LE FORUM AU I1V° SIÈCLE (CÔTÉ NORD-OUEST
Auguste avait aussi placé, au centre de la Curie, une statue de la Victoire, œuvre grecque d'une grande beauté, apportée autrefois de Tarente à Rome, et l'avait ornée des dépouilles de l'Égypte. Faite de plusieurs métaux, la Victoire de la Curie ouvrait des ailes étincelantes; sa chevelure était artistement nouée; une écharpe retenait, sur son sein, sa robe flottante; son pied nu effleurait à peine le sol. Devant la statue, l'empereur consacra la même année, le 28 août, un autel. Deux ans plus tard, le sénat vota à Auguste, pour être placé dans la Curie, un bouclier en or sur lequel était représenté l'empereur couronné par la Victoire; l'inscription attestait que ce monument rendait témoignage au courage, à la clémence, à la justice, à la piété d'Auguste. Le même honneur fut, dans la suite, décerné à d'autres personnages, entre autres à Claude IL.
La Victoire de Tarente fut, par ordre du sénat, portée aux funérailles d'Auguste. Elle échappa aux incendies de la Curie et, chaque fois, y reprit sa place. Constance enleva l'autel; Julien le rétablit; Gratien le fit disparaitre de nouveau; Symmaque demanda à Valentinien II qu'il fût remis en place; c'est alors que saint Ambroise, évêque de Milan, combattit avec vigueur cette proposition et la fit rejeter. Cette dispute célébre est un des épisodes les plus intéressants des dernières luttes entre le paganisme
et le christianisme.
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En l'an 218 après Jésus-Christ, la salle des séances de la Curie fut momentanément
ornée d'un singulier tableau. Les troupes venaient de proclamer au camp d'Edesse Bassianus Elagabalus (Héliogabale) empereur. Celui-ci, prêtre du Soleil, le plus beau des jeunes gens de son âge, célébrait. à la manière barbare, le culte du dieu Soleil, et les soldats ne pouvaient, quand il dansait autour de l'autel, se lasser d'admirer sa grâce. II se mit en route pour Rome, menant une \ ie déréglée, vêtu d'or et de pourpre, orné de colliers et de bracelets, couronné d’une tiare d'or étincelante de pierreries. Il repoussait comme trop rude la laine des vêtements grecs et romains, ne supportant que les tissus syriens, seuls assez légers pour son corps efféminé. Il marchait, célébrant les orgies sacrées de son dieu, au son des flûtes et des tambours. Sa mère Mæsa lui conseillait de se hâter vers Rome et d'entrer au sénat avec le male aspect d'un Romain et non d’un barbare et d'une femme. Mais Héliogabale aima mieux habituer les Romains à la vue de son costume que de se résigner au leur. Il fit donc, sous l'appareil que nous avons décrit, exécuter son portrait avec le dieu Soleil dans le même cadre, et envoya ce tableau à Rome, avec ordre de le placer à la Curie, au-dessus de la statue de la Victoire, afin que chaque sénateur brûlât de l'encens et fit des libations en son honneur. Quand le nouvel empereur arriva à Rome, les Romains étaient renseignés. Ils ne durent pas être surpris de le voir enlever une jeune Vestale et l'épouser, écrivant au sénat, pour s'excuser, qu'il avait cédé à une faiblesse humaine et que, d'ailleurs, rien n'était plus convenable ni plus digne de respect que le mariage d'un prêtre et d'une prêtresse.
Sans doute pour donner à la Curie les proportions harmonieuses exigées par Vitruve, Auguste y ajouta un portique appelé par Dion Cassus Chalcidicum Minerve; c'est probablement le même portique que les Régionnaires désignent sous le nom d'atrium Minerve.
