BASILIQUE JULIA TEMPLE DE SATURNE EMPLE DE LA CONCORDE
LE FORUM AU 1V® SIÈCLE (CÔTÉ ouest)
Pendant l'entrée triomphale, le cortège s'arrêtait près du temple de Saturne. Les chefs ennemis vaincus qui, jusque-là, en avaient fait partie, étaient conduits au Tullianum pour y être mis à mort.
rond, de soixante-dix centimètres de diamètre, ouvre sur la chambre inférieure: c'était la seule communication entre les deux pièces; on y descend aujourd'hui par un escalier moderne. Cette chambre a la forme d'un cône tronqué dont le sommet est fermé par une voûte plate. Le mur intérieur est en tuf bien appareillé, sauf du côté qui regarde le Forum où le roc est à nu. Dans cette dernière paroi, une porte en fer ouvre sur un égout qui aboutit à la Cloaca Maxima. Près du mur opposé à la porte de l'égout, un puits fournit toujours une eau fraiche et limpide. Évidemment, cette étrange bâtisse ne fut pas construite pour sa destination dernière; citerne trés antique desséchée quand on creusa les égouts, ou
tombe à coupole du type mycénien, elle fut, au temps des rois, utilisée comme prison.
Ceux qui y entraient n'en sortaient plus vivants. Par le trou de la voûte, on les précipitait de la première chambre dans la seconde, quelquefois après les avoir etranglés, souvent aussi en vie et pour les laisser mourir de faim. On appelait cet endroit sinistre le Tullianum. Salluste en a donné une sombre description justihiée encore aujourd'hui par l'aspect des lieux : « Il est dans la prison un endroit appelé Tullianum, enfoncé de douze pieds environ dans le sol; on le rencontre en montant un peu vers la gauche: de tous côtés des murs épais l'entourent, surmontés d'une voûte cintrée en pierres; malpropre, ténébreux, fétide, son aspect est repoussant et terrible. »
Que de drames se sont passés dans cette cellule! Les complices de la conjuration des Gracques y furent étranglés par ordre du consul Opimius. Parmi eux se trouvait un jeune homme d'une grande beauté, agé de dix-huit ans. Il n'avait commis d'autre crime que d'être fils d'un des conjurés, Fulvius Flaccus. Comme il pleurait pendant qu'on le conduisait au Tullianum : « Que ne fais-tu comme moi? » lui dit un de ses amis, compagnon d'infortune; et, se précipitant contre la porte de la prison, il se fracassa la tête avec tant de violence que la cervelle jaillit.
Cicéron y fit étrangler les complices de Catilina.
Pendant les triomphes, le cortège s'arrêtait près du temple de Saturne. Les chefs ennemis qui, jusque-là, en avaient fait partie, étaient conduits au Tullianum pour y être mis à mort. Ainsi périt Jugurtha au triomphe de Marius. Pressés d'avoir sa dépouille, les
licteurs déchirèrent sa robe, et, avec les anneaux d’or qu'il portait, lui arrachèrent
l'extrémité des oreilles. Quand ils le jetèrent nu dans l'ouverture du ‘Fullianum : « Par Hercule, s'écria-t1l, que vos étuves sont froides! » On ne l'étrangla pas, et, pendant six jours, il lutta contre la faim.
Vercingétorix, autrefois uni à César par des liens d'amitié, s'était rendu de luimême, se fiant à la générosité du vainqueur. Réservé pour le triomphe, il périt au Jullianum.
Simon, fils de Gioras, un des principaux chefs des Juifs, après avoir suivi jusqu'au Clivus Capitolinus le char de Titus, fut emmené, pour être exécute, hors du cortège triomphal. La richesse du costume dont on l'avait revêtu pour le triomphe contrastait avec sa triste condition. En effet, on le traîna la corde au cou, en le rappant, de verges, jusqu'au Tullianum, où, plus heureux que Jugurtha, il fut étranglé avant d'être précipité. Au Capitole, on ne commença pas les sacrifices d'actions de grâces avant qu'au milieu des cris de joie de la foule la nouvelle de la mort de Simon eût été
annoncée.
