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LE TEMPLE DE VESTA ET L'ARC D'AUGUSTE AU IV° SIÈCLE

aussi que, le jour où la Vestale Silvia, infidèle à son vœu, devint mére, les statues de Vesta se voilérent la face de leurs mains virginales, tandis que, sur l'autel qui tremblait, la flamme épouvantée se cachait sous les cendres. Les statues de Vesta n'étaient donc exclues que du temple.

A deux reprises, on a retrouvé, presque entier, le temple de Vesta. [Éa) première fois, en 1480, on le respecta; mais enfoui de nouveau il fut découvert en 1549 et mis dans le

triste état où nous le voyons aujourd'hui.

Le collège des Vestales. — Pour desservir le temple, Numa créa quatre Vestales; leur nombre fut, plus tard, porté à Six. Dés qu'un vide se produisait dans le collège, le

souverain pontife choisissait vingt jeunes filles de six à dix ans, ayant encore leurs

parents. Il fallait que ceux-ci fussent domiciliés en Italie, ingénus et de situation honorable. Plus tard, quand le recrutement devint difiicile, une loi de l'an 5 avant Jésus-Christ décréta que désormais les Vestales pourraient être choisies parmi les filles d'aflranchis. Les jeunes filles elles-mêmes devaient être exemptes de défauts moraux et physiques. On trait au sort, au Forum et en assemblée publique, le nom d'une des jeunes filles ainsi choisies. Plus tard, sous l'empire, le tirage au sort se fit au sénat. Celle dont le nom sortait était proclamée Vestale. Celles-la pouvaient se récuser qui avaient déjà une sœur Vestale, dont le père était membre d'un grand collège sacerdotal, dont les parents jouissaient des privilèges concédés à ceux qui avaient trois enfants, celles aussi qui étaient fiancées au grand pontife ou au tibicen sacrorum. Quelquefois on faisait Vestale, sans recourir au sort, une jeune fille offerte par son père.

Aussitôt choisie, la nouvelle Vestale était reçue par le grand pontife. La liturgie

e cette cérémonie était antique. Le prêtre prononçait une formule dans laquelle il

onnait à l'élue le nom Amata (Aimée), parce que, disait-on, ce nom était celui de

la première jeune fille qui fut consacrée Vestale. Voici cette formule : « Amata, le

eçois prêtresse de Vesta afin que tu célèbres le culte que doivent célébrer les prêtresses

e Vesta pour le bien du peuple romain conformément à la loi très sage. »

Ensuite le pontife coupait, pour qu'elle fût suspendue à un lotus nommé, à cause

e cet usage, lotus capillaris, la chevelure de la jeune fille. On la laissait croitre ensuite, car les Vestales portaient les cheveux longs.

Cette cérémonie faisait de la Vestale la propriété de Vesta et c'est au nom de la

éesse que le grand pontife exerçait sur elle le pouvoir paternel. Pendant les dix premieres années, on lui enseignait ses devoirs; elle les exerçait pendant les dix années suivantes; pendant dix autres années elle instruisait les jeunes. Au bout de ces trente ans, C'est-à-dire entre trente-six et quarante ans, elle était libre de se retirer et même de se marier. Peu, à cause des grands privilèges dont jouissaient les Vestales et de leur influence, usaient de ce droit. La plus ancienne était la supérieure avec le titre de Virgo vestalis maxima. Cette haute situation s appelait maximatus.

Les principaux devoirs des Vestales étaient les suivants. Elles devaient garder le vœu de chasteté. La chute d'une Vestale était un inceste, un événement et un présage funestes pour l'État; aussi le châtiment était terrible. Convaincue de ce crime, la Vestale cependant ne pouvait pas être livrée aux mains du bourreau. Mais, odieuse aux divinités supérieures et indigne de la lumière, elle était vouée vivante aux divinités souterraines. Dans une litière fermée, avec la pompe d'un enterrement, la coupable, escortée de ses amis, de ses parents, du collège des pontifes et du bourreau, était conduite au lieu où elle devait être descendue vivante dans un caveau souterrain pour y mourir de faim. Dans un champ appelé Campus sceleratus, situé près de la porta

Collina, c'est-à-dire dans la rue du Venti Settembre, là où est le ministre actuel des

finances, un caveau profond était destiné à l'ensevelissement des Vestales. Quant au complice, 1l expirait sous les verges, au Comitium.

