‹ Le fort Jacques-Cartier et la Petite-Hermine [microforme]Chapitre 2 sur 17 · CE · texte numérisé non relu

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Cependant les sauvages de Stadaconé, malgré le bon accueil qu'ils firent à Cartier, lui parurent plus suspects que les autres. Ils étaient fourbes et, par conséquent, traîtres. Mal déguisée toujours, cette fourberie ne trompa jamais le Découvreur, qui comprit vite l’importance de la tenir en échec. Voilà pourquoi il prit la résolution de se fortifier davantage. Il fit construire, tout à l’entour du fort, des fossés larges et profonds, avec un pont-levis, puis il posa une seconde muraille de bois adossée à la première, afin de lui donner plus de solidité. La nuit, cinquante hommes faisaient une garde vigilante se relevant par quart, au son des trompettes. Ces mesures de précaution en imposèrent tellement aux sauvages, qu’ils n'osèrent pas attaquer Cartier une seule fois, durant les huit mois de son séjour au milieu d'eux.

Le Brief Récit dit expressément que les vaisseaux servirent de résidence aux marins et aux autres compagnons de (Cartier. D'où l'on doit inférer que l’espace compris entre le fort et les vaisseaux était très rapproché. Cartier n'aurait pu disposer autrement son mode de fortification sans exposer son équipage à des surprises de la part des sauvages. Îl importait aussi que les sentinelles du guet de nuit fussent en sûreté pour se rendre des risseaux au fort. On ne pouvait être trop prudent avec ces barbares. Tranquilles dans les premiers temps, ils finirent par montrer leur mauvaises dispositions en tramant un complot que Cartier déjoua très habilement. Sous le fallacieux prétexte d’aller à la chasse du caribou, ils firent le tour des bourgades voisines pour les inviter à s'unir dans une action commune, hostile aux Français. Leur plan réussit au point que Stadaconé fut bientôt le rendez-vous d’un nombre considérable d’aborigènes, recrutés un peu partout. Cartier, qui se doutait de cette affaire, voulut s'assurer si vraiment l’affluence était aussi grande qu'on le lui disait. Il envoya à Stadaconé son serviteur Charles Guyot, qui était très estimé des sauvages.

En etfet toutes les maisons étaient remplies d'étrangers, qu'il n’avait pas l'habitude de rencontrer dans cette bourgade. Cartier résolut alors de s'emparer par la ruse de l’auteur de ce complot, qui n’était autre que Donnacona lui-même, et de ses principaux complices, au nombre desquels figuraient Taignoagny et Domagaya, les deux sauvages qu'il avait pris à Gaspé en 1534, emmenés en France et puis rapatriés l'automne précédent. Cartier les fit monter dans ses vaisseaux sous un prétexe quelconque, et il les y retint pour ne leur donner leur liberté qu’après son retour à Saint-Malo.

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Les gens de Stadin ne participèrent pas au complot des chefs de Stadaconé. Aussi Cartier semble-t-il avoir voulu les récompenser en leur permettant d'extraire les vieux clous d’un de ses navires, qu'il avait décidé de ne pas ramener en France. A la rigueur, il pouvait s'en passer, ayant perdu vingt-cinq hommes du scorbut ; c'étaient autant de manœuvres de moins, et l’Hermine, qu’il abandonnait ainsi à la discrétion des sauvages, donnait sans doute des signes de décrépitude. Naturellement le capitaine fit transporter voilures, agrès, canons et boulets dans les deux vaisseaux qui devaient le conduire dans sa patrie. Le Brief Récit n'entre pas dans ces détails, mais cela s’infère du texte où il est dit qu’il leur abandonna le fonds du vaisseau, Quant au fort lui-même, Cartier le quittait, le 6 mai 1536, pour s’en retourner en France. Lorsqu'il revit le Canada en 1541, ce fut à l'entrée de la rivière du cap Rouge qu’il édifia ses fortifications. Il n’y a pas de doute qu’il avait choisi cet endroit de préférence à. l’autre, afin de ne pas être incommodé par le voisinage trop immédiat des naturels du pays.

Qu'advint-il du fort Jacques-Cartier et de la Petite Hermine après le départ des Français ? Il paraît certain que les sauvages respectèrent les constructions du fort Jacques-Cartier. Presque trois quarts de siècle après, Champlain put en apercevoir des débris assez bien conservés, tels que des pièces de bois équarries, des vestiges de cheminée.

“Je tiens,dit-il,que dans cette rivière,qui est au Nort et un quart du Norouest de notre habitation, ce fut le lieu oùJacques Quartierhyverna, d'autant qu’il y a encore à une lieue (1) dans la rivière des vestiges comme d’une cheminée, dont on a trouvé le fondement et apparence d'y avoir eu des fossez autour de leur logement, qui estoit petit. Nous trouvasmes aussi de grandes pièces de bois escarries, et quelques 3 ou 4 balles de canon. Toutes ces choses monstrent evidemment que ça esté une habitation, laquelle a estée fondée par des Chrétiens : et ce qui me fait dire et croire que c’est Jacques Quartier, c'est qu’il ne se trouve point qu'aucun aye hyverné ny basty en ces lieux que ledit Jacques Quartier aux temps de ses découvertures ” (2).

Champlain avait donc vu de ses yeux cette ancienne relique

(1) Si Champlain a voulu ainsi établir la distance de l'habitation au fort Jacques-Cartier, par eau, une lieue n’est pas absolument un calcul exagéré ; mais en ligne droite, il n’y a guère plus d’une demi-lieue,

(2) Voyages de Champlain.

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