EN ONE EN NRUEE
ANNEES ROITR ES
Entre la chaine bleuätre des monts Albains et la ligne d'argent de la mer Tyrrhénienne, le Palatin, entouré d'une ceinture de collines, domine les lentes ondulations de la campagne romaine. Façonnées dans la nuit des temps par des influences volcaniques, ces régions restèrent, pendant une longue période, le théâtre de phénomènes ignés qui frappèrent vivement les imaginations. De là, souvenir de cette époque lointaine, des légendes versées par la tradition dans l'histoire : l'antre de Cacus, par exemple, qui, au sommet de l'Aventin, vomissait des tourbillons de flamme et de fumée; sur le côté nord du Forum, le Jjaillissement contre les Sabins d'eaux bouillantes et sulfureuses, et, au centre de son aréa, le goullre subitement ouvert où se précipita Curtius.
Dans les vallées qui contournaient les collines, dans les bas-fonds, dormaient sous le couvert des bois des eaux stagnantes et des marais. Une sauvage végétation, gravissant les pentes, avait peu à peu couronné les sommets rocheux. On se souvenait encore, aux temps historiques, de cet état du sol romain et spécialement du Forum. Ovide, Properce, Virgile et d’autres auteurs en ont rendu témoignage. Le jour de la fête de Vesta, Ovide gravissait l'escalier qui, du Forum, monte à la rue Neuve, la via Nova, et de là, au Palatin. En même temps, une femme de la haute société, une matrone, allant au
temple de Vesta faire ses dévotions, descendait. Elle marchait pieds nus. Saisi
(1) J'ai publié, sous un autre format, avec un plan et dans un esprit tout différents, un volume sur le Forum
romain (Le Forum romain et les forums impériaux, 3° édition, Paris, Hachette, 1904). Je me fais un devoir de
ant toujours la même, il y a,
déclarer ici que j'ai fait, à mon premier livre, plusieurs emprunts, et que, l'histoir
Les lecteurs que cela pourrait intéresser trouveront, dans
entre les deux ouvrages, d'inévitables ressemblanc:
éférences aux auteurs anciens et modernes et la bibliographie du sujet que ne comporte
mon.premier volume,
pas le plan du présent ouvrage.
L'E FORUM" ROMAIN
d’étonnement, Ovide s'arrête silencieux. Non loin de là, une vieille au chef branlant, dépositaire des histoires du temps passé, remarque sa surprise, en devine le motif et lui fait signe de s'asseoir à côté d'elle.
« Là. lui ditelle d’une voix chevrotante, là où tu vois aujourd'hui le Forum, s'étendaient des marécages fangeux dont les eaux du Tibre entretenaient l'humidité. Ce lac Curtius, terrain solide sur lequel se dresse maintenant un autel, autrefois fut vraiment un lac. Le Vélabre où, de nos jours, se déroule vers le cirque Maxime la >ompe des grands jeux, n'était alors que saules et fragiles roseaux. Parfois, à travers ces marais où baignaient les murs de la ville, un convive attardé regagnait sa demeure, non sans décocher aux mariniers quelque propos d'ivrogne. Là aussi, dans un bois, les joncs et les roseaux se pressaient autour d'un marais Où n'aurait pu s aventurer un pied chaussé. Les eaux stagnantes se sont retirées; le sol est à sec et le fleuve contenu dans
ses rives; quelque chose cependant a subsisté de l'antique usage de ne marcher en ces
ieux que pieds nus. »
C'est dans ce décor préparé pour la naissance de Rome qu'en un temps quil me sera certainement permis de ne pas préciser, Énée, portant avec lui les pénates errants de ‘Troie, apparait comme précurseur. Débarqué enfin sur la côte d'Ausonie d'où, pendant si longtemps, l'a écarté la colère de Junon, il va, docile aux conseils du dieu du Tibre, demander secours contre les Latins et les Rutules au roi Évandre qui, à la tête de ses Arcadiens, est venu par ordre des dieux fonder sur le Palatin la ville de Pallantée. Les vaisseaux troyens, glissant silencieusement sur l'ombre des forêts que reflète l'eau du fleuve, déposent Énée devant le rustique palais du vieux roi Évandre. Au temps de sa jeunesse, celui-ci a connu le père d'Énée, le grand Anchise; il a échangé avec lui les présents de l'hospitalité.
Énée, accueilli comme l'envoyé des dieux et l'élu du destin, est aussi reçu comme un hôte. Ensemble ils visitent la forêt où Romulus un jour établira son asile, le bois sacré d'Argiletum, la roche Tarpéienne, la colline de Saturne (le Capitole) alors couverte de buissons sauvages. Déjà l'horreur sacrée de ce lieu pénétrait les bergers; déjà l'ombre de la forêt et les rochers les emplissaient de terreur.
« Dans ce bois, disait Évandre à Énée, sur ce sommet couronné de verdure, un dieu — je ne sais lequel, mais certainement un dieu — réside. Mes Arcadiens croient y avoir reconnu Jupiter lui-même secouant sa sombre égide et rassemblant les nuées.
« Les premiers habitants de ces lieux furent les faunes, les nymphes, une race d'hommes née du tronc des arbres et du rude cœur des chênes; ils n'avaient ni coutume ni civilisation, ignorant l'art d'unir les taureaux sous le joug, de préparer les récoltes, de
faire des réserves pour l'avenir; ils se nourrissaient de fruits sauvages, des produits de
leur chasse achetés au prix de dures fatigues. Exilé de son royaume, précipité de l'Olympe, fuyant la foudre de Jupiter, Saturne le premier descendit parmi eux; il sut
grouper ces êtres indomptés, dispersés sur les sommets, les soumettre à des lois. Son règne
fut, plus tard, appelé l'age d'or, tant il affermit son peuple dans la paix heureuse! Ces remparts écroulés, ces ruines, ces monuments construits par les hommes d'autrefois, c'est la ville fondée par lui, et qui, de son nom, s'appelait Saturnia.
« Mais, peu à peu, la race dégénéra; les antiques vertus s'effacèrent remplacées par la rage guerrière, par la soif de posséder. Alors vinrent les troupes ausoniennes, les races sicules. Plusieurs fois la terre de Saturne changea de nom et notre fleuve, depuis
le règne du monstrueux géant T'hybris, cessa de s'appeler Albula. »