Les historiens ne manquaient pas d'enregistrer ces événements graves. De J'arquin jusqu'à la fin, une vingtaine de Vestales environ furent condamnées. Pline le Jeune nous a laissé un récit émouvant de l'exécution d'une grande Vestale : « Domitien désirait enterrer vive la grande Vestale Cornelia; il pensait, par un tel exemple, illustrer son siècle. Usant de son droit de souverain pontife, mais plus encore de la cruauté du tyran et du pouvoir sans contrôle du maitre, il convoque le collège des pontifes non à la Régia, mais dans sa villa d'Albano. Là, par un crime non moins grand que celui qu'il prétendait punir, sans avoir fait comparaître la Vestale, sans qu'elle ait été entendue, il la condamne comme coupable d’inceste... On envoie les pontifes pour l'enfouir dans le caveau où elle doit périr. Mais elle, tendant les mains tantôt vers Vesta, tantôt vers les autres dieux, prononçait des plaintes parmi lesquelles celle-ci revenait sans cesse : « César me croit incestueuse, lui qui, par les sacrifices que Jj'offrais, a vaincu, a « triomphé. » Voulaitelle adoucir le prince ou le railler? Était-ce confiance en ellemême où mépris pour Domitien? On l'ignore. Elle répéta ces paroles jusqu'à ce qu'on la conduisit au supplice, innocente, Je ne sais, mais comme une coupable. Pendant qu'elle descendait dans le caveau, sa robe s'accrocha : elle se retourna pour la dégager, et, le bourreau lui présentant la main, elle se détourna avec répulsion, dernier trait de piété, pour repousser de son corps chaste et pur ce contact honteux. Elle eut les délicatesses de la pudeur, mettant tous ses soins à tomber avec décence. — Le chevalier romain Céler, son complice, disait-on, frappé de verges dans le Comitium, persistait à dire : « Qu'ai-je fait? Je n'ai rien fait. »

Plusieurs Vestales recoururent au suicide pour échapper à la honte du supplice et aux lenteurs de la mort par la faim; Canutia Crescentina, entre autres, sous Caracalla, se précipita du faite de la maison des Vestales.

On raconte aussi que plusieurs fois la déesse prit en main la défense de ses vierges calomniées et, par des prodiges, fit éclater leur innocence. Victime d’une dénonciation mensongére, la Vestale luccia répond au pontife qu'elle saura bien déjouer l'accusation. Elle descend au T'ibre, invoque la déesse, et, pleine de confiance en sa protection. puise l'eau du fleuve dans un crible qui la conserve miraculeusement. Suivie d'une foule immense, elle revient au Forum et vide aux pieds du grand pontife convaincu l'eau du crible.

Les Vestales devaient, avec le bois pris à des arbres heureux, entretenir le feu sacré. Ce feu, chaque année, au 1° mars, était éteint, et le souverain pontife le rallumait solennellement. En dehors de cette circonstance prévue dans la liturgie, l'extinction du feu était regardée comme un présage funeste; on le conjurait par des sacrifices expiatoires et la Vestale reconnue coupable de négligence était fouettée par le grand

pontife. Une Vestale, nommée Æmilia, accusée dans une circonstance semblable,

protesta qu'elle était innocente et que la faute ne lui était pas imputable; et, en appelant au jugement de la déesse, elle jeta sur le foyer éteint un lambeau de son voile : aussitôt la flamme jaillit.