La Curie périt dans l'incendie de Néron, mais les œuvres d’art furent sauvées. L'incendie de Carinus la réduisit en cendres, Dioclétien la releva. C'est ce dernier édifice qui subsiste encore aujourd'hui en partie. L'église actuelle de Saint-Adrien était la salle des séances; le portique occupait l'emplacement de la rue moderne Bonella; là où est l'église Sainte-Martine, existait une salle appelée Secretarium Senatus. M. Mispoulet a démontré que c'était un tribunal spécial, à l'usage du sénat, établi au quatrième siècle.
La salle des séances était couverte par une voûte dorée que soutenaient quatre contreforts extérieurs, et, à l'intérieur, des pilastres corinthiens en marbre. La porte, en
bronze, est aujourd'hui à Saint-Jean de Latran.
Les séances du Sénat. — M. Mispoulet a établi avec beaucoup de sagacité, d'après les textes des auteurs, quelle était la disposition intérieure de la Curie et l’ordre des séances. La porte était ouverte pendant les séances. Les sénateurs, revêtus du laticlave,
avaient des sièges mobiles. Ces sièges étaient disposés parallèlement, de façon à laisser
libre, au centre, une allée large, allant de la porte d'entrée au fond de la salle où étaient, en face de la porte et sur une estrade, les sièges du consul qui présidait et de son collègue. Les sénateurs siégeaient à peu près dans l'ordre hiérarchique, ceux qui étaient anciens consuls occupant les premiers rangs; ensuite venaient les prétoriens, puis les tribuniciens et les questoriens. Claude autorisa le sénateur L. Sylla, qui était sourd, à siéger parmi les prétoriens, afin de se rapprocher du bureau.
L'allée déjà signalée entre les deux rangées de bancs était nécessaire à la circulation; le mode de vote, consistant à passer à droite ou à gauche, réclamait aussi cette disposition. De là vient l'expression latine bien connue : pedibus in sententiam ire. Les séances où l’on votait beaucoup sans longs discours, se passaient en allées et venues continuelles.
Les appariteurs, les huissiers, les rédacteurs se tenaient sans doute près du président; peut-être derrière lui, sur l'estrade.
Les privilégiés qui, sans être sénateurs, étaient, par exception, autorisés à assister à la séance, se tenaient debout, sauf de rares exceptions, dans l'espace compris entre l'estrade et les premiers bancs. Ceux qui, n'étant pas sénateurs, étaient cependant admis à prendre la parole devant le sénat, parlaient debout devant l'estrade où siégeaient les consuls.
Les fils de sénateurs, non encore parvenus à l’âge des honneurs, prenaient place dans le vestibule de la Curie. Ce fut d'abord un simple usage; Auguste en fit un droit.
Sur le Comitium, entre la Curie et la tribune, les tribuns veillaient, toujours prêts à dénoncer au peuple les menées du sénat aristocratique. La foule, pour suivre de plus près la séance, toute prête à manifester et à témoigner par des cris divers son approbation ou sa désapprobation, se déversait du Forum sur le Comitium. Nous avons déjà parlé, dans le tableau général de la vie romaine au Forum, de cette intervention populaire. Parfois, dans la salle des séances, on ne parvenait pas à s'entendre. Mécontent, le peuple, guidé par les tribuns, s'opposait à l'enrôlement des citoyens, à l'exécution des lois. Les sénateurs, alors, usaïent de représailles; les vieux sénateurs par prudence, les consuls pour ne pas compromettre leur dignité, ne se mélaient pas à la lutte; mais, de cette citadelle patricienne, les jeunes faisaient de véritables sorties, repoussaient le peuple, l'empêchaient de procéder au vote. Un jeune patricien, Quinctius Cæso, orateur éloquent et tres écouté, valeureux soldat, taillé en Hercule, s'était acquis dans ce genre de pugilat une réputation méritée. Au milieu de ses collègues quil dominait par la taille, on eut dit que la sonorité de sa voix, la force de son bras tenaient en échec tous les consulats, toutes les dictatures. A lui seul 1l résistait aux attaques des tribuns, aux orages populaires. Le plébéien qui tombait sous sa main s'enfuyait les membres meurtris, les vêtements en lambeaux. On porta contre lui une accusation
capitale; son audace s'en accrut. Enfin, pour éviter la prison, il dut donner caution. On
exigea de dix citoyens un engagement de dix mille as chacun. C'est le premier exemple, à Rome, d'une caution demandée par l'Etat. Cæso échappa à la peine capitale en se réfugiant chez les Volsques ; son père, pour payer la caution, vendit tous ses biens et alla
vivre au delà du Tibre, dans une chaumière écartée.
