‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 24 sur 59 · EXPULSION DES ROIS A L'INVASION GAULOISE · texte numérisé non relu

EXPULSION DES ROIS A L'INVASION GAULOISE

Le temple de Saturne. — Nous avons vu les Tarquins laisser le Forum desséché, formant une place régulièrement entourée de boutiques que des portiques abritaient. Aux l'arquins aussi il faut peutêtre, avec quelques auteurs, attribuer le temple érigé à Saturne près de l'autel qu'au temps du bon roi Évandre, Hercule avait dédié à ce même dieu. Quoi qu'il en soit, c'est bien sous la république, le 18 décembre de l'an 497 avant Jésus-Christ, qu'eut lieu la dédicace de ce temple, A. Sempronius Atratinus et M. Minicius étant consuls. Ce même Jour fut créée et célébrée pour la première fois la fête des Saturnales. C'était la renaissance de l'age d'or, sept jours de fêtes et de festins auxquels on invitait les esclaves, parce que, sous le règne heureux de Saturne, tous les hommes étaient de condition égale.

Une vieille tradition, qui passait pour remonter à Hercule, voulait que, dans ce temple, on sacrifiat à la mode grecque et la tête découverte.

Le trésor public était déposé dans le temple de Saturne et, pour ce motif, connu sous le nom d'ærarium Saturni. Ainsi la religion le protégeait en même temps que les lois. Les questeurs, chargés, sous le contrôle du sénat, de l'administration du trésor, prétaient serment dans le temple et conservaient dans ses archives les livres des recettes et des dépenses et leurs comptes. Dans les mêmes archives, on inscrivait les naissances et les condamnations à mort. Les étendards des légions étaient déposés, pendant la paix, au trésor de Saturne. Une balance antique y était demeurée qui avait servi au temps lointain où les payements se faisaient avec des fragments de lingots. Les payements d'ailleurs continuaient à s'y faire à la balance et au poids, comme aujourd'hui dans nos établissements financiers.

Il y avait, dans ce même trésor, une réserve composée du vingtième du revenu, mise de côté pour les nécessités extrêmes. On l’appelait, afin de bien marquer son

caractère, @rarium sanctius; personne n'y pouvait puiser sans un ordre du sénat.

JE ROMAIN

E FORUM

César étant entré à Rome après avoir franchi le Rubicon, vint au temple de Saturne. Il voulut, dans le trésor, se faire ouvrir l'erarium sanctius. Les questeurs tardaient à répondre à son appel; il donna l’ordre de faire venir un serrurier et de forcer les portes. Le tribun Metellus lui représentant qu'il violait les lois : « Le temps des armes, lui dit César, n'est pas celui des lois. ‘Fu feras, après la paix, tous les discours que tu voudras. »

Metellus insistait. César le menaça de le tuer. « Et tu sais, jeune homme, ajouta-t-il, qu'il m'est moins facile de le dire que de le faire. » Metellus obéit.

L'emplacement du temple de Saturne est aujourd'hui connu d'une maniere certaine. Il était élevé sur un podium haut de cinq metres, circonscrit entre le vicus Jugarius, la voie sacrée et le clivus Capitolinus. Les huit colonnes en granit de son portique, qui se dressent avec tant de majesté à l'entrée du Forum, proviennent probablement d'un autre édifice plus ancien. Les bases en marbre blanc sur lesquelles elles reposent aujourd'hui sont d'une époque meilleure, et certainement ont supporté des colonnes également | en marbre; quelquesunes des colonnes ont | même été dressées à l'envers. En certains endroits, là où le travertin a disparu, on l'a remplacé par de la brique; avec de la brique aussi a été faite la

maçonnerie qui sou-

| tient encore le fron-

ton mal restauré. Les

chapiteaux ioniques

; : mov ARC D'AUGUSTE TEMPLE BASILIQUE JULIA CLIVUS TEMPLE DE SATURNE sont d'une mauvaise re PR facture, et, à l'inté- ane DE rinbre rieur du poruque, la Quand Dioclétien et Maximien triomphèrent des Perses, tous les monuments au pied desquels s'étaient écoutés les pompes et les cortèges de la République et de l'Empire furent encore témoins de leur triomphe (page

frise qu'ils supportent

est composée de beaux fragments antiques, mal ajustés et enlaidis par un morceau refait.