Les Vestales avaient pour mission de conserver dans un lieu secret, où elles seules avaient entrée, le Palladium rapporté de Troie par Énée et les choses sacrées, sacra fatalia, objets mystérieux à la conservation desquels le salut de Rome était attaché. Ce lieu secret s'appelait Penus Veste. I était certainement compris parmi les batiments qui constituaient le /ocus Veste, c'est-à-dire le temple de Vesta, la maison des Vestales et la cour sur laquelle ouvraient ces deux édifices. Mais on ignore son emplacement précis. Quelques auteurs l'ont reconnu dans les substructions d'un édifice octogonal qui occupait toute la largeur de l'atrium de la maison des Vestales. Héliogabale vint un jour au temple de Vesta pour éteindre le feu sacré. Il chercha ensuite, escorté de gens aussi impurs que lui, à penétrer dans le Pens Te ne en Veste pour en enlever le

Palladium. Le sacrilège

fut évité grace à la présence d'esprit de la Grande Vestale qui donna à l'empereur des choses fausses pour les vraies qu'elle avait cachées, et une statue qui n'était pas le Palladium. Quiconque, sauf la Grande Vestale, voyait le Palladium, était frappé de cécité par les dieux. Ilus, pour l'avoir vu en voulant le sauver d'un incendie, Diomeède quand il le ravit à Froie afin que cette ville ne restat pas inexpugnable pour les Grecs, perdirent la vue. En l'an 242 avant Jésus-Christ, le temple de Vesta et la maison des Vestales furent incendiés. Les Vestales s'enfuirent épouvantées; un des pontifes, L. Cæcilius Metellus, se précipita dans les Hammes; il en sortit un bras à demi brülé et aveugle, puisque, pour sauver le Palladium ïl l'avait vu. Mais les dieux, usant envers lui de la même bonté qu'ils avaient témoignée à Ilus et à Diomède, lui rendirent la vue.

Les Vestales toutefois, malgré cette défaillance que répara le pontife, n'avaient pas, dans les moments de danger, l'habitude de laisser à d'autres le soin de veiller à la sureté de leurs précieux dépôts. À l'approche des Gaulois, elles enfermerent dans

des tonneaux en terre cuite (en latin dolñum) une partie des choses sacrées, et, portant

les autres, elles partirent à pied pour se réfugier dans la ville étrusque de Cære. Un fugitif, qui transportait sa famille dans un chariot, la fit descendre afin de recueillir les Vestales et les choses saintes. On appela Doliola Tendroit où avaient été enfouis les tonneaux; ce fut dès lors un lieu sacré sur lequel, sans profanation, on ne pouvait cracher. En 210 avant Jésus-Christ, le temple faillit encore être incendié; mais le dévouement de treize esclaves qui, en récompense, furent affranchis, le sauva. Sous Auguste, en 14 avant Jésus-Christ, un incendie qui consuma la basilique Æmilia menaça le temple de Vesta au point que les cinq Vestales, suppléant la Grande Vestale qui était aveugle, mirent en sûreté, au Palatin, dans la maison du flamen Dialis, le dépôt dont Rome leur avait confié la garde. Pendant l'incendie qui éclata sous le règne de Commode, le temple de Vesta fut consumé; les Vestales arrachérent du milieu des flammes le Palladium et, à travers la voie sacrée. le portérent au Palatin. C'était, depuis Énée qui l'avait apporté à Rome, la première fois qu'il apparaissait aux regards des

mortels. Il est probable cependant que les Vestales l'avaient recouvert; la foule, sans

cette précaution, eût été, comme Dioméde et L. Cæcilius Metellus, rappée de cécité.

Un autre devoir des Vestales était d'avoir toujours, pour les cérémonies sacrées, une eau pure et non captée dans des tuyaux. Elles devaient, pour ce motif, aller la puiser à certaines sources déterminées. Le voisinage de la fontaine de Juturne ne fut sans doute pas étranger à la construction, dans ce coin du Forum. du temple de Vesta.

Il appartenait encore aux Vestales de faire la mola salsa, gateau destiné à certains sacrihices. A cet effet, chaque année, les Vestales recevaient, au commencement de mai, des épis de blé dont elles extrayaient le grain qu'elles torréfiaient et broyaient.

