‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 18 sur 59 · LA CLOACA MAXIMA, PASSANT SOUS LE FORUM · texte numérisé non relu

LA CLOACA MAXIMA, PASSANT SOUS LE FORUM

quatre ans, l'institue, par testament, tuteur de ses enfants. ‘Farquin presse la réunion

des comices et se fait, au détriment de ses pupilles, élire roi.

La Cloaca maxima. — Tarquin l'Ancien apporta à Rome le génie constructeur de la race étrusque et fit venir, en grand nombre, des ouvriers de son ancienne patrie. Il entreprit le desséchement complet et définitif non seulement du Forum, mais aussi des autres vallées comprises entre les sept collines, où, faute d'écoulement, séjournaient des eaux stagnantes descendues des sommets. La Cloaca maxima, le plus célèbre de ces égouts, se rattachait donc à tout un ensemble de constructions analogues qui furent continuées dans la suite. Pline l'Ancien écrivait que Rome, à cause du réseau d'égouts qui sillonnaient son sous-sol, était une ville suspendue sous laquelle on naviguait. Si l'on en croit Strabon, la Cloaca maxima était immense au point qu'un char plein de foin aurait pu, par

endroits, y circuler. Elle fut, à plusieurs reprises, restaurée, sans doute par Agrippa, qui,

pour chasser au Tibre les immondices qu'elle recevait, y lança les eaux de sept rivières. Il y avait, sous le pavé romain et sous les édifices, des rivières comme celle qui, à Paris, court sous l'Opéra.

La Cloaca maxima entre sous le Forum près de l'Argiletum; longe, jusqu'au delà du sanctuaire de Vénus Cloacina, la façade de la basilique Æmilia. Là, elle prend brusquement la direction du sud ; passe, près de la base dite statue de Constantin, sous l'extrémité de la basilique Julia qui longe le Vicus ‘Tuscus, pour aller, après quelques détours sous le Vélabre et le forum Boarium, déboucher dans le Tibre au pied de la place actuelle Bocca della Verità. Elle est construite et voütée en blocs de grand appareil, posés sans ciment. Ce que Pline en écrivait après sept cents ans est vrai encore aujourd'hui, tout au moins en ce qui concerne sa solidité : « Les eaux, lancées comme des torrents impétueux pour entrainer les immondices et grossies encore par les eaux pluviales, battent le fond et les flancs de l'égout; le T'ibre débordé y entre en remontant et les deux courants se heurtent, et cependant l'immuable solidité de la construction résiste. Des poids énormes sont trainés au-dessus de la voûte sans qu'elle fléchisse; le temps et les incendies y abattent des maisons; des tremblements de terre ébranlent le sol, et, depuis sept cents ans, l'œuvre de Tarquin est inébranlable. »

Des fouilles faites à diverses époques au Forum, spécialement celles de M. Boni, y ont révélé l'existence d'un certain nombre d'égouts, les uns, interrompus et bouchés, dans l'antiquité même, par la construction de monuments, d'autres encore en bon état : sous le Vicus Jani; le long de la basilique Æmilia; sous la basilique Æmilia elle-même, une voûte magnifique du temps de la république; devant le temple de Saturne et sous ses antiques substructions ; sous le Vicus Jugarius; sous le Clivus Sacer; près du temple

de Vesta.

Les tabernæ ou boutiques. — Les mæniana. — En même temps qu'il faisait ce travail nécessaire pour l'assainissement du Forum, larquin l'Ancien se préoccupait de régulariser et d'orner ce lieu où, grâce au voisinage du Comitium, du sénat, du Vulcanal, grâce aussi au commerce dont il était le centre et aux affaires qui s'y traitaient, se développait et afluait de plus en plus la vie romaine. Il distribua aux particuliers tout le terrain qui entourait le Forum, à charge d'y construire des boutiques ouvrant sous un portique couvert. Quelques-unes de ces boutiques, plusieurs fois transformées et reconstruites, subsistèrent en deux groupes jusqu'a la construction des grandes basiliques. Sur le côté nord, les fabernæ nove, boutiques neuves, ainsi nommées parce qu'après un incendie qui, en 210 avant Jésus-Christ, ravagea le Forum, elles furent reconstruites par les soins des édiles, ce qui leur fit donner aussi le nom de tabernæ plebeiæ. Elles disparurent, absorbées par la construction de la basilique

Æmilia.