En bas, au contraire, la régularité de l'appareil en grands blocs de tuf, la beauté des restes du revêtement en marbre pentélique contrastent avec la barbarie de ce qui subsiste de l'édifice proprement dit.

Un escalier monumental, très élevé, descendait de la façade vers le nord. La voûte qui supportait les marches ne s’est pas écroulée.

Les parties inférieures appartiennent à la reconstruction de l'édifice faite, à la demande d'Auguste, par L. Munatius Plancus. La partie supérieure date d'une époque plus basse encore que celle de la restauration qui suivit l'incendie de Carinus.

Devant le temple de Saturne s'étendait, dans la direction du Vulcanal, une place appelée area Saturni, entourée de stèles portant, gravés sur des plaques de bronze, des textes de loi. Nous avons vu ces plaques enlevées et dispersées avant la construction de la Curia Julia, par un violent ouragan. L'autel érigé par Hercule était pieusement conservé sur cette aréa, et, à côté de lui, s'élevait un sacelum Ditis. Une tradition rapporte qu'Électre avait apporté à Aricie, pres de Rome, sur la voie Appienne, les cendres d'Oreste ; de là on les avait transportées et ensevelies dans l'aréa du temple de Saturne. On vénérait aussi en cet endroit une statue de Sylvain ombragée par un figuier quil fallut arracher parce que ses racines menaçaient de ruiner la statue. On ne le fit

qu'après des cérémonies expiatoires et un sacrifice où les Vestales oficièrent.

Apres leur expulsion, les Tarquins s'étaient d'abord réfugiés à Gabies d'où ils surveillaient les agissements de leurs partisans. De là, ils envoyèrent à Rome des députés chargés de réclamer la restitution de leurs biens. Le sénat les entendit et se montra, apres des hésitations, disposé à faire droit à la requête; mais, s'étant aperçu que les députés abusaient de leur mission pour former, avec les jeunes gens de la noblesse romaine, un complot afin d'ouvrir pendant la nuit les portes de la ville aux rois, ik

décida que les biens des Tarquins seraient distribués au peuple. Le procès des conjurés

fut porté au Forum que la foule avait envahi. Brutus fit comparaitre d'abord ses deux fils impliqués dans l'accusation ; la preuve de leur culpabilité étant faite, il leur donna la faculté de se défendre, puis, malgré les clameurs de la foule qui voulait accorder à ce magistrat héroïque la grâce de ses fils, il les condamna à mort. Lui-même ne se retira pas du Forum avant de les avoir vus attachés au poteau, dépouillés de leurs vêtements flagellés et frappés de la hache. Denys d'Halicarnasse le loue de n'avoir témoigné aucune émotion; plus humain, Tite-Live dit que les regards de la foule

étaient fixés, non sur les suppliciés mais sur le malheureux consul dont le visage,

tandis que le magistrat punissait au nom de la patrie, trahissait cependant la douleur du

père.

mo;

Les ‘larquins ont alors recours à la guerre et soulèvent contre les Romains

les Etrusques de Véies et de

Jarquinium. Dès que, sur

le champ de bataille, Aruns,

l'un des fils de Tarquin, et Brutus se trouvèrent en présence, ils se précipiterent l'un contre l'autre avec tant de furie que, sans prendre le temps de se protéger, ils se transpercèrent mutuellement de leurs lances. L'autre consul, P. Valerius, déclaré vainqueur par les dieux après un combat qui semblait incertain, revint à Rome et

le sénat lui décerna les hon-

neurs du triomphe.

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