’il arrive souvent que, n’en étant plus les maîtres, ils renversent les carrioles qui se trouvent dans leur chemin, ét même des gens auxquels ils ne donnent pas le temps de se ranger, d’où il est arrivé déjà plusieurs accidents fâcheux ; à quoi étant nécessaire de pourvoir, Nous faisons défense à toutes personnes, tant ceux qui conduiront des carrioles que ceux. qui monteront leurs chevaux, de les faire trotter ou galoper quand ils sortiront de l’église, avant d’en être éloignés de dix arpents ; ensuite pourront donner à leurs chevaux le train qu’ils voudrout, lorsqu'il n’y aura personne devant eux, ui charroïis ni traine; leur ordonnons lorsqu’ils trouveront des gens de pied. dans leur chemin, de s'arrêter et même de se détourner afin, de.-leur donner le temps de se retirer, le

tout à peine de vingt livres d’amende contre chacun des contrevenants, applicable à la fabrique des paroisses où sera faite la contravention.…etc., etc. ”

Une ordonnance analogue, pour la ville de Québec, fut émise par l’intendant François Bigot, le 28 décembre 1748.

La vanité, qui est un vice de tous les pays, fut sans doute la cause de la préférence exces. sive que les habitants d'autrefois accordaient à leurs chevaux, au détriment de leurs vaches, pourtant si utiles et si excellentes. Aujourd'hui, le cultivateur canadien entend mieux ses intérêts et soigne également bien tous ses animaux,—ce quine veut pas dire que la vanité soit disparue de la terre.

Quelques chiffres pour finir.

Le Canada possédait 12 chevaux en 1665.

1l en possédait 145 en 1679; 218 en 1688 ; 400 en 1692 ; 580 en 1695 ; 684 en 1698 ; 1872 en 1706; 4024 en 1719; 5270 en 1720; 5693 en 1721 ; 5056 en 1734.

Dans cette statistique il n’est pas question de l’'Acadie, où des chevaux furent envoyés de France dès l’année 1612.

Un rapport du général Murray, daté de 1765, dit qu’il y avait alors 12,757 chevaux

en Canada.

346 APPENDICÉ

En 1784, il y avait 9,166 chevaux dans le district de Québec, 8,155 dans le district des Trois-Rivières, et 17,825 dans le district de Montréal.—30,146 en tout.

La province de Québec possédait 225,006 chevaux en 1881.

Lors du dernier recensement (en 1891), il y avait 344,290 chevaux de tout âge dans la province de Québec et 1,470,575 dans toutes les provinces de la confédération canadienne.

L'unité de race de la famille chevaline canadienne, qui existait au temps de Kalm, c’est-à-dire vers le milieu du dix-huitième siècle, n’existe plus aujourd’hui. Les importations de chevaux étrangers, d’abord ; puis de nombreux croisements ; puis une exportation considérable de chevaux canadiens aux Etats- Unis, ont altéré. et décimé la race primitive; de sorte que les marche donc ! sans alliage constituent une minorité parmi leurs congénères de cette partie du pays. Heureusement que les minorités vivent heureuses et sont entourées de tous les égards dans la province

de Québec.

Serait-il désirable d'augmenter le nombre de ces chevaux canadiens dont les qualités répondent si bien aux besoins de nos classes rurales ? Serait-il possible d’améliorer cette race sans avoir recours aux croisements, et de donner à la plupart de ses sujets de Flavenir la taille ordinaire des chevau. canadiens d’autrefois? Le moyen d’atteindre rapidement ce double but serait de créer une où plusieurs jumenteries à direction unique et où la sélection, —cette clef de voûte de toute régénération de ce genre,—serait pratiquée avec zèle, intelligence et persévérance.

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Aigremont (d’), intendant, p. 157.

Aiguiiion (duchesse d’), p. 13.

Aiïlleboust de Coulonge (Louis d’) pp. 17, 18, 20, 155.

Aïlleboust de Coulonge | Madame Louis d’}, pp. 18, 19, 116, 117.

Aiïlleboust (d’), pp. 194, 198.

Ailleboust (veuve d’) pp. 198, 199.

Aillebout-Cerry (d'), p. 207.

Aiïrey, p. 290.

Alain (J’abbé), p. 256.

Alençon (duc d’), p. 119.

Alexandre VII, pape, p. 35.

Ambherst (ie général), gouverneur, p. 223.

Angers, (Auguste-Réal), p. 27.

Angers (Simon Lefebvre, sieur), pp. 27, 28.

Angers (Madame Rigobert), p. 300, 302.

Anjou (le duc d’), p. 48.

Anne d'Autriche, reine de France, p. 23.

Archibald (A.) p. 308.

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