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L'autre groupe, appelé fabernæ vcteres, les boutiques vieilles, était situé à peu près en face des Novæ, en bordure sur le côté sud du Forum. Le matin, les flâneurs cherchaient l'ombre à l'abri des boutiques neuves; l'après-midi, c'étaient les boutiques vieilles qui les protégeaient contre les rayons du soleil à son déclin. Les labernæ veteres urent détruites quand on construisit la basilique Julia. A mesure que la richesse de Rome se développa, les boutiques devinrent plus luxueuses, et, aux bouchers, aux marchands de comestibles, aux maitres d'école, succédèrent les orfèvres, les Joailliers, les banquiers. On ne peut assigner de date à ce changement qui ne se fit que progressivement. La première mention ‘que nous connaissions de banquiers au Forum

est de l'an 309 avant Jésus-Christ. En cette année, on leur donna, pour orner leurs

Joutiques pendant le triomphe de L. Papirius Victor, les boucliers dorés pris aux Samnites. De là, dit Tite-Live, vient l'usage d'orner le Forum pendant les cérémonies où l'on promène les statues des dieux. A un certain moment, l'usage s'établit de surélever d'un étage les portiques, pour faire des loges abritées d'où l'on pourrait suivre les jeux qui se donnaient au Forum. Ces loges s'appelaient mæniana, du nom d'un nommé Mænius, le premier qui en ait fait construire. Les mæniana des tabernæ veleres étaient ornés d'un grand tableau dü au pinceau de Sérapion. Cet artiste, très habile décorateur, ne pouvait pas peindre les figures humaines. Il n'est donc pas l'auteur de cette peinture des fabernæ veteres qui représentait un Gaulois tirant la langue

d'une façon hideuse, dont le pendant se voyait en face, aux {aberne nove.

Tarquin s'occupa aussi des Vestales. C'est lui qui porta leur nombre à six, les sacrifices publics auxquels leur présence était requise s'étant multipliés au point que les quatre Vestales n'y pouvaient plus sufhre.

À ‘T'arquin aussi remonte le cruel châtiment dont était frappée la Vestale coupable, soit que lui-même en ait eu l'idée, soit qu'un songe la lui ait inspirée. Après sa mort, les pontifes déclarerent qu'ils avaient trouvé cette loi dans les livres sibyllins.

Il y avait trente-huit ans que Tarquin l'Ancien régnait, il était agé de quatre-vingts ans, quand les deux fils d'Ancus Marcius, ne pouvant lui pardonner d'avoir, à leur détriment, usurpé le trône, le firent assassiner. Un demi-siècle d'un règne glorieux n'avait pas sufh à calmer leur ressentiment. Ils ne récoltérent pas d’ailleurs le fruit de leur crime et ne furent pas les successeurs de Tarquin l'Ancien. Voyant les assassins

arrêtés et leur rôle dévoilé, ils s'enfuirent et se réfugièrent à Suessa Pomætia.

A la cour de Tarquin, un enfant dormait quand on vit soudain une flamme brillante se jouer dans sa chevelure et persister jusqu'à son réveil. Averti de ce prodige,