Le Senaculum. — Près du palais du sénat et en rapport avec lui, un édifice appelé Senaculum était à la disposition des sénateurs. On ignore la date de sa construction; son affectation n'est pas nettement déterminée. C'était probablement une salle d'attente à l'usage des sénateurs. Aux temps anciens, avec le respect de la discipline et les mœurs austères, le sentiment du devoir était plus profond et plus obéi; les sénateurs, quand surgissaient de graves événements, se réunissaient au Senaculum afin d'être prêts, des la première invitation, à entrer dans la salle des séances sans attendre la convocation par édit. Sans doute aussi c'était le lieu où les sénateurs conféraient avec les tribuns et les magistrats auxquels était interdite l'entrée de la Curie. Dans un autre local qui portait le même nom mais qui était situé hors des murs, au temple de Bellone, les sénateurs entendaient les ambassadeurs des nations étrangères auxquels l'entrée de la ville était interdite; là aussi ils recevaient les généraux victorieux qui aspiraient aux honneurs du triomphe et ne pouvaient, avant la cérémonie, franchir les portes de Rome, sous peine de perdre l'imperium. Le Senaculum était situé sur les confins du Comitium, du Forum et du Vulcanal; de sorte que, pour aller de là à la salle des séances, les sénateurs n'avaient
à traverser que le Comitium.
La Grecostasis. — Près du Senaculum. et aussi sur les confins du Comitium, une plate-forme élevée recevait, jusqu'à ce qu'ils fussent appelés, les députés des nations étrangères que le sénat devait entendre. On l'appelait Græcostasis; ce nom vient sans doute de ce fait que les premiers ambassadeurs qui y séjournérent étaient des Grecs.
Un parvenu, fils d'affranchi, Cn. Flavius, simple appariteur des édiles, réussit à obtenir l'édilité curule. Mal vu des nobles, il disputa de hauteur avec eux. Dans un moment de troubles, il voua, en l’année 304 avant Jésus-Christ, un édicule à la Concorde, et l'éleva à la Græcostasis, ou plutôt sur le Vulcanal, à côté de la Græcostasis. Lui-même le dédia et un vote unanime du peuple contraignit le grand pontife Cornelius Barbatus à lui dicter, quoiquen protestant, les formules consacrées. Le pontife, en ef et, afhrmait que seuls un consul ou un général revêtu de l'imperium avaient le droit de faire cette dédicace. L'inscription de cet édicule, gravée
sur une plaque de bronze, mentionnait que la dédicace était de deux cent quatre ans
postérieure à celle du temple de Jupiter Capitolin. A la suite de cet incident et pour en
révenir le retour, le sénat fit voter une loi qui défendait de dédier un temple où un autel sans l'ordre du sénat ou de la majorité des tribuns.
Ce Cn. Flavius n'en était pas d’ailleurs à son coup d essai. Il avait volé et publié es textes des Lois civiles que les pontifes tenaient secrets dans la Régia. Un jour, on avait vu encore, par ses soins, le calendrier afhché au Forum afin que fussent divulgués es jours où l'on pouvait agir légalement. Aussi les comices qui l'élirent édile hrent un
el scandale que, pour protester, la plupart des nobles déposerent leurs anneaux d'or et
eurs phalères.
Il y avait aussi à la Græcostasis un édicule ou autel à la Lune, devant lequel, chaque
année, le 24 août, on faisait un sacrifice.
CiCAPINURIE IN