La farine ainsi obtenue par un procédé antique, antérieur aux meules et aux moulins,

était déposée dans le Penus Vestæ. Trois fois par an, aux Lupercales, aux ides de septembre et aux Vestalia, les Vestales mélangeaient cette farine avec du sel et fabriquaient la mola salsa. La fête des Vestalia tombait le 9 juin. Ce jour-là, souvenir du temps où la déesse Vesta présidait, devant le foyer, au repas de la famille, des plats chargés de mets étaient envoyés à son temple. Chez les boulangers et chez les meuniers, c'était jour de fête chômée. Les meules étaient enguirlandées, des colliers de pain paraient les ànes couronnés de fleurs. C'est qu'autrefois on préparait le pain sous les cendres, sur les tuiles dont se composait l'âtre brûlant du foyer; il était donc juste, en même temps que la déesse du foyer, de fêter le boulanger et l'âne qui tourne la meule. Ce jour-là aussi, les femmes, pieds nus et les cheveux épars, venaient faire leurs dévotions au temple de Vesta. Ovide raconte que, dans l'escalier qui, par la via Nova, descend du Palatin au Forum, il rencontra une grande dame de Rome s'acquittant de ce devoir.

D'une façon habituelle et spécialement quand des circonstances critiques le demandaient, les Vestales priaient pour le salut du peuple romain. Elles devaient, à

certains jours fixés, célébrer des sacrifices, assister à d'autres; intervenir, soit activement, soit par leur seule présence, dans des cérémonies publiques, religieuses ou civiles, dans celles surtout qui avaient pour but une expiation ou une purification. Parfois aussi les particuliers leur demandaient des prières pour telle ou telle intention.

A ces devoirs correspondaient des privilèges considérables : aussitôt reçue, la Vestale était émancipée, capable de tester, en possession du droit des pères de trois

enfants {jus trèum liberorum), au-dessus des lois, jouissant de ses biens propres, de ceux

du collège et d'une riche allocation. Elle avait droit au char, et ses chevaux ainsi que sa voiture étaient exempts d'impôt. Devant elle marchait un licteur et le consul même devait lui céder le pas. Sa personne était sacrée; quiconque lo fensait encourait la peine de mort. Si elle rencontrait fortuitement un condamné qu'on conduisait au

supplice, sa présence lui apportait la grace. Au cirque, au théatre et à l'amphithéâtre,

elle avait droit aux premières places. Enfin, on l'inhumait dans la ville et aux frais du Trésor.

On peut, à l'aide des statues trouvées dans la maison des Vestales, se rendre compte de leur costume. Elles portaient une tunique (stola) nouée à la taille par un cordon, et, par-dessus la tunique, un manteau {pallium) dans lequel elles se drapaient et dont la partie supérieure était ramenée sur la tête. Il ne faut pas confondre ce manteau avec le voile que les Vestales portaient pendant les cérémonies sacrées. Ce voile, posé sur la tête, descendait jusqu'aux épaules, mais pas plus bas. Il était retenu sur la poitrine par une fibule {fibula), d'où son nom : suffibulum. Une seule des statues trouvées dans

la maison des Vestales offre cette particularité.

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La maison des Vestales. — A côté du temple de

la déesse, Numa construisit la

demeure de ses prêtresses. Toute la maison est disposée autour d'un vaste atrium

rectangulaire, long de 69 mètres, large de 25; de là,

donné à toute la maison. Autour de l'atrium régnait lequel ouvraient toutes les portes et toutes les fenêtres intérieures. Au fond, une vaste pièce, correspondant à la pièce appelée dans la maison romaine tablinum où salon de réception, terminait l'édifice. Six chambres, trois de chaque côté, donnaient sur ce salon; ce nombre de chambres est égal à celui des Vestales; chacune d'elles avait peut-être, à côté du salon, son parloir personnel. Au rez-de-chaussée existaient, avec bien des pièces auxquelles il n'est guère possible de donner une attribution, la cuisine, une grande salle de bain, le moulin avec sa meule encore en place, et, à côté, une salle où sans doute on faisait le pain. Dans la cuisine on voit encore, supportée par deux arches, la table en maçonnerie sur laquelle étaient posés, comme dans la maison des Vettii, à Pompéi, le gril, les fourneaux, les trépieds et autres instruments culinaires; on y a trouvé des débris d'œufs, des coquilles d'huitres, des amphores, des vases, des ustensiles en bronze ou en terre. Les appartements privés occupaient le premier étage; ils ont disparu, sauf

quelques salles pavées en mosaïques où étaient des

le nom d'atrium Vistæ souvent

un portique à deux étages sur

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