Le vainqueur pouvait, à son gré, faire périr le vaincu qu'il traînait à son riomphe
ou le sauver. L. Fabius Maximus laissa la vie à Bituitus, roi des Arvernes. Plus généreux que César, Paul-Emile épargna Persée qui de lui-même s'était rendu et, après la
cérémonie du triomphe, le fit interner dans la ville d’Albe.
LE FORUM ROMAIN AI
Les Gémonies. — Près du Tullianum, des escaliers. dont l'emplacement exact n'a pas encore été retrouvé, ont une renommée non moins sinistre et non moins méritée. On les appelait scale Gemonie, et aussi, nom lugubre comme celui du pont des Soupirs, gradus Gemitorü. La, on exposait sur les degrés, pour les livrer aux outrages de la populace, les corps nus des suppliciés, puis on les Jetait au Hibre.
Sous libère, Titius Sabinus, mal vu à la cour parce qu'il avait éte lié avec Germanicus et trahi par un faux ami qui feignit, pour le perdre, de partager son mécontentement, fut, avec tous ses esclaves. étranglé dans le ‘Tullianum; on jeta les corps sur les degrés des Gémonies. Le chien d’un des esclay es, que l’on n'avait pas pu écarter de la porte de la prison pendant que son maitre y était enfermé, suivit le cadavre aux Gémonies. On lui jeta des aliments, il les porta à la bouche du défunt. Quand on précipita le corps dans le Tibre, il ne l’abandonna pas; mais, se Jetant à l'eau et nageant près de lui, il cherchait à l'empêcher de s'enfoncer.
Quand approcha le moment de sa disgrâce, les avertissements ne manquérent pas à Séjan, le favori de Tibère : un jour, dans sa maison, le lit sur lequel s'asseyaient ceux qui venaient le saluer se rompit sous le poids d'un trop grand nombre de visiteurs; au moment où, avec des compagnons, il sortait de chez lui, un chat passa au milieu d'eux; après avoir sacrifié sur le Capitole, il descendait au Forum; la foule les ayant séparés de leur maitre, les esclaves qui l'accompagnaient prirent la route qui descend à la prison et passèrent par l'escalier des Gémonies; la, ils manquèrent pied et tombèrent; Séjan consulta ensuite les augures : aucun oiseau favorable ne se montra; des corbeaux, tournant en croassant autour de lui, s'envolérent vers la prison et sy posèrent. Mais ni Séjan ni personne ne comprit au moment même la signification de ces prodiges funestes. Enfin, accusé par Tibère, Séjan fut cité devant le sénat réuni au Forum dans le temple de la Concorde et condamné par tous: par ceux à qui il avait nui, par ceux qui avaient redouté son pouvoir; par ceux-là aussi qui, étant ses amis, craignaient de partager sa disgrace. Il fut conduit à la prison au milieu des insultes. Déjà le peuple faisait rouler ses statues sur les escaliers des Gémonies; l'ancien favori put voir la foule s'exercer sur ses images aux insultes que, tout à l'heure, elle allait prodiguer à son corps. Pendant trois jours, en effet, avant qu'on le trainât au Tibre, son cadavre, sur les sinistres degrés, servit de jouet à la populace. On n'épargna pas ses enfants. Le fils prévoyait sa destinée; la fille, une enfant, la soupçonnait si peu qu'elle disait : « Quelle faute ai-je commise? Où me conduit-on? » ajoutant qu'elle ne le ferait plus, qu'on pouvait la châtier comme les autres enfants. Comme il était d'usage qu'une vierge ne subit pas la peine des criminels, avant de l'étrangler, on la livra au bourreau. Quant à la mère, après avoir contemplé aux Gémonies les cadavres de son mari et de tous ses enfants, elle échappa, par une mort volontaire, à un sort
semblable.
12 ROMAIN
E ROR UM
Sous le règne d'Ancus Marcius, un Étrusque, avec sa famille, vint s'établir à Rome. Au moment où, au milieu des siens, il arrivait au sommet du Janicule, un aigle enlève son chapeau, voltige autour du chariot, puis, comme obéissant à un ordre des
dieux, remet le chapeau là où il l'a pris; présage des hautes destinées auxquelles le
voyageur aspirait secrètement. Il achète une maison à Rome et prend le nom de L. Tarquinius Priscus. Habile, affable, riche et hospitalier, il est bientôt populaire
et devient le conseiller, l'ami nécessaire du roi qui, mourant apres un règne de vingt-