le roi Tarquin et avec lui la reine Tanaquil accourent. Ce présage annonçait les

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hautes destinées de cet enfant qui s'appelait Servius lullius. Le roi et la reine l'élevérent comme leur fils et, plus tard, en firent leur gendre. Sa naissance d’ailleurs était mystérieuse. Les uns le disaient fils d'esclaves; d'autres lui attribuaient, d'après de vagues légendes, des origines royales, divines même. Quand Jarquin fut tué, la reine l'anaquil, de son palais situé près du temple de Jupiter Stator, harangua le peuple réuni sur la via Nova: « Farquin n'est pas mort, disait-elle; Servius Tullius le suppléera et, jusqu'à sa guérison, rendra la justice à sa place. » Aïnsi introduit, Servius est en possession du pouvoir, et, quand la mort de Tarquin- devient publique, il le garde. Pour désarmer les fils de Tarquin, à chacun d'eux il donne en mariage l'une de ses filles. Mais à L. ‘Tarquin, nature violente et ambitieuse, échoit celle des filles de Servius dont le caractère est paisible et doux. La femme d’Aruns, au contraire, homme modéré, ressemble, par le caractère, à L. Tarquin. Celui-ci et sa belle-sœur, par un double crime, deviennent veufs, et, malgré l'avis contraire de Servius lullius, s'épousent. Un jou l'arquin, poussé par sa femme, revêt les ornements royaux, et, suivi d'une troupe armée, fait irruption sur le Forum: arrivé au Comitium, il s'assied sur le trône royal et, de là, par le héraut, au nom du roi ‘Tlarquin, convoque le sénat. Les sénateurs obéissent à l'appel, les uns prévenus à l'avance et complices, les autres par crainte d'être frappés à cause de leur absence. Aussitôt informé, le roi Servius ‘ullius accourt en toute hâte, sans escorte, et dès le vestibule de la Curie : « D'où te vient cette audace, ô l'arquin, d'occuper le trône royal? — De ton impudence, fils d’esclave qui as osé te faire roi des Romains. » Et comme Servius Tullius se précipitait vers lui, son gendre le saisit entre ses bras, le porte hors du palais du sénat, et, par-dessus les degrés, le jette sur le Comitium. Servius, blessé, meurtri de sa chute. soutenu par un petit nombre d'amis tremblants, reprit le chemin de sa maison. Quant à sa fille Tullia, inquiète à la nouvelle que son père est parti pour le Forum, elle monte dans son char et accourt au Comitium. Tullius s'était déjà retiré. Elle appelle son mari sur les degrés de la Curie et, la premiere, le salue roi, demandant aux dieux que ce soit pour le bien et le salut de Rome. Fidèle à un conseil qu'elle lui donne, ‘Farquin envoie des émissaires assassiner lullius avant qu'il soit rentré au palais. Tullia, invitée par le roi à retourner enfin chez elle, arrivait en haut de la rue Cypria, près d'une chapelle de Diane, quand les mules reculent devant le corps de Tullius qui barrait la rue étroite. A ses interrogations, le cocher répond : « Ne voyez-vous pas que c'est le cadavre de votre père? » Mais elle, le frappant de son escabeau : « Eh bien, va donc, passe sur le cadavre. » Et le sang jaillit sur elle. Depuis ce temps, le Vicus Cypria prit le nom de via Scelerata quil portait encore à l'époque où écrivait Tite-Live. On voit que bien avant les scènes tumultueuses de la période républicaine, la Curie, le Comitium et le Forum furent le théâtre de drames sanglants.

Servius Tullius avait régné quarante-quatre ans. Ce fut un roi populaire, ami du

peuple. Pour cette raison sans doute les sénateurs se prêterent au coup d'Etat de

Tarquin. Tite-Live, s'appuyant sur le témoignage d'auteurs plus anciens, dit que la mort le surprit au moment où il se préparait à abdiquer pour donner au peuple romain la liberté.

Le premier acte de ‘Tarquin fut de refuser la sépulture à son beau-père, alléguant que Romulus s'en était bien passé.

Servius l'ullius avait porté des lois qui permettaient à tous les citoyens de vider leurs procès à droit égal, sans être, comme autrefois, lésés par les patriciens; ‘Farquin les abrogea et fit enlever du Forum et détruire les tables sur lesquelles elles étaient gravées. Pour continuer les travaux commencés par son aïeul, et, entre autres, les égouts dont la Cloaca maxima était le principal, il employa des ouvriers appelés d'Étrurie, mais aussi des citoyens romains, et ce fut un des reproches que Brutus formula contre lui. On sait comment l'attentat de son fils Sextus et la mort de Lucrèce amenèérent l'expulsion des rois. C'est au Forum que Brutus convoqua le peuple et fit prononcer l'exil et la déchéance des ‘Tarquins. Tarquin le Superbe avait régné vingt-cinq ans. Pendant deux cent quarante-quatre ans, Rome avait été soumise au gouvernement des

